‹ Projet de loi sur l'organisation de l'enseignement supérieurChapitre 3 sur 17 · DES .UNIVERSITÉS EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DES .UNIVERSITÉS EN GÉNÉRAL

Art. 4. — Il est institué dans chacune des villes suivantes : Paris, Lyon, Montpellier, Bordeaux, Nantes, Lille, une université.

Voici les raisons qui m’ont guidé dans le choix de ces cinq villes :

Le principe dominateur est que les centres choisis doivent correspondre aux diverses grandes régions de la France, et être suffisamment éloignés les uns des autres.

Il me semble qu’il faut tenir compte ensuite du mouvement commercial des villes, de leur position de port de mer, en raison de la facilité que rencontrent là pour leurs études les professeurs de plusieurs sciences,

De plus, une ville populeuse et riche pourra plus facilement venir en aide à l’État dans l’installation première de l’Université et dans maintes circonstances nécessitant l’intervention pécuniaire de la cité.

Enfin, et surtout, la ville doit être assez populeuse pour pourvoir aux besoins de l’École de Médecine qui y sera installée, et le choix du séjour de l’École de Médecine entraîne celui de l’Université entière. Or, il est impossible qu’une population de moins de cent mille âmes puisse fournir aux amphithéâtres de dissection et aux divers services hospitaliers (surtout dans les spécialités), des cadavres et des malades en nombre suffisant pour l’instruction des élèves. Il faut donc éliminer toutes les villes de médiocre importance : si l’on faisait autrement, les facultés libres de médecine qui se fonderaient dans les grandes villes l’emporteraient rapidement sur les établissements de l’Etat.

Par ces diverses raisons: Lille, pour la région du Nord; Nantes, pour la Bretagne et le bas de la vallée de la Loire ; Lyon, pour la Bourgogne et les régions de l’Est-Centre, ne semblent pas pouvoir être sérieusement discutés. Il ne peut y avoir hésitation que pour Toulouse ou Bordeaux d’une part, Montpellier et Marseille d’autre part. L’antique célébrité de Montpellier, l’installation qui y existe déjà, m’ont décidé. Dès lors, Toulouse était trop près, et il fallait aller à Bordeaux, qui offre, du reste, des ressources supérieures.

Art. 5. — Chaque université se compose de trois Facultés et de sept Écoles professionnelles supérieures.

Art. 6. — Les Facultés sont :

1° Une faculté des sciences proprement dites;

2° Une faculté des sciences économiques et politiques;

3° Une faculté des sciences littéraires.

Art. 7. — Les Écoles professionnelles supérieures sont :

1° Une école normale ;

de droit;

de médecine et pharmacie ;

industrielle;

commerciale;

agricole et vétérinaire;

des beaux-arts.

L’Université constituera donc un tout harmonique dans lequel se trouveront trois établissements destinés à l’enseignement des sciences pures, sept à celui de leurs applications.

Dans les premiers se formeront avant tout les futurs professeurs de l’enseignement supérieur ; les grades qui y seront décernés auront une importance générale dont tiendront compte les lois et règlements relatifs à l’obtention des diverses fonctions publiques ; là enfin sera le foyer de la science désintéressée.

Les écoles, comme leur nom l’indique, prépareront aux professions ; il en sortira des professeurs de l’enseignement secondaire, des magistrats, des avocats, des médecins, des industriels, des commerçants, des agriculteurs, des peintres, des architectes, munis de diplômes qui ne devraient être, selon moi, en aucun cas. exigés légalement pour l’exercice des professions non officielles, mais qui

deviendront nécessaires devant l’opinion publique par la supériorité de ceux qui les posséderont.

J’aurais voulu ajouter à l’énumération des écoles professionnelles, les écoles militaires. Celles-ci me semblent devoir, en effet, rentrer dans le plan général de l’enseignement supérieur. Je ne vois pas de bonnes raisons pour les séparer des autres écoles et donner à leurs professeurs une origine et un rôle spéciaux. La fortification, la balistique, l’histoire et le droit militaires sont des sciences que rien ne sépare essentiellement de la mécanique, la cinématique, l’histoire et le droit industriels. Mais la question des écoles militaires se lie d’une manière si intime à celle de la réorganisation de l’armée que je n’ai pas osé me risquer sur ce terrain à moi inconnu, et que je me contente d’exprimer ici une opinion générale.

Page 1