‹ Psychologie et education. --Chapitre 13 sur 81 · LE NOUVEL IDÉAL PEDAGOGIQUE · texte numérisé non relu

LE NOUVEL IDÉAL PEDAGOGIQUE

dans les zones éclairées de la conscience sociale. L'instruction gratuite et obligatoire leur a fait prendre conscience de leurs «aspirations obscures et confuses. L'instruction laïque les a libérés de la servitude des dogmes, et c'est ici-bas qu'ils veulent réaliser la justice et le bonheur. Sous la poussée de ces besoins de plus en plus énergiques, presque toutes les lois votées depuis quelque temps sont des lois « ouvrières » et « sociales ». Le pouvoir législatif semble de plus en plus se spécialiser — tant la tâche est ardue et immense — dans ce genre de lois qui préparent une lente réorganisation de l'ancien système social.

Ce sont les besoins matériels qui sont les plus urgents, les plus sentis, les plus cuisants. On veut augmenter la somme des richesses, pour que tous en aient leur part. « La propriété est le bien suprême de l'homme. Elle assure à la personnalité humaine un libre développement. Elle résume sous une forme concrète la quiétude de l'esprit, le repod du corps, toutes les distractions, tous les plaisirs, tous les bonheurs. » {Id.)

. On depaande donc à l'école de former désormais des « producteurs »; tel serait le nouvel idéal pédagogique qui se lève à l'horizon. On veut des producteurs, et on réclame, pour l'éducation professionnelle, une place prépondérante, dût-on réduire quelque peu celle de la culture générale.

On reproche à cette dernière d'inspirer le dégoût et parfois le dédain des professions manuelles. On reproche à l'instituteur de rougir d'un père ouvrier ou laboureur. On lui reproche de détourner l'enfant du travail manuel, et de faire le vide dans les champs et'à l'atelier. « A dix-sept ans, en possession du brevet élémentaire ou du certificat d'études primaires supérieures, on ne témoigne aucun empressement à revêtir la blouse du manuel, on hésite à se compromettre dans l'intimité de quelques compagnons à peine lettrés, on craint de déchoir en participant aux besognes qui noircissent les mains et la figure. Déjà habitué à la paresse physique, déjà orgueilleux de ses titres, de son « brevet », on se laisse séduire par l'attrait de nouveaux parchemins, on se laisse tenter par l'aisance trompeuse des situations administratives ; l'envie de paraître, plus que le souci de sa propre sécurité, vous entraine peu à peu dans l'arène des

places mises au concours, et l'on glisse ainsi au fonction» narisme, on va grossir, sans bien s'en rendre compte, cette armée de bureaucrates et de gratte-papier, dernier refuge des gens instruits en quête de situation, quelquefois mêm»^, dernier espoir des paresseux... » (Morel, Rapport au Conseil municipal de Paris, 1906.) Et l'on demande une refonte complète des programmes de 1882 et l'établissement de programmes nouveaux « en harmonie avec les besoins du prolétariat ».

Tel serait le nouvel idéal pédagogique que l'on pourrait appeler « utilitaire » ou « économique ». Telle serait l'orientation actuelle du problème des rapports de la culture générale et de l'éducation professionnelle, avec prédominance marquée de cette dernière.

VII. Appréciation. — Le problème ainsi posé, tel qu'il apparaît à l'heure actuelle, mérite de retenir l'attention, surtout celle des futurs éducateurs. Voici quelques éléments d'appréciation qui leur sont proposés afin de les empêcher de s'égarer.

Il Y A QUELQUE CHOSE DE FONDÉ DANS LES CRITIQUES DIRIGÉES CONTRE l'idÉAL «HUMANISTE » ET «CIVIQUE ». —

Il est certain que l'école et surtout le collège ont principalement visé à former des « hommes » et des « citoyens ». Trop souvent les élèves et les familles n'ont pas compris que la culture générale était destinée à préparer l'écolier à s'adapter à n'importe quelle tâche future et à y réussir. Et les programmes eux-mêmes, trop vastes, peu pratiques, ont entretenu et aggravé cette erreur. Le travail manuel a été dédaigné, souvent méprisé. L'usine et les champs ont été quelque peu désertés. Et le mal du fonctionnarisme n'a fait qu'empirer.

Comment y faire droit. — Mais ce n'est pas une raison pour condamner ce qui a été fait jusqu'ici et y renoncer. Nous avons déjà dit que l'école suit un programme précis de travaux manuels (arrêté du 17 juillet 1882) ; nous avons montré son influence éducative, à la fois intellectuelle et morale, sociale et patriotique (t. Il, p. 206-209). Nous

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