‹ Psychologie et education. --Chapitre 25 sur 81 · DES PROCÉDÉS SCOLAIRES PROPRES A FAIRE TROUVER · texte numérisé non relu

DES PROCÉDÉS SCOLAIRES PROPRES A FAIRE TROUVER

et rexercice de la spontanéité enfantine et de l'esprit critique.

III. Trouver, découvrir, inventer. — Si l'on se reporte à différentes leçons des tomes I et II, et notamment à celles OÙ il est question des jeux, de l'imagination, du jugement, du raisonnement et de la raison, de la curiosité et de l'attention, on constatera que dans ces diverses leçons il a été question des procédés scolaires propres à découvrir, inventer, trouver. Constatation plus facile à faire encore, si l'on se reporte aux 3®, 4® et 5® leçons, ci-dessus, où il a été question de la méthode intuitive, qui est essentiellement une méthode de découverte.

Ecoles maternelles, classes enfantines et préparatoires. — 1° Questionner^ répondre — La méthode active, appliquée à l'invention, doit être mise en œuvre dès la première enfance, dans la famille et à l'école. Dès le début, il faut que l'enfant soit dressé à trouver, de lui-même, les petites explications dont il a besoin et qui sont à sa portée. Le procédé scolaire le plus propre à favoriser les petites découvertes de l'enfant c'est de toujours répondre à ses questions, sans rebuffade ni moquerie, c'est surtout de l'encourager à questionner lui-même. Observez l'enfant dans la famille : il questionne sans cesse. Observez le « nouveau f> dans une école : il quitte sa place, va, vient, regarde, touche; se rend auprès du maître et lui pose des questions. Observez le même enfant quelque temps après : il est devenu bien « sage », hélas ! il ne bouge plus, croise les bras, et ne... questionne plus ! Beau résultat, en vérité ! On l'a trop questionné. On ne l'a pas laissé assez questionner lui-même. Laissez donc jaillir les questions dans toute la spontanéité et le charme primesautier de leur candeur naïve. Elles sont l'indice d'un esprit qui cherche et qui veut trouver (t. II, 2« leçon).

2^ U imagination. — L'enfantest un être d'imagination. Or, l'imagination est, par excellence, le pouvoir d'invention. Nous avons dit les caractères de l'imagination chez l'enfant et pourquoi l'enfant aime les histoires, les contes bleus et le merveilleux (t. I, p. 194; t. II, p. 62).

Nous dirons ici comment il faut favoriser les tendances naturelles du petit poète. Tout d'abord amusez-le : le jeu est l'étude du tout petit. C'est là où il apprend le mieux, le plus et \e plus vite (t. II, p. 76 et suiv.). Et par jeu il faut entendre aussi bien les jeux de classe que ceux de la cour.

Racontez des « histoires » et faites-les répéter librement. Si le petit poète brode, laissez-le broder. Vous rectifierez après. Faites apprendre quelques petites poésies simples et gaies. Habituez l'enfant à les raconter libremient, à sa façon. A six ou sept ans, s'il sait lire, qu'il lise un récit amusant et qu'il le raconte à ses camarades, en classe, sous la direction du maître ou de la maîtresse. Il y a dans cet exercice une certaine part à faire à la mémoire, mais une part plus grande encore à l'imagination, à l'invention.

La rédaction orale sur images viendra après. Celles qui intéressent le plus les enfants sont les histoires suivies, sans légende explicative. Il faut trouver le sens général de l'histoire, puis la succession des événements. Il faut analyser, décrire, interpréter les gestes, les jeux de physionomie, aller jusqu'aux sentiments, jusqu'aux intentions. Quel excellent exercice et combien il faut à nos petits poètes d'ingéniosité spontanée et de flair inventif pour déchiffrer ces agréables énigmes et en trouver le sens.

3°Laméthode intuitive. — Regarder, manier, écouter, flairer, goûter, sont des actes de perception susceptibles de retenir l'attention de l'enfant et d'éveiller sa curiosité. Habituez-le à observer et à dire lui-même ce qu'il perçoit. Gardez-vous bien de toujours questionner. Laissez-le parler. Et quand vous questionnerez, gardez-vous bien de tout dire à l'enfant : qu'il cherche, il fmira bien par trouver quelque chose.

Cette remarque s'applique non seulement aux actes de perception, mais encore à ceux dans lesquels on fait intervenir le petit jugement de l'enfant et sa conscience morale. Par des questions bien conduites et relatives à des sujets à la portée de son intelligence, on peut l'amener à trouver de lui-même ce qui est vrai ou faux, bien ou mal

Ecoles élémentaires proprement dites. — L'enfant arrive au cours élémentaire, puis moyen et supérieur. Habitué déjà à exercer ses petits pouvoirs d'invention dans les

DES PROCEDES SCOLAIRES PROPRES A FAIRE TROUVER id

questions et réponses, dans les jeux, dans le récit libre et la rédaction orale, dans tous les exercices de la méthode intuitive, il est prêt à utiliser ces habitudes, dans des exercices scolaires d'un ordre plus relevé et plus difficile.

Les procédés que l'on peut utiliser son': inséparables : interrogation et causerie, curiosité et attention, imagination, exercices de spontanéité par la méthodj intuitive, — tous sont employés simultanément. Toutefois, il faut les séparer, les analyser, pour mieux en montrer l'usage et l'utilité.

Interrogation et causerie. — La leçon suivante sera consacrée à l'interrogation. Nous en dirons quelques mots ici, car elle est un des procédés les plus commodes pour amener l'enfant à « trouver » de lui-même. (Voir ci-dessus, 3® et 4® leçons, p. 47, 52, 53.)

Rappelons d'abord qu'il ne faut pas toujours questionner l'élève, il importe que le maître ou la maîtresse se fasse questionner. Si l'enfant intelligent est actif dans la réponse qu'il fait, combien plus actif encore n'est-il pas dans la question qu'il pose lui-même. Le simple fait de cette question spontanée n'est-il pas la preuve qu'il « cherche », et chercher n'est-ce pas l'opération indispensable pour « trouver » ? Sous prétexte d'ordre et de-discipline, trop de maîtres se sont faits professeurs de silence. Or, en bien des cas, le silence n'est pas toujours le signe de l'attention et de la recherche ; il l'est trop souvent de la distraction et de l'inertie intellectuelle. Ne vous effrayez pas du nombre et de l'impétuosité des questions. Par l'habitude, vous arriverez à les canaliser sans les tarir.

Il ne faut pas que le maître parle trop. S'il donne toujours, Tenfant s'habitue à recevoir et à ne rien donner de lui-même : il devient paresseux, inattentif. On ne doit lui donner que ce qu'il n'a pas et ne peut encore avoir. Il faut l'aiguillonner et lui faire désirer l'un et l'autre.

C'est dire que la classe doit prendre la forme d'un dialogue ou d'une causerie. C'est là que l'élève se livre le mieux, fait ses meilleures trouvailles, ou du moins se montre le plus apte à trouver. (Sur la causerie, voir ci-dessus, p. 54 et note 1.)

Curiosité, attention. — Pour que l'enfant « trouve », il faut évidemment qu'il soit curieux et attentif. Nous avons déjà

dit (t. II, p. 26-29) tout le parti que l'on peut tirer de la curiosité enfantine. Elle est souvent la cause de la découverte. Elle en est toujours l'aiguillon.

Si vous voulez que l'enfant ait faim et soif, ne le gavez ni de nourriture ni de boisson. Laissez-le digérer. L'appétit viendra après. Faites de même dans vos leçons : ne le gavez ni de questions, ni de réponses. Laissez-le digérer. Excitez sa curiosité en ne lui donnant pas satisfaction à tout coup. Faites-le chercher.

Ménagez l'intérêt. Laissez sans réponse certaines questions. Faites semblant de chercher. Que l'élève ait le sentiment de certaines difficultés. Mettez-le sur la voie, qu'il s'y engage et qu'il aille jusqu'au bout, tantôt de lui-même, tantôt poussé, mais discrètement.

L'enfant pris par la curiosité, par le désir de voir, savoir et comprendre, est par cela même attentif. L'attention est la condition de toute découverte, de toute invention. Nous avons dit ailleurs (t. II, p. 36 et suiv.) les goûts naturels propres à fortifier le pouvoir d'attention et les procédés pédagogiques propres à l'utiliser. Pour amener l'enfant à << trouver », il faut éveiller et entretenir sa curiosité, ainsi que son attention.

Imagination. — Ce n'est pas seulement le tout petit enfant qui est un être d'imagination, c'est aussi l'élève de nos écoles de sept à treize ans. Celui-là aussi a besoin de satisfaire son imagination. Il est, lui aussi, un poète, il aime le merveilleux, les belles prouesses et les aventures. Gardezvous de négliger ce pouvoir d'invention. Entretenez-le et développez-le. Vous l'appliquerez à la plupart des exercices scolaires : récit libre, plans oraux de composition française, composition française proprement dite, lecture expliquée, et même solution des problèmes. Car ce n'est pas toujours la calme et froide raison qui trouve les solutions, c'est souvent un élan de l'imagination. N'hésitez donc pas à cultiver l'imagination chez vos élèves et donnez-lui les satisfactions saines et éducatives qu'elle réclame (t. P"", p. 202-204 ; t.II,p.71-75>

Exercices de spontanéité et méthode intuitive. — Pour ftmener l'enfant à découvrir, à trouver, il n'est pas de

Page 1