‹ Psychologie et education. --Chapitre 33 sur 81 · DES DEVOIRS ÉCRITS : LEUR IMPORTANCE · texte numérisé non relu

DES DEVOIRS ÉCRITS : LEUR IMPORTANCE

description se rapportant au sujet. La seconde est d'exiger: 1° que les idées soient de son âge et tirées de ce qu'il a vu, et pour cela il faut encourager les petites observations ou réflexions personnelles ; faire la guerre aux niaiseries, aux fautes d'observation ou aux phrases toutes faites, transportées sans modifications dans le devoir; 2'' on exigera aussi un ordre simple et facile; enfin on donnera l'idée du « paragraphe » et des « transitions ^. Ce travail sera préparé par l'analyse orale d'un texte français bien choisi, court, simple et bien « composé » ; 3° des expressions claires, bien à l'élève, et peu à peu correctes, précises. .C'est surtout de la composition française que nous dirons qu'elle rend la pensée plus claire et plus distincte. Nous l'avons déjà dit ailleurs : pour exprimer un sentiment ou une idée... par des phrases écrites, je suis obligé de l'analyser et de noter séparément et distinctement les éléments qui les composent. Ce travail d'analyse éclaircit le sentiment et l'idée qui, dans le premier jet, n'étaient bien souvent que vagues et confus. Il en est de même pour foute idée. A ce travail d'analyse s'ajoute, presque aussitôt, un travail de synthèse qui consiste à grouper les éléments dissociés et à les relier par un ordre logique, cohérent. Ce double travail est difficile, pénible. Et c'est un fait d'observation courante que, de tous les exercices scolaires, celui où les progrès sont les plus lents, c'est celui de la composition française. Mais il n'en est pas de plus salutaire pour éclaircir ses pensées et voir clair dans ses idées (voir t. P'", p. 301).

m. Conditions d'un devoir écrit. — La plus importante, d'après ce qui précède, c'est d'exiger un efïort de réflexion et d'invention de la part de l'enfant.

Mais cela suppose que le maître a préparé ou choisi luiâttême le devoir afin de le graduer et de l'adapter. Ceci a l'air d'une banalité, mais c'est une vérité essentielle : ce n'est pas « choisir » un devoir que d'en prendre les textes, à la queue leu leu, dans un recueil.

Ce n'est pas que nous vouhons médire de ces recueils, il en est d'excellents et on peut en recommander l'usage. Ce n'est pas que nous exigions du maître qu'il choisisse lui-même tous les sujets de devoirs, cela n'est ni possible, ni désirable.

tt8 ÉDUCATION INTELLECTUELLE

Mais nous souhaitons que les maîtres usent avec discern©ment des sujets tout faits et tout préparés. Ils écarteront les difTicilea, modifieront les énoncés suivant la force ou les habitudes des élèves. Ils s'écarteront de leur ordre de succession.

L'idéal du devoir écrit c'est le devoir d'application. On entend par là celui qui naît des besoins mêmes de la classe. Ces besoins ne sont pas les mêmes à Paris, Toulouse, Bordeaux ou Limoges ; ils ne sont pas les mêmes dans les classes Eurales ou urbaines. L'auteur du recueil n'a pu les prévoir tous, ces besoins. C'est au maître à les prévoir, à choisir le sujet qui permettra de les satisfaire, et pour le choisir il usera avec discernement et avec indépendance de son recueil.

C'est assez dire que tout devoir devra s'appuyer sur le « déjà vu », et on proscrira les « devinettes ». Nous entendons par « devinettes » le problème, l'exercice de grammaire la composition française, bref, tout exercice qui porte sur des idées ou des règles entièrement inconnues de l'élève. Ne vous récriez pas. Ce type de devoir est encore trop répandu. Il est absurde, et les maîtres ou maîtresses qui en usent encore sont de grands coupables.

Le vrai devoir est un exercice de création et d'invention à l'occasion de choses déjà vues, comprises et retenues. Cela n'est que trop clair et il est inutile d'insister.

C'est aussi celui qui n'est ni trop long, ni trop difficile, ni trop répété. Mais ceci nous conduit aux abus des devoirs écrits.

IV. Danger d'en faire abus. — Ces dangers ont été maintes fois signalés : «A tous les degrés de l'école primaire, écrit Gréard, il faut proscrire les tâches artificielles, les devoirs de convention, en un mot, ce qui occupe l'enfant sans l'instruire, ce qui pervertit sa volonté et atrophie son intelligence, en le contraignant à une application stérile. » (Rapport de 1878.) « L'enseignement ainsi donné, écrit M. F. Buisson, n'est plus un stimulant et un plaisir pour l'intelligence, o' est une discipline subie par contrainte, qui n'augmente la somme des connaissances qu'en diminuant l'initiative, le liJare élan, des facultés mentales. Aussi la science acquise de

DANGER d'en FAIRE ABUS 119

cette façon n'est pas assimilée par l'esprit, qui la rejette dès qu'il sort de cette atmosphère artificielle de l'école pour rentrer dans la vie de tous les jours et reprendre ses allures naturelles. » (Rapport sur l'exposition de Vienne.)

Ces remarques sont vraies des devoirs de « convention », comme des devoirs trop souvent répétés. L'enfant finit par éprouver du dégoût. Il perd l'habitude d'être attentif et de s'intéresser à ce qu'il fait. Il fait le devoir par contrainte et machinalement.

La classe entière est presque absorbée par la correction monotone et mortelle de ces devoirs, au détriment de l'enseignement oral et vivant.

Il y a trois coupables en cette matière : le maître, les "concours et examens, les familles.

Certains maîtres, soit paresse, hélas! soit manque d'iniciative, trouvent leur compte à élargir la part du devoir écrit au détriment de la leçon, de l'enseignement oral et de l'interrogation. Il est juste de reconnaître que le type de classe le plus répandu est celui qui compte deux et trois divisions. Il faut donc bien, de toute nécessité, aussi bien pour ménager les forces vocales du maître que pour faire travailler simultanément toute la petite bande, il faut bien alterner les devoirs écrits avec les exercices oraux. Mais il ne faut pas abuser des premiers. Que de fois un maître, peu soigneux et peu actif, pris do court au moment d'une inspection^ saisit fébrilement son recueil de dictées et s'écrie, avec un enlraiabien fictif : « Ecrivez. » C'est très commode, mais cela ne trompe personne.

La nécessité de préparer les petits examens oblige lea maîtres à se préoccuper des devoirs écrits et à exagérer leur importance. Nous leur conseillons d'éviter ce « chauffage » intense. Il est nuisible au maître, à l'élève surmené et au reste de la classe négligé. Le succès aux examens de l'enseignement primaire,- plus que de tout autre, doit être la résultante normale, et la conclusion naturelle du cours d'études. Ce succès doit être obtenu, non par un travail supplémentaire, mais par le travail de tous les jours, judicieusement préparé, distribué, exigeant des élèves un effort journalier, et procurant tous les jours un petit pas en avant, un petit progrès. L'élève doit être « préparé » à l'examen, sans qu'il s'en doute.

Les familles le comprennent difficilement. Elles réclament heures supplémentaires et répétitions. Il faudrait les en dissuader et les convaincre par le succès. De la part des maîtres ce sera de l'abnégation. Ce sera aussi de la dignité et de la conscience professionnelles.

Les familles réclament aussi, en dehors de toute préoccupation d'examen, des devoirs écrits à la maison, pour « faire tenir les enfants tranquilles ». Exigence dangereuse qui peut conduire le maître à multiplier les exercices passifs de « mise au net », de « copies », de « conjugaisons » et « analyses » interminables, etc. Il faut savoir choisir les devoirs qui seront faits à la maison et les choisir de telle sorte que, tout en occupant les enfants, ils leur donnent de bonnes habitudes d'esprit : être attentif, prendre plaisir à une tâche déterminée, la faire proprement et avec profit. Ces devoirs seront courts et exactement proportionnés à la puissance de travail intellectuel de l'enfant et aux exigences impérieuses de sa vie physique qui exige le jeu, le repos après le travail. C'est assez dire que nous condamnons avec énergie les devoirs dits de « vacances », pensums absurdes qui habituent l'enfant à bâcler sa besogne et à la prendre en dégoût.

V. Correction des devoirs écrits. — L'élève ne doit jamais croire que son travail ne sera pas examiné, contrôlé, rectifié. Sans cela, il serait bientôt conduit à le faire sans attention, avec la seule préoccupation de remplir un certain nombre de lignes. Il faut que, dans la correction, le maître s'attache à reconnaître le mérite du travail, la sagacité à éviter certaines fautes ou à saisir la meilleure expression. Plus il s'intéressera à l'œuvre de l'élève, plus celui-ci s'y appliquera et y mettra de soin. {Dict. de pédag.y art. devoirs

Page 1