I. Importance du sujet. Plan adopté. — Le sujet dont
àous abordons l'étude est un des plus importants parmi ceux
|Ld doivent solliciter et retenir l'attention d'u;? éducateur.
 a été la préoccupation constante des meilleurs auteurs
(1) Ce chapitre est la suite du chapitre n du tome II qui compreid les 8«-14* leçons sur l'éducation de la sensibilité et de la volonté.
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pédagogiques (1). Il touche à ce qu'il y a de plus délicat et de plus relevé dans la civilisation. L'éducation esthétique est une des méthodes préparatoires les plus faciles à l'éducation et à la formation morales. Dans un pays qui a adopté la forme démocratique, la plus adéquate à la dignité humaine, l'art est un élément de force et de cohésion, de sociabilité et de progrès.
Nous nous proposons de circonscrire ce sujet immense aux points suivants : Nature et éléments du beau, et, par opposition, du laid. — Influence du beau. — L'art. — Peuton utiliser le beau et l'art à l'école ? Gomment et pourquoi surtout au xx^ siècle ?
II. Nature et éléments du beau. — On prête à Platon cette définition : « Le beau est la splendeur du vrai. » Elle ne se trouve nulle part dans ses œuvres. Y serait-elle, elle serait incomplète, car le beau est tout aussi bien la splendeur de la bonté et de la vie, l'éclat ou le rayonnement de la puissance et de l'ordre.
(1) Nous recommandons de lire, avant et après cette leçon, outre les leçons lOS 11' et 18^ du tome I", p. 11I-II6, 196-199, qui serviront d'introduction et d'initiation, les études suivantes : Dictionnaire de pédagogie, art. art, esthétique, poésie. — Guyau, les Problèmes de V Esthétique contemporaine; — V Art au point de vue sociologique. — Marion, Leçons de Psychologie, 17« leçon, § II; 39«, 40^61 41^ leçons. — Charles Bayet, VArt à V école {Revue pédag., 15 août 1901); V Art dans ses rapports avec la démocratie et avec l'école (conférence publiée dans V Annuaire de V Enseignement primaire, 1902, p. 392 etsuiv.). — P.-F. Thomas, la Suggestion, p. 50-61, 123--130; — Morale et Education, p. 90-100. — Bernard Y'ëveZtV Education intellectuelle dès le berceau, 2« édition, ch. ix, p. 207-342. (Ce chapitre est la réimpression d'un ouvrage épuisé du même auteur, intitulé : VArt et la Poésie chez V enfant.) — James Sully, Etudes sur l'enfance, liv. VIII et IX: V Enfant artiste, — l'Enfant dessinateur. — Elle Pécaut et Charles Baude, l'Art, simples entretiens, l" et 16* entretiens ; — Paul Vitry, l'Art à l'école (Revue pédag., îmWQi 1904). — M. Braunschvig, l'Education esthétique de l'enfant (Revue universitaire, 15 mars 1907, p. 239 ; Revue pédagogique, 15 mars 1907, p. 201, notai). L'ouvrage annoncé dans cette note a paru au moment de la mise sous presse de notre livre. Nous en recommandons très vivement la lecture. Il a pour titre : V Art et l'Enfant. Essai sur l'Education esthétique. (Toulouse, Ed. Privât — Paris, H. Didier.) On y trouvera une bibliographie complète de la question : l'Art à l'école, p. 149, note 1. — Enfin, consulter la Bibliothèque philoso» phique, dans le tome IL o. 283.
RÔLE DU BEAU DAiNS l'ÉDUCAÏIO.N 125
Puissance ou grandeur, et ordre, tels seraient, d'après Aristote, les deux éléments du beau. Mais il faut bien comprendre sa pensée. Pour cela nous la traduirons, et, aveo Marion {loc. cit.), nous ramènerons la grandeur au réelyei l'ordre à V idéal.
Par réel entendons les éléments sensibles de la beauté : force, vie, grâce. Par idéal comprenons les éléments intelligibles de la beauté : unité, variété, convenance.
Beauté physique. — Eléments sensibles. — S'il s'agit des êtres vivants, la force est « la plus grande vigueur que comporte l'espèce, la pleine santé, la richesse et l'ampleur des formes ». On appellera belles les plantes à la croissance facile et normale ; beau, un chêne de grande taille. S'il 8'agit d'un art, la musique par exemple, on appellera beaux les sons d'un instrument quand l'artiste les émet avec franchise, en leur donnant toute leur ampleur et leur plénitude.
La vie est aussi la puissance, mais unie au mouvement. « Ce sera, chez un animal, la puissance, la vigueur du mouvement, résultant de l'heureux accomplissement de toutes les fonctions. Dans la musique, ce sera la rapidité plus ou moins grande, mais égale et nombrée du mouvement », et de l'exécution.
La grâce consiste dans la souplesse et l'aisance des attitudes, dans la facilité et le moelleux de l'action.
Eléments intelligibles. — Vanité^ déclare justement Marion, est un besoin de l'esprit. Une multiplicité, une diversité éparse, désordonnée, formant un chaos, le choque, le fatigue et lui déplaît. Seule l'unité le satisfait, et il la trouve en toute chose belle. « Qu'il s'agisse d'un caractère mis en scène par un auteur dramatique, d'un monument, d'un tableau, nous voulons qu'il y ait un centre d'intérêt, une unité d'action, quelque chose qui jette la lumière sur le tout et fasse le lien des détails : c'est l'unité. Point de beauté sans cela. »
Mais l'unité que nous appelons belle est celle qui a la force, la vie et la grâce. C'est l'unité d'une multiplicité. Autrement dit c'est un ensemble de parties différentes, cariées, groupées et formant un tout. « Elle est l'unité d'un paysage, qui nous
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offre une multiplicité d'objets harmonieusement groupés en un ensemble. »
Unité et variété sont des aspects divers de V ordre. Mais il est une espèce d'ordre qui se définit par les rapports de l'objet beau avec le milieu, cet ordre s'appelle la convenance» Un chêne centenaire et majestueux ne sera pas déclaré beau si le peintre le représente dans un bas fond. Il y sera déplacé. Il faut mettre chaque chose dans son milieu.
Résumé. — Les éléments sensibles de la beauté (force, vie et grâce) sont des aspects de l'idée de grandeur ou de puissance. Les éléments intelligibles (unité, variété et convenance) sont des aspects de l'idée d'ordre. Les premiers s'adressent aux sens et à l'imagination; les seconds à l'esprit et le charment. On appelle beaux les objets naturels, les êtres vivants, les œuvres d'art, qui présentent ces divei-s éléments combinés.
La beauté morale et intellectuelle. — La "beauté morale a, elle aussi, pour trait essentiel la grandeur. Une âme petite ou médiocre n'est pas belle. Un caractère bas ou plat, insignifiant ou vulgaire, n'est pas beau. Une action mesquine ou ordinaire n'est pas belle. La beauté morale est l'éclat et comme le rayoDnement des grandes âmes, des grands caractères, des grandes actions.
La beauté intellectuelle est une puissance de connaître, grande et ordonnée. L'intelligence des grands savants est dite belle parce qu'elle a été grande et puissante, appliquée à découvrir la vérité et y ayant réussi.
Dans tous les genres de beauté, physique ou morale, on retrouve donc ces deux traits caractéristiques : la grandeur ou la puissance et l'ordre propres à chaque genre. Mais il importe de remarquer que la beauté physique en chaque genre n'est pas seulement celle qui réunit les éléments sensibles et intelHgibles décrits plus haut, c'est surtout celle qui « exprime le plus exactement et le plus vivement la force cachée, la vie invisible, la grandeur morale, la puissance intellectuelle. Si cela n'était pas vrai, les beaux-arts n'auraient aucune raison d'exister ». {DicU de pédag.^ art,