PROBLÊMES RÉSERVÉS
Pour nos écoliers, il est rarement accessible. Il nous suffira de l'initier à la moralité moyenne de l'honnête homme, de lui en donner l'habitude et comme le besoin, tout en le mettant sur la voie qui conduit plus loin. Rendre nos élèves plus dociles, plus respectueux, plus reconnaissants envers leurs parents, plus bienveillants envers leurs camarades, plus pitoyables aux malheureux, plus convaincus de ce qu'ils doivent à la famille et à leur patrie, — cela sera déjà un résultat modeste, mais pratique et combien précieux pour la paix sociale ! (Cf. ci-dessous, p. 197.) Gomme le disait J. Ferry aux instituteurs, dans sa belle lettre du 17 novembre 1883: «La famille et la société vous demandent de les aider à bien élever leurs enfants, à en faire des honnêtes gens... Quand elles remarqueront que vos leçons de morale commencent à produire de l'effet, que leurs enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d'obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d'une incessante amélioration morale, alors la cause de l'école laïque sera gagnée. )) {Loc. cit., t. IV, p. 262, 266.) Comme l'a dit Montaigne, il faut les préparer à « renoncer au mal, non pas faute de le pouvoir, mais de le vouloir ».
X. Problèmes réservés. Leçons ultérieures. — Nous avons insisté sur le problème de l'éducation morale, et cependant nous n'avons indiqué que les lignes générales. Ce problème est le plus vaste de ceux que doit se poser un éducateur. A vrai dire, il les embrasse tous. Voici ceux qui se rattachent directement à lui et qui seront traités dans les leçons qui vont suivre celles-ci : respect de la vérité, culture des sentiments de bonté et d'affection, importance des habitudes, la discipline au sens élevé du mot, nécessité de l'obéissance et devoir de développer la personnalité.
Le cycle de ces hauts problèmes, avec la 10= leçon qui traite du « Beau dans l'éducation », représente tout cet ensemble d'idées résumées dans la formule classique : le Beau, — le Vrai, — le Bien, — mise en tête du présent chapitre (p. 123).
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Quand le cycle de ces questions sera parcouru, on se rendra bien compte de ce que doit être l'école : une préparation à la vie morale et à la vie sociale contemporaine. Son atmosphère doit être pure et moralisatrice (1). L'enfant doit y apprendre à lutter contre le mensonge, l'égoïsme et l'individualisme excessif, à aimer la vérité, à s'initier à l'altruisme, à obéir à la règle, à l'autorité, tout en organisant sa liberté et sa petite personnalité.
Résumé.
I. — L'éducation morale consiste à assouplir l'enfant au devoir, à lui faire pratiquer le bien, avant qu'il sache clairement en quoi consistent et le devoir et le bien.
n. — Elle lui donne d'abord des habitudes physiques, intellectuelles et morales.
IIL — Puis elle éclaircit certaines notions délicates et d'une haute importance : conscience morale, bien, liberté, responsabilité, devoir et droit, justice et désintéressement.
IV. — Toute éducation morale doit se référer aux besoins éternels de la conscience humaine, mais sans perdre de vue les contingences et les réalités contemporaines. Il faut opérer une adaptation de l'éducation morale universelle à ce miheu déterminé : placer le devoir avant le droit, préparer l'enfant à la vie associée ; lui inculquer l'amour de la vérité ; concilier, dans l'éducation et la formation du moi, l'individualisme et î'étatisme, par une conception renouvelée et élargie de l'autorité.
V. — Dans cette tâche si complexe et si déhcate, l'enseignement proprement dit ne saurait suffire. Il faut utiliser les autres ressources, indirectes et directes, nombreuses et variées, offertes par l'école, pour opérer cette éducation.
(1) L'aînée des fillettes dont il a été question dans les tomes I®' et II revint un jour de classe tout émue : « On avait fait de la morale ! » On avait parlé, pour la première fois en classe, de l'affection due aux parents, de l'obéissance, de l'amour entre frères, entre sœurs, etc. L'enfant qui n'avait pas été avertie et qui ne se doutait pas qu'on pût parler de ces questions en classe, en fut tout ébranlée. Elle sentait obscurément la grandeur et l'élévation de ces questions. Elle en parlait avec un respect infini et touchant. Ce fut pour elle une révélation. Elle avait neuf ans et demi.
VI. — Comme ressources indirectes on peut rappeler l'édii» •cation physique, intellectuelle et esthétique.
VII. — Comme ressources directes on peut citer : l'exemple, l'émotion et ses auxiliaires : la lecture, l'histoire, la vie journahère, les historiettes, les problèmes moraux et exercices de jugement, la pratique personnelle, les habitudes, les préceptes (enseignement moral proprement dit).
VIII. IX, X. — Aux ressources directes on ajoutera aussi la matière de l'éducation morale à l'école, et tout d'abord l'éveil de la conscience (crainte, sympathie, affection, devoir), puis son développement progressif depuis l'attrait du plaisir jusqu'au désintéressement, jusqu'à l'individualité libre et responsable. Cet idéal est inaccessible à nos écoliers. Pour les mettre sur la voie, il suffira de les rendre plus dociles, plus respectueux, plus reconnaissants envers leurs parents, plus bienveillants envers leurs camarades, plus pitoyables aux malheureux, plus convaincus de ce qu'ils doivent à la famille et à leur patrie.
Sujets à traiter.
Mémoires.
1. — Expliquer, commenter et apprécier ce passage de Kant : -« L'éducation convertit ranimalité en humanité. Un animal est déjà tout ce qu'il doit être par son instinct ; une raison étrangère a déjà tout prévu pour lui. Mais l'homme est destiné à faire usage de sa propre Taison ; il n'a pas d'instinct, il doit se faire à lui-même un plan de conduite. Mais comme il n'est pas en état de le faire en venant au monde, d'autres sont obhgés de remplir, pour lui, cette tâche. »
2. — Importance des habitudes dans l'éducation en général (voir ci-dessous, 19« leçon) et dans l'éducation morale en particulier.
3. — Qu'est-ce qui importe le plus des habitudes ou des notions dans l'éducation morale î (Voir ci-dessous 19« leçon.)
4. — Une éducation morale peut-elle être donnée in abstracto, sans tenir compte de la réalité contemporaine ? Applications à la vie contemporaine actuelle : quels sont ses besoins, son orientation morale ? Comment y adapter l'éducation morale donnée dans nos écoles ? (Cf. cidessous 22» et 23* leçons, in fine et Conclusion générale.)
5. — Dans quel esprit enseigner la Déclaration des droits T Faut-il placer le devoir avant ou après le droit î Conséquences de chacune de ces deux alternatives. Exemples.
6. — Liberté et autorité, individualisme et étatisme. Comment les «onciher dans l'éducation morale, et dans la société T
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7. — L'éducation morale par l'exemple ou par le précepte. Comparer les avantages et inconvénients respectifs de ces deux méthodes.
8. — Quelles sont les ressources diverses offertes par l'école pour l'éducation morale î Influence de l'exemple, action du maître.
9. — Education de la conscience morale. Son éveil. Son développement progressif- Rôle des sentiments de sympathie et d'aiïection.
10. — Dangers de placer trop haut l'idéal moral proposé à des enfants»
11. — A l'heure actuelle, l'idéal moral peut-il être conçu comme un idéal de perfection solitaire et pour soi T
12. — Du rôle de la poésie dans l'éducation. En quoi contribue-t-elle au développement de la conscience morale ? (Académie de Poitiers, 1907.)
13. — Analysez et appréciez la Lettre aux instituteurs de Jules Ferry, en date du 17 novembre 1883. Inspirez-vous de cette circulaire pour distinguer et caractériser l'éducation morale et l'enseignement moral. Enfin, exposez en détail les moyens dont dispose l'instituteur pour faire l'éducation morale des enfants, au point de vue des devoirs individuels et des devoirs sociaux. [Ibid. Ajoutez les 20® et 23*' leçons ci-dessous^ où l'on compare l'instruction et léducation, p. 277.)
Conférences et Éducation professionnelle.
1. — Montrer par des exemples précis, par des canevas de leçons, les moyens et occasions de l'éducation morale à l'école.
2. — Lire et commenter oralement le discours de Jules Ferry (19 mai 1881) et sa fameuse Lettre aux instituteurs du 17 novembre 1883, cités dans la leçon. [Ajouter : H. Spencer, De VEduc. intell., etc., ch. ni; — Darbon, l'Enseignement de la morale au lycée {Revue Universit., 15 juin 1907), où l'on trouvera des idées sensiblement analogues à celles présentées plus haut § VI-VII. ]
3. — Trouver des exemples précis pour faire comprendre aux enfants la différence qu'il y a entre le pouvoir moral et le pouvoir physique, c'est-à-dire entre le droit et la force. Montrer la supériorité de l'un sur 'autre.
4. — Embrasser dans sa totalité, dans un plan net et rigoureux, le problème de l'éducation morale (utiliser toute la leçon, le paragraphe X et les leçons ultérieures auxquelles il renvoie.)