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DIVERSES FOEMES DE LA COLÈRE ; ENFANTS COLÈRES

Les documents qui nous ont été transmis permettent, semble-t-il, de distinguer deux grandes formes de colère : l'une se rattacherait à l'instinct de conservation personnelle sous sa forme ofïensive ; l'autre à l'instinct de conservation sous sa forme défensive. Ce second type mériterait d'être caractérisé. L'enfant se borne à pleurer, crier, bouder, trépigner, sans attaquer, sans commettre aucun acte d'agression. Les coups portés sur les objets inertes, les sensations pénibles qu'on s'inflige à soi-même semblent n'avoir d'autre but que de se distraire de la douleur qu'on éprouve.

Ce ne sont pas seulement des cas de colère défensive qu'on peut relever ; il y a des enfants chez qui se manifeste exclusivement ou à peu près exclusivement cette forme de colère ; nous serions donc là en présence d'un type spécial d'enfants irascibles. Ce point mériterait une étude spéciale.

Les enfants irascibles sont aussi un intéressant sujet d'étude. Par enfants irascibles on a entendu ceux chez qui la colère est particulièrement remarquable, soit par sa fréquence, soit par sa gravité. Le total de ces cas, mis à part, s'est élevé à 75, se décomposant ainsi :

Fréquence et gravité : 18 ;

Fréquence sans gravité : 41 ;

Gravité sans fréquence : 16.

L'examen des antécédents, de l'état de santé, de l'hérédité conduit à cette conclusion que nous avons afTaire à de petits malades plutôt qu'à de petits méchants. La proportion des enfants dont l'état de santé est inquiétant monte ici à 38,66 p. 100, tandis que pour les 108 chez quila colère est rare et peu grave, elle n'est que de 28,7 p. 100. Pour ce qui est de l'hérédité, la proportion est plus forte encore : 63,33 p. 100 contre 37,03 p. 100.

Pour les enfants chez qui la colère, bénigne en somme, est fréquente, il faut tenir compte, en outre, de l'exemple, de la mauvaise éducation, de l'excès d'indulgence ou de l'excès de brutalité.

RENSEIGNEMENTS PÉDAGOÇHQtTES

La colère est un symptôme important à noter, tant au point de vue physique qu'au point de vue moral.

Des précautions hygiéniques s'imposent, parfois le recours au médecin

Les motifs ordinaires de la colère ont une signification particulière en ce qui concerne le caractère ; s'il est des colères méprisables, il en est d'autres qui sont le signe d'une certaine noblesse et générosité de sentiment.

Guérir l'enfant de sa propension à la colère, c'est inculquer en lui très profondément un sentiment, une idée, un souvenir qui sera nécessairement suscité par l'apparition même de la colère et qui sera assez puissant pour arrêter l'impulsion. Ainsi s'explique aussi la supériorité des motifs moraux qui tiennent de l'individu même et constituent un réducteur constant et personnel. L'appel à la raison est le plus sûr en même temps que le plus moral des moyens. Son efficacité n'est rendue •jertaine, d'ailleurs, que grâce à un régime moral régulier, à une discipline générale rationnelle elle-même.

P. Malapebt.

{Bulletin de la Société libre pour V étude psychologique de l'enfant, n° 10, p. 242-244. — Cf. ibid., n9 12, p. 292-293.)

Causes. — Les causes peuvent être rangées sous un certain nombre de rubriques générales. Voici les plus fréquentes ; elles sont empruntées aux tendances naturelles de l'enfant, dont la contrariété provoque infailliblement un accès de colère ; ce qui démontre bien, une fois de plus, que la colère est la forme offensive de l'instinct de conservation :

1° Instinct de conserç^ation : Colère à la suite de menaces, peur des coups, peur d'un chien hargneux. Colère contre tout ce qui peut gêner ou compromettre le sentiment de la sécurité ou de la tranquillité.

2° Nutrition, appétit : Colère contre les parents qui ne donnent pas l'aliment ou la gourmandise désirés.

3° Amour inné du plaisir : Colère contre tout ce qui gêne un plaisir, contrarie un désir ou procure une douleur.

4° Instinct de possession : Colère contre celui qui arrache des mains un jouet ou tout autre objet possédé ; contre celui qui détient le jouet désiré et refuse de le prêter ou de le donner.

5° Routine : Colère contre tout changement d'habitude non compris et qui ne parait pas justifié ; contre les changements d'habitudes qui contrarient la satisfaction dos désirs attendus et habituels. Colères très fréquentes chez les enfants trop choyés et « gâtés ».

6° Amour-propre, orgueil, vanité : Les vaniteux sont irritables. « Epris de leurs propres mérites, c'est-à-dire dQ

choses frivoles et sans prix, ils ne peuvent souffrir de se voir méconnus ; c'est pourquoi un rien les froisse, les indigne, et parfois les exaspère. Leur colère, il est vrai, va rarement jusqu'à l'agression, mais elle suscite, ce qui est pire, de méchantes petites haines et de vilaines petites vengeances dont ils sont les premiers à souffrir. » (Thomas, Education des sentiments, p. 99.) D'où colères contre les moqueries inoffensives, les reproches même mérités, les punitions, contre le camarade plus adroit, plus heureux en classe, mieux noté, plus choyé, etc.

70 Le jeu : Colère contre la cloche qui sonne et le maître qui rappelle l'heure du travail.

8° Indépendance, volonté : Colère contre la règle ou l'autorité que l'enfant considère comme gênantes et qui, effectivement, sont gênantes.

9° Dignité. Justice : Colère contre l'insulte, contre l'injustice, la faveur imméritée, le passe-droit, la violation d'un .droit ; contre les indélicatesses, les mensonges, les vols.

10° Mauvaise éducation, mauvais exemples : Colères de l'enfant mal élevé et vivant dans un milieu de violents et d'emportés ; il imite, avec la plus grande facilité, la violence, l'emportement. De même, de très bonne heure, avant même l'âge de trois ans, il bat la chaise ou la porte qui l'ont blessé. Pourquoi ? parce qu'une mère ou une « bonne » niaise auront dit : « Méchante chaise, méchante porte, qui fait mal à bébé, bats-la. »

Effets. — 1° Sur le corps : Nous les avons déjà décrits, voir ci-dessus p. 237.

2° Sur la sensibilité physique : Elle disparait partiellement. L'enfant en colère ne sent plus ni les chocs ni les coups.

3° Sur la sensibilité morale : Les sentiments de pitié, de bienveillance, de dignité même, paraissent évanouis.

4° Sur V intelligence : Elle s'obscurcit singuHèrement. L'emporté ne discerne plus le bien du mal, l'utile du nuisible ; il raisonne faux, il oublie. « La portée de l'intelligence est diminuée, sa perspicacité amoindrie, sa justesse détruite : elle est comme affolée. » (Thomas, loc. cit., p. 97.)

5° Sur la volonté : En plein accès, le violent n'est pias maître de lui, il est « hors de lui », comme fou. Ce n'est

plus un homme libre, mais une force aveugle déchaînée. « Il n'agit point, il est agi. »

Remèdes. — A) Procédés de correction et d'' amélioration, — Par hypothèse nous étudions les formes normales de la colère. Nous supposons que les tares physiques et hérédi':aires sont ou absentes ou très atténuées. Il n'y a pas ici de thérapeutique spéciale à conseiller, mais seulement une bonne hygiène générale.

Mais il faut surtout indiquer les devoirs des éducateurs, parents, maîtres et maîtresses, et leur proposer quelques moyens pédagogiques et moraux de correction et d'amen» dément.

Ici, plus que partout ailleurs, le maître doit prêcher d'exemple. Ce n'est pas par la colère qu'on peut guérir de la colère, mais par le calme. Et cela doit s'entendre de plusieurs façons ; 1° le maître sera calme ; la véritable autorité est faite de patience, de douceur et de sang-froid. Les parents éviteront ces accès ridicules où l'on voit une mère menacer son enfant des pires punitions pour une sottise insignifiante, et lepère nii nacerde le « tuer » pour un fait sans importance. Quel détestable procédé d'éducation! Le petit drôle rit sous cape et recommencera, et surtout, ce qui est plus grave, il s'emportera, lui aussi, il deviendra fatalement un violent, un emporté ; 2° on évitera, Boit dans la famille, soit à l'école, les châtiments corporels : c'est de la brutalité et non de l'éducation. Ils font souffrir l'enfant, irritent son cœur, provoquent la hedne et la rancune, et, loin de l'améliorer, ils le gâtent en le poussant, lui aussi, à la brutalité et à la violence. Avec les tout petits quelques gouttes d'eau froide à la figure, ou la petite « taloche » paternelle, ou mieux, la menace de cette petite taloche, pourront être tolérées, à condition de n'en pas abuser ; 3° on évitera les taquineries inutiles, les moqueries blessantes, les reproches faits sur un ton aigre et méprisant. Rien n'agace plus l'enfant, rien ne contribue davantage à aggraver son irascibilité. L'enfant se fâche, et parfois il a raison ; 4° la patience, la douceur, vont de pair aveo l'ordre et la régularité, la fermeté et la persévérance : à faute légère, reproches légers ; à fautes graves, reproches

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graves. On peut même, dans ce dernier cas, manifester une certaine colère contenue, régulière et modérée : « Elle devient l'image redoutée de la justice, et suffît par sa seule vue pour réprimer toute insubordination. » (Bain.) Et encore faut-il veiller à ne pas abuser des reproches. L'enfant, sans cesse harcelé par les observations, s'énerve, s'irrite. On ne doit faire que les reproches nécessaires Souvent même un geste, un regard, un signe, suffisent pouf calmer l'accès de colère, l'empêcher d'exploser. Et surtout, si l'accès de colère n'a pas été enrayé et s'il se manifeste, on ne cédera pas à l'enfant. Quand il sera bien convaincu, à la suite de nombreuses expériences, que ses cris et ses impatiences sont inutiles, il ne manquera pas d'y renoncer; 5° Enfin une dernière manifestation du calme et de l'exemple donnés par les parents et les maîtres sera l'habitude de la réflexion : une fois l'accès passé, faites-lui honte de sa courte folie. « Tu as crié, pleuré, hurlé, mon petit homme, à quoi cela t'a-t-il servi ? à rien, et il en sera toujours ainsi ; sans compter que tu t'es blessé, tu as cassé ton jouet, et tu as fait de la peine à tes parents, à ton maître. » On profitera de l'occasion, mais sans en abuser, pour lui raconter quelques histoires vraies ou imaginées, mais toujours vraisemblables, montrant les funestes conséquences de la colère : un enfant qui a avalé un corps dur et qui en a souffert ; un autre qui a crevé l'œil à son petit camarade ; un autre qui a, dans un moment d'impatience, replacé sur la table la carafe qu'on lui défendait de toucher : sous la violence du choc, la carafe se brise et coupe les artères et les veines de l'avant-bras, d'où grave hémorragie et danger de mort, et ainsi de suite. On pourra lire aussi, dans d'autres circonstances, les fables composées par Fénelon à l'intention de son élève, fantasque et irascible : le Fantasque, le Jeune Bacchus et le Faune, V Abeille et la Mouche^ etc.

Pour résumer ce premier groupe de conseils, nous dirons que l'on peut corriger la violence et l'emportement, les impatiences et l'irascibilité, par l'exemple du calme, du sangfroid et de la maîtrise de soi. « Un enfant élevé par Platon, de retour dans sa famille, fut témoin, nous rapporte-t-on, des fureurs de son père « Je n'ai jamais vu cela chez Platon,

dit-il. — Que nos élèves puissent de même, en rentrant chez eux, où souvent ils sont témoins de faits regrettables, se dire aussi : « Je n'ai jamais vu cela chez mon maître. » (Thomas, Education des sentiments, p. 102.)

On peut recommander aussi l'appel à l'amour-propre et au sentiment de la dignité personnelle. Il suffirait de conduire une de nos fillettes devant une glace pour lui faire honte de ses petites colères, toujours anodines il est vrai, et les calmer assez rapidement, avec quelques petits reprocher. Mais on n'a pas toujours, surtout en classe, un miroir ou une glace à sa disposition. On peut néanmoins faire remarquer aux enfants, témoins d'un accès de colère, tout ce qu'il y a de « vilain » dans ce visage empourpré et dans cette physionomie grimaçante, tout ce qu'il y a d'humiliant et de dégradant dans ces gestes désordonnés et ces paroles incohérentes.

Un dernier groupe de conseils peut être résumé sous cette rubrique : éducation de la volonté (voir t. I"' et II). Ce qu'il y a de fondamental dans l'éducation de la volonté, nous l'avons déjà dit, c'est d'apprendre à réfréner ses réflexes, ses instincts et ses tendances. L'enfant habitué à réfréner ses réflexes, résistera à l'impétuosité de la colère qui n'est qu'un réflexe. Habitué à « philosopher » avec ses tendances, il résistera à ces dernières : il saura ajourner un plaisir, supporter avec calme une douleur, un mécompte, une déception. Par suite, il ne s'irritera pas pour un rien, pour une vétille ; habitué à résister au premier mouvement, il saura se contenir et réfléchir. « Quand la colère fermente au fond de l'âme, dit Sénèque, efforçons-nous d'étouffer ses premiers symptômes ; que notre visage conserve l'apparence du calme, que notre voix reste douce, que notre allure devienne moins brusque, et insensiblement sur ces dehors se modifiera l'intérieur de l'âme. » « Un sage conseillait à Auguste, étant en colère, de ne s'émouvoir que premièrement il n'eût prononcé les lettres de l'alphabet. Le conseil est moins puéril qu'au premier abord on pourrait le croire. Tout répit obtenu est, en effet, un gage de victoire, le propre de la colère étant de s'apaiser, d'ordinaire assez vite, lorsqu'elle ne peut sur-le-champ éclater «t se satisfaire. » (Thomas, loc. cit., p. 103.)

B) Procédés de conservation. — Mais gardons-nous bien d'extirper entièrement la colère, et, qu'on nous pardonne sette expression, d' « émasculer » nos élèves. La colère, une certaine colère, a du bon. « A mon avis, un enfant de dix mois qui ne pleure pas et qui ne crie pas au moins quatre ou cinq fois par jour, qui ne s'amuse pas et ne s'irrite pas, comme le sauvage et le jeune animal, pour une bagatelle, manque de sensibilité, d'intelligence, et manquera, sans doute, de caractère : je dirai de lui, ce que M""^ Pape-Carpantier disait de l'enfant sage, qui ne remue pas en classe et qui ne joue pas dans le préau : Enterrez-le, il est mort ! » (B. Pérez, Education morale, etc., p. 177, 178.)

La colère infantile est un signe de vitalité et de santé, quand elle ne dépasse pas une certaine mesure. Elle est comme le trop-plein de la vie. Chez beaucoup d'enfants, elle est l'excès de la franchise. Fi de ces vilains sournois, au regard torve, au calme apparent, qui rongent leur frein et méditent, dans le silence de leur rancune et de leur haine, un mauvais coup ! Combien ne leur est pas supérieur ce gentil bambin, un peu exubérant, mais au regard clair, franc, au caractère généreux, qui « s'emballe » un peu trop vite, mais si vite apaisé et si peu rancunier. Comme il est aisé de lui pardonner et de l'amender! Suivez-les, plus tard, dans la vie, et vous verrez quel est celui des deux qui sera devenu sympathique, utile et aimé.

Une certaine colère est aussi l'indice d'un caractère et d'une personnalité qui s'éveillent ou s'affirment. « La colère n'est-elle pas une force puissante, une qualité estimable, quand elle s'applique à de justes motifs, et qu'elle se modère en éclatant? Le don de se posséder dans la discussion, de contenir son indignation, qui donne à certains hommes une si grande supériorité sur les autres dans les assemblées politiques, cette raison véhémente qui a rendu si redoutables et si superbes les Démosthène, les Mirabeau, les Gambetta, c'est là une faculté non moins nécessaire à l'éducateur qu'à l'homme d'Etat. » (B. Pérez, loc. cit., p. 179.) Il n'est pas bon que nos écoliers aient un air effacé, endormi. Une certaine vivacité, une certaine fermeté et autorité dans le ton sont de mise, sans

toutefois dépasser les bornes de la bienséance, de la politesse et du respect.

Une certaine colère, ou plus exactement une certaine vivacité d'allure, est aussi l'indice du courage et de l'énergie. Aristote pensait que le courage le plus naturel est celui que donne la colère, pourvu qu'il soit précédé d'un choix, d'une préférence qui apprécie les motifs qui le déterminent. Le doux Fénelon lui-même déclarait que « les naturels vifs et sensibles... ont de grandes ressources ». Il est des moments où il faut savoir éprouver une colère, sinon on n'est plus un homme. Celui qui supporte sans broncher moqueries déplacées, reproches immérités, atteintes à ses droits ou à sa dignité, celui-là ne nous inspire qu'une médiocre estime. Gardons-nous, en réprimant les écarts de la colère chez les enfants, de briser ce ressort. Nous ferions des enfants dociles, sans doute, mais résignés, passifs, sans caractère comme sans énergie, et prêts aux lâchetés.

A plus forte raison faut-il ne pas briser le ressort de la colère en présence des injustices et des actes condamnables. Il est bon d'éprouver

ces haines vigoureuses Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

Si nous voyons un enfant accepter trop docilement la domination des autres, n'hésitons pas à lui conseiller, à lui apprendre même à se défendre. Tendre une joue, puis l'autre, cela serait bon dans une cité monastique, mais non dans la cité moderne, où chacun doit conquérir, de haute lutte, mais par des moyens honnêtes, sa place au soleil. Il n'est pas bon que les enfants soient matés par une discipline excessive et autoritaire. (Voir ci-dessous, p. 298-322.) Il ne faut pas, suivant les expressions triviales, qu'ils se laissent « marcher sur les pieds » sans crier gare. De concession en concession ils en arriveraient vite à être méconnus, dominés, maltraités, et cela à l'avantage des dominateurs sans scrupules, souvent malhonnêtes et méchants, toujours prêts à exploiter les honnêtes et les dociles ou les indifféronts. En présence du mensonge, de la fourberie, il faut réagir vigoureusement. C'est souvent naïveté que d'être de trop « bonne composition ». Bref, il faut, en modérant les écarts

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de la colère chez l'enfant, se bien garder de briser le ressort de la volonté. Apprenons à nos enfants à vouloir et à agir énergiquement, tout en respectant les droits d'autrui.

Car il ne faut jamais oublier les nécessités de la vie sociale, de la vie en commun. Il y faut, non seulement la justice stricte et un peu sèche, mais aussi la mesure, la maîtrise de soi, la politesse et la douceur qui corrigent, sans les détruire, les à-coups de la volonté, et la vivacité des tempéraments.

X. L'enfant sournois. — Le sournois est un menteur, mais c'est un menteur d'habitude et qui cache son jeu. C'est donc un double menteur, un vrai « comédien » (en grec hupocritès), un « hypocrite », un fourbe.

Le véritable sournois cache son jeu sous des dehors aimables, empressés ; il use de paroles avenantes, bienveillantes, flatteuses et mielleuses. Mais ce jésuitisme répugnant demande une raison déjà développée et exercée. L'enfant n'en est pas encore capable. Du moins nous n'en connaissons pas d'exemple. L'enfant sournois reste silencieux, gêné, boudeur ; il cache mal son jeu. C'est un « comédien » maladroit.

Causes. — Les causes physiques et morbides sont difficiles à assigner. On sait que le mensonge se rencontre fréquemment chez les instables, les hystériques et les épileptiques. (Philippe et Boncour, loc. cit., p. 127; Laurent, loc. cit., p. 45.) Mais quant à la fourberie, à l'hypocrisie, on n'a pas encore, que nous sachions, rattaché ces vices à des tares ou à des lésions organiques précises, localisées.

Les causes de la fourberie et de l'hypocrisie sont plutôt d'ordre mental. Ce sont d'abord les causes du mensonge. (Voir ci-dessus, W leçon; t. P', p. 109; t. II, p. 222.) Parmi ces causes, il importe de souligner plus particulièrement l'habitude de déguiser sa pensée, le besoin de nuire, la jalousie et l'envie, la haine et la raLcune. En allant plus avant dans l'analyse on découvrirait l'égoïsme et l'orgueil qui sont la source de tous les vices.

Il est aussi des causes sociales qui tiennent au milieu r la plus fréquente est la maladresse et l'absurdité de cer-

tains parents et de certains maîtres qui infligent des punitions tantôt injustes, tantôt exagérées par rapport à la faute commise. Ils terrifient l'enfant par des violences continuelles et souvent des châtiments corporels. L'enfant, mal surveillé, se réfugie derrière le voile protecteur de la dissimulation. Ajoutez à cela les taquineries et moqueries déplacées, les humiliations amères, les comparaisons désobligeantes avec des camarades plus intelligents ou plus heureux, — et l'on comprend sans peine que l'enfant se renferme dans une bouderie rancuneuse, qui deviendra peu à peu dissimulation, fourberie, hypocrisie.

Remèdes. — Nous renvoyons aux conseils pratiques donnés ci-dessus dans la 14* leçon et dans le tome P'', p. 109; ainsi que dans le tome II, p. 224. Nous insisterons ici sur les points suivants : donnez à l'enfant l'exemple de la franchise; soyez avec lui patient, doux et invariablement juste; luttez patiemment contre l'égoïsme et l'orgueil ; évitez les punitions exagérées et les colères inutiles; inspirez confiance à l'enfant, et vous verrez disparaître peu à peu la jalousie et l'envie, la rancune et la haine. Il ne vous cachera pas ses pensées. Il ne pensera plus à nuire. Il vivra en toute confiance, en toute sécurité, avec ses camarades. Avec eux, plus de dissimulation, de fourberie et d'hypocrisie, mais une bonne et saine franchise, l'amitié et le désir de se rendre utile.

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