LA LITTÊIIATURE A L*USAGE DE L*ENFANCE
désigne tous les livres à Tusdge des enfants des cours : élémentaire, moyen et supérieur, car c'est dans ces coura que la période scolaire s'étend de neuf à treize ans.
On demandera à ces livres : 1° La simplicité et la clarté, nous voulons dire la vraie simplicité, la vraie clarté, qui supposent de la part de l'auteur : d'abord digestion et assimilation complètes des idées émises, puis adaptation raisonnée — sans niaiseries ni fadeurs — à l'intelligence des enfants ;
2° Un stimulant à l'intelligence des enfants et non un soporifique et mol oreiller; le livre doit faire comprendre, trouver et retenir, tout comme la leçon vivante du maître ; ce qui exclut les nomenclatures passives et les procédés mnémotechniques surannés ;
3° De continuels exercices d'observa^^ion, aussi bien dans les leçons de choses que dans toutes les autres matières d'enseignement ; apprendre à observer, à voir par soi-même, à réagir personnellement, c'est le seul moyen de donner à l'enfant une tournure d'esprit positive et scientifique ; ce sera l'habituer au vrai, au positif, au « donné ». Cette éducation peut se faire dans les livres d'arithmétique et de leçons de choses, elle peut se faire aussi dans les livres de lecture, d'histoire, de géographie et. même de morale. Elle se fait toutes les fois que, qu'il s'agisse de la nature ou de l'esprit, des faits mesurables ou des faits moraux, on exige de l'enfant qu'il ouvre les yeux, qu'il soit attentif, et qu'il sache voir, comprendre et dire ce qui est et pas autre chose. Ce sera là la première habitude ou, plutôt, le premier besoin, qui devrait devenir tyrannique comme une passion, le premier besoin du vrai ;
4° L'ordre, la clarté, l'élégance, en un mot le beau, tout ce qui émeut la sensibilité, plaît à l'œil, enchante l'imagination et favorise son essor ;
5° Des intentions moralisatrices sans tomber dans les maladresses du sermon ni (qu'on nous pardonne ces exprès» sions irrévérencieuses) dans les serinettes fades et inutiles de la vertu récompensée et du vice puni deux ou trois foi* paitpage. Un peu de discrétion à cet égard ne gâtera rien. Nous nous sommes expliqués là-dessus assez souvent et plus particulièrement pages 158, 172 et 197. ,Les intentions
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moralisatrices seront d'autant plus efficaces qu'elles n'auront pas l'air de vouloir l'être : un auteurpeut travailler à la culture du sentiment (encore trop négligé dans nos écoles), à l'éveil de la conscience morale, à l'exercice de la liberté ; il peut exciser un vrai dévouement, simple, sans phrase, utile et effectif, à l'amour du bien public, à la passion de la justice, — par tout un ensemble d'impressions, de faits, de réflexions qui baignent l'enfant comme l'atmosphère, qu'il respire et dont il vit, sans en sentir le poids (1) .
Mais il est bien entendu que s'il doit y avoir une éducation scientifique, esthétique et morale répandue dans tous les ouvrages destinés à l'enfance, il faut aussi, et non moins nécessairement, qu'il y ait, régulièrement, à heures fixes, en vertu de prévisions précises portées à l'emploi du temps, une éducation et un enseignement scientifiques, esthétiques et moraux, donnés dans des leçons spéciales, et dans des ouvrages spéciaux.
(1) Sur ce sujet si captivant, le maître écrivain Anatole France a écrit des pages délicieuses dans le Livre de mon ami, p. 257-266. Nous ne résistons pas au plaisir d'analyser ce joli chapitre et de citer les passages les plus caractéristiques: « ... Les enfants montrent, la plupart du temps, une extrême répugnance à lire les livres qui sont faits pour eux. Cette répugnance ne s'explique que trop bien. Ils sentent, dès les premières pages, que l'auteur s'est efforcé d'entrer dans leur sphère, au lieu de les transporter dans la sienne, qu'ils ne trouveront pas, par conséquent, sous sa conduite, cette nouveauté, cet inconnu dont l'âme humaine a soif à tout âge. Ils sont déjà possédés, ces petits, de la curiosité qui fait les savants et les poètes... > A. France reproche à ces livres d' < affecter la niaiserie, de prendre un ton béat, à dire sans grâce des choses sans force, enûn à se priver de tout ce qui, dans une intelligence adulte, charme ou persuade.
< Pour être compris de l'enfance, rien ne vaut un beau génie. Les œuvres qui plaisent le mieux aux petits garçons et aux petites filles sont les œuvres magnanimes, pleines de grandes créations, dans lesquelles la belle ordonnance des parties forme un ensemble lumineux, et qui sont écrites dans un style fort et plein de sens. » A. France oite VOdyssée^ Don Quichotte < moyennant de larges coupures », Rohinson Crusoè, et il se moque agréablement d'un professeur de sixième qui recommandait à ses petits écoliers de lire < pendant les vacances, pour se délasser, le Petit Carême de Massillon... Un enfant que le Petit Carême intéresserait serait un monstre... ». Et il conclut : < ...Quand vous écrivez pour les enfants, ne vous faites point une manière particulière. Pensez très bien, écrivez très bien. Que tout vive, que tout soit grand,
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IV. Classification rationnelle des ouvrages. — Nous placerons au premier plan les ouvrages relatifs à Vart sous toutes ses formes : chants et musique, saynètes, monologues, comédies, et la poésie. Puis viendraient : la littérature tout d'abord récréative et imaginative, puis instructive, toujours éducative ; les exerciees d* observation, qui deviendraient peu à peu enseignement pratique, ménager et domestique, agricole, etc.; puis les leçons cïe c/i05e5, qui conduiraient à quelques notions plus théoriques de sciences physiques et naturelles ; le calcul comme exercice de jugement et de raisonnement, comme initiation à la logique d'abord instinctive puis raisonnée de l'esprit; enfin, Vhistoire, la géographie, V instruction civique, la morale.
~ V. Choix des livres. — Quels livres signaler et choisir pour remplir ces cadres généraux ? Si nous avons pu proposer un choix de ce genre à la fin du tome 11, c'est que l'entreprise était utile et réalisable. En est-il de même ici ? Nous ne le croyons pas (1).
large, puissant, dans votre récit. C'est là l'unique secret pour plaire à vos lecteurs. »
Il demande aussi qu'on fasse la part large à l'imagination. Il préfère pour eux les Contes de Perrault à V Alphabet des merveilles de l'industrie, «...les catalogues illustrés des livres d'étrennes enfantines présentent aux yeux, pour les séduire, des crabes, des araignées, des nids de chenille, des appareils à gaz, c'est à décourager d'être enfant... Dans dix ans, nous serons tous électriciens... Le moindre petit livre qui inspire une idée poétique, qui suggère un beau sentiment, qui remue l'âme enfin, vaut infiniment mieux, pour l'enfance et pour la jeunesse, que tous ces bouquins bourrés de notions mécaniques. Il faut des contes aux petits et aux grands enfants, de beaux contes en vers ou en prose, des écrits qui nous donnent à rire ou à pleurer, et qui nous mettent dans l'enchantement >. Les conteurs aident à imaginer, à sentir, à aimer. < Il faudrait en revenir aux belles légendes, à la poésie des poètes et des peuples, à tout ce qui donne le frisson du beau. > Il ne faut pas avoir peur de l'imagination. < C'est elle, avec ses mensonges, qui sème toute beauté et toute vertu dans le monde. On n'est grand que par elle. O mères l n'ayez pas peur qu'elle perde vos enfants : elle les gardera, au contraire, des fautes vulgaires et des erreurs faciles.» — Voir dans notre tome II la cinquième leçon. < Du goût de l'enfant pour les histoires, les contes de. fées, le merveilleux. »
(1) On trouvera dans l'excellent ouvage de M. M. Braunschvig, F Art et VEnfant, paru tout récemment, un choix surtout relatif aux lectures
Nous préférons laisser au lecteur le soin de décider lui* même en quoi les ouvrages, parus à l'heure actuelle, réalisent ou ne réalisent pas l'idéal pédagogique proposé plus haut, s'en rapprochent ou s'en éloignent. Et de ce travail, qui doit être absolument libre et personnel, sortira, pour chacun, im choix de livres qui conviendra à ses aspirations et aux besoins de ses élèves-.
Que si — sur quelques points — les ouvrages déjà publiés manifestaient quelques lacunes, ce serait au lecteur à les signaler aux auteurs. De cet échange d'idées ne pourrait que sortir une sensible amélioration de la littérature enfantine actuelle. Mais s'il est relativement facile de tracer l'idéal auquel doit se conformer cette littérature, il est infiniment moins aisé de la réaliser. Si la critique est aisée, l'art est difficile. Si le tracé d'un plan est facile, sa réalisation l'est beaucoup moins. C'est pourquoi, après avoir laissé aux auteurs la partie la plus difficile de la tâche pédagogique, il faut rendre justice à ceux qui, doués des plus brillantes qualités littéraires et scientifiques, dotés des fonctions les plus élevées, n'ont pas dédaigné de descendre au niveau des intelligences enfantines pour rédigea, à leur intention^ des ouvrages où la plus ferme raison s'allie au plus pur idéal moral.
Sujets à traiter.
JV. B. — On en trouvera quelques-uns dans la liste des sujets adoptés dans l'Académie de Poitiers, 1907 (voir p. 344-347, et section G). Il est expressément recommandé aux instituteurs de s'exercer à traiter quelquesuns de ces sujets, afin de se préparer à remplir utilement, et d'une façon réfléchie, une des prérogatives les plus importantes que leur confie la législation scolaire actuelle : le choix des livres à inscrire sur la liste départementale. (Circulaire du 7 octobre 1880 ; arrêté organique, art. 20 à 22.),
récréatives : Appendice IV, p. 388 et suir. 4 Gomment composer une bibliothèque enfantine. » Ces listes d'ouvrages (albums, contes et légendes, histoires enfantines, romans d'aventures, nouvelles et romans, récits historiques, récits de voyages, ouvrages de vulgarisation scientifique) sont à consulter. Elles rendront de réels services aux instituteurs et aux institutrices. — Voir ibid.. Appendice III. « Choix de poésies 4 faire apprendre aux enfants », p. 385-387.
Le milieu social^ et Tidéal pédagos:ique contemporains. Éducation des éducateurs.