‹ Psychologie pedagogiqueChapitre 36 sur 146 · ViERORDT, Physiol. d. Kiiidesalt., 1881 ïubingue · texte numérisé non relu

ViERORDT, Physiol. d. Kiiidesalt., 1881 ïubingue

3. loTEYKO et KiPiANi, Bascs phys. de Véd. senior., R. ps. 1910 III 312; blOO t. 1 72,

CONTENU DE l'ÉVOLUTION 6i

petitesse de i'angle sous lequel on reconnaît deux points comme distincts, l'enfant aura parfois une note 3 fois plus grande que celle de l'adulte. En revanche tout ce qui dans la perception sensorielle suppose discevnement, interprétation, est supérieur chez l'adulte : le goût et l'odorat de ce dernier sont plus fins, les différences de place et d'intensité sont mieux appréciées, le temps plus exactement estimé. L'enfant manifeste également une tendance prononcée à confondre sensations et images. Les mouvements des membres sont plus rapides, mais moins réguliers et moins accessii)ios à l'inhibition.

C. Une dilFéi-ence marquée existe entre /a manière dont l'intelligence élabore les données fournies par les sensatioris et les images. A i'encontre"'(îe l'adulte, l^enfant ne systématise pas à un point de vue objectif : ou bion son attention va d'objet à objet, confisquée par l'impression du moment, ou, s'il synthétise les impressions simultanées et successives, la synthèse est de lui, factice, n'ayant rien d'objectif.

L'adulte verra dans une ville qu'il parcourt pour la première fois l'élat florissant du commerce, la facilité des communications, l'aspect militaire ou industriel, etc.; l'enfant sera à tel détail, puis à tel autre, ou, s'il synthétise, il reconstituera dans ce qu'il voit la cité fé(!i'que dont il a lu la description. Dans le travail interne de la pensée l'enfant élabore plutôt des intuitions que des mots; l'adulte, au contraire.

D. Les manières d'agir présentent également des oppositions nettes. Les impulsions de l'enfant vont vcfâlîés objets Tsolé s, sans être dirigées par des vues d'ensomlîle, à m(^>ins qu'il ne joue ou n'imite ; elles sont déclauchées par l'impression du moment. L'adulte

02 PSYCHOLOGIE PÉUAGOQIQUE

agit davantage selon des vues d'ensemble, par principes et résolutions; sa vie est dès lors susceptible de montrer une régularité, une orientation fixe que l'enfant livré à lui-même ne saurait atteindre.

; Conséquences pédagogiques. — De la différence entre le contenu psychologique de l'enfant et celui de l'adulte se déduit la loi suivante : U enfant ne doit pas être traité comme s'il était semblable à l'adulte, /fiais comme, ayant des lois qui lui sont propres.

Précisons le sens de cette proposition. Elle ne signifie pas que l'enfant a une nature ditlerente de celle de l'homme fait ; nous avons vu que l'un et l'autre ont le? mêmes activités. Elle veut encore moins dire que l'enfant ne doit pas être élevé comme s'il devait devenir un homme un jour; tout au contraire dans son évolution tend à l'utilité et à la formation de l.adulte fi'd;; Mais on ne doit pas élever l'enfant comme s'il était capable de faire les mêmes exercices que Tadulte avec une seule différence d'intensité et de perfection. Uenfant n'est pas un adulte en miniature, il a sa manière d'agir à lui, 3on point de vue à lui pour juger et peu- Ber. S'il faut orienter ses activités vers la perfection de l'âge adulte, ce n'est pas une raison pour le traiter en petit homme. Pour bien le conduire, il faut partir de ce qu'il est, entrer dans sa mentalité et l'acheminer peu à peu selon ses moyens du moment vers la mentalité chrétienne.

On a souvent fait remarquer à ce propos que l'enfant est de nos jours beaucoup trop mêlé aux adultes. C'est là encore un(^ des funestes conséquences du petit nombre d'enfants dans les familles. L'enfant doit être élevé et surveillé de près par les jiarents, muis il n'est nullement fait pour partager tous les u' tails de leur vie. C est l'instinct d'imitation, avec l'activité

RYTHME DE l'ÉVOLUTION 63

(le jeu, qui est le ressort naturel de l'éducation. Or l'adulte n'est pas le type que l'enfant doive imiter dans sa marche vers l'idéal, le terme n'est pas la voie qui y conduit. On a reproché i l'ancienne éducation de tenir les enfants trop à l'écart; l'abus était certainement moins gros de conséquences funestes que l'usage d'une quasi-camaraderie entre parents et enfants <.

g 3. — RYTHME DE L'ÉVOLUTION

15. Oscillations du rythme de l'évolution. L'enfant dans son évolution se rapproche de plus en plus de I;i physionomie adulte : les proportions du corps tendent vers le type adulte, l'usage des activités suit toujours de plus près les lois que l'on constate chez l'homme fait. Mais ce développement, ce rapprochement du terme, ne marche pas toujours à la même allure: il y a des périodes de muLations durant lesquelles des changements notables s'opèrent en peu de temps; il y a des périodes de variations insensibles, de lentes modifications.

Il serait d'un grand intérêt de connaître exactement les lois de ces fluctuations afin de mieux adapter l'éducation aux capacités du moment. Aussi d'innombrables travaux ont été faits soit sur le rythme du développement physique, soit sur le rythme du développement psychologique, soit sur les rapports mutuels de l'un et de l'autre^.

BûA8 résumant les observations faites à partir de 1877 (à Boston, Saint-Louis, Mil waukee, Worcester, Toronto, Oakland) dressa en 1901 une statistique portant sur le poids et la taille à diiférents âges de 45.i5i garçons et 43.298 ûlles^. Pagliani observa à Turin (1879) '^ développement aux différents âges

2. B69ch. I-II t 1 l-128;blOOt. 1 8I-117;b 27 •l'i2-6f;;bif.;! ch. VI 10-i-l:J; bl4C 62-.-).

3. Anlhropol. inveetig. in sch., J. o/'l/ie Boston med. Soc. 1901.

de nombreux enfants d'école de conditions sociales très inégales <; plus récemment Ribtz Ct des observations du même genre sur le développement relatif des élèves dans les écoles populaires et les gymnases^. Erismann, avec le concours de deux médecins, mesura de 1886 à 1888 j 00. 000 ouvriers de fabrique, la plupart très jeunes^fson but était d'étudier l'inlln^nce des conditions d'existence sur le développement. Axel Key publia en 1890 les résultats de l'enquête faite par les commissions scolaires suédoise et danoise sur la taille et le poids de 82.590 garçons et 14.600 filles. En 1894 J- A. GrLBERTdonne le résumé d'observations portant sur de nombreux enfants de 6 à 17 ans; il avait examiné aux différents âges le sens musculaire, le discernepaent des couleurs, le pouvoir moteur volontaire, la suggestibilité, la fatigue, le temps de réactiun, le temps de discernement et de choix*. A partir de 1899 les observations se multiplient débarrassées en général des vices de méthode qui diminuaient la valeur des précédentes. Citons Tenquète de Mac Donald sur les élèves des écoles de Washi/igton (résultats groupés selon l'âge, la fortune, la position sociale), celles de T. Porter sur la corrélation entre les phases du développement physii^ue et celles du développement psychologique, les travaux de P. Godin, les observations de BiNET, Simon, Lalliat, sur les enfants des écoles primaires de Paris, celles de M» Hôsch-Ernst à Zurich, de C. H. Stratz à La Haye, etc. ^.

De ces nombreuses observations se dégagent plusieurs conclusions impoitantes relatives à la physionomie générale de l'évolution :

1. Lo svil. uiiiano per età, sesso, coud, soc, etc., 1879 Milan.

2. D. Wachst. Berlin. K. wàkr. d. Schuljahr., Arch. f. Anlkrop.

3. Untera, ûb. d. korp. Eniw. d. Fabrikarb. in Zentral Rusa., Z, . f. Schulgesundfi. 1888.

4. Gu.uEHT, lies, on t. ment, a.phys. dev. ofsch. ch.,St. fr.ihe Yale p$. Laborat. 189'i II 40-100. Key, D. PubertàtsenUv., Cg. int. Med, 18'JO.

5. Bi.NET, bl3 .53-78; Bi.\et et Simon, Art. de l'An. ps. 1^00-1911; L\l\.\Jlt, liech. anthropum. s. l. e. d'éc. Bu. S. ps. E. 1907 47-G'J; GoDiN, b304-5.

RYTHMB Dl L'ÉVOLUTION 65

1* L'âge n est pas le seul facteur à\\ plus ou moins de développement. Si on considère chez différents enfants une même portion de durée entre la naissance et l'état adulte, par exemple la 10' et la 11* année, l'évolution présentera une allure différente suivant le sexe, le tempérament, le milieu héréditaire, le climat, l'éducation ^

2* Le rythme de l'allure du développement esX. oscillatoire. Considérons le cas très simple de raccroîssement delà taille chez les garçons. Pendant la première année on constate une forte poussée suivie d'un ralentissement; vers 7 ans à une nouvelle poussée rapide succède une période plus calme; de 12 à 15 ans se produit une fluctuation semblable: vers 15 ans une dernière poussée très rapide, suivie d'un ralentissement. Si on met à part les trois premières années, l'âge de 10 ans constitue à peu près la période de moindre augmentation, celui de 15 ans la phase de plus grand accroissement annuel. Il y a donc quatre vagues de croissance : de la naissance à 7 ans, de 7 à 12 ans, de i2 à 15 ans, de 15 à 20 ans. Ce rythme à quatre oscillations se retrouve chez tous avec des accentuations inégales et sans présenter les maxima etles minima exactement aux mêmes âges; on trouve facilement deux ans de distance pour les fluctuations correspondantes de deux sujets. De même certaines périodes peuvent être plus ou moins longues.

Les filles présentent le même rythme de développement avec une avance de deux ans environ pour !e début de chaque poussée.

L'accroissement de poids indique des oscillations

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du même genre; mais il est plus difficile de faire la part de l'influence considérable du genre de nourriture, du plus ou moins de mouvement, etc. Les aulres facteurs physiques se comportent dans leur évolution comme le poids et la taille*.

Bien que le développement des activités psychologiques soit marqué par des fluctuations semblables, il n'y a cependant aucune concordance entre les âges des maxima et des minima de ces oscillations et cfîux qui ont été indiqués pour le dcveloppciaeut physique.

La remarque suivante de Claparèdk achève de caractériser ces oscillations: « Ce qui est tout particulièrement intéressant, à notre point de vue, dans cette évolution de la croissance, c'est la brusquerie de ces à- coups, de ces crises, de ces ascensions subites, qui souvent succèdent à une période d'accalmie parfaite. Chaque ascension hi-usque de la courbe est précédée et suivie d'un replat qui semble être le témoin, de l'elfort que l'organisme va faire, ou vient de faire. Avant la crise, une I>ériode de repos: c'est comme si l'organisme reculait pour mieux sauter; — puis vient le l>ond, l'explosion, on dirait que quelque mystérieux coup de cLalumcau a embrasé toules les forces vitales ; — enûn, après, la phase d'épuisement : essoufilé, l'organisme, comme conscient de son effort, s'accorde un repori bien mérité 2. »

Les remarques précédentes conduisent à diviser la durée éducative en quatre périodes; le critérium de division est l'accroissement de taille, plus facile à estimer que les autres facteurs.

Garçons Filles

Première enfance jusqu'à 'j ans jusqu";;. 6 ans

Deuxième enfance de 7 à 12 » de 6 à 10 »

Adolescence deiaài5 » deioàiS »

J. homme et j. f. de i5 à ao « de i3 à 18 »

!. BC9ch. MI t. 151-128.

HYTHMB UE l'ÉVOLUTHIN ÔJ

Les mentes périodes ont été indiquées par Hippo- CKATE dans son traité Des chairs et adoptées par FLETiRYdans son célèbre Cours d'hijs;iene\ II existe une certaine confusion autour de leurs dénominations : la dernière phase en particulier a été parfois désignée sous le nom de puberté, terme qui d'après les observations récentes la caractérise mal. Le nom déjeune homme convient au contraire parfaitement à cette période de 15 à 20 ans: physiquement et psychologiquement, le type adulte se dessine nettement et c'est alors qu'on trouve vraiment en plus jeune la physionomie de l'homme futur.

Chacune des grandes oscillations du développement se compose elle-même de fluctuations de moindre anipiitude.

Il semble qu'il existe un rythme annuel ; on remarque vme poussée dans la taille et le poids d'octobre à janvier, un ralentissement de mars à avril, une poussée nouvelle de mai à JTHllet. De nombreuse» «xpériences ont été faites pour préciser l'allure de ce rythme; elles ont porté sur les changements dans la force musculaire, l'énergie vitale, le i-ayonnenient calorifupîe du corps, l'augmentation de la taille et du poids*. Les travaux (iu D' P. GoDiN méritent une mention spéciale : ii a établi un;trentaine de lois relatives aux alternances des accroissements, aux proportions relatives, à la puberté, aux asymétries. Signalons la troisième loi des alternances : « Le semestre représente la durée moyenne de l'alternance d'un grand nombre d'accroissements (ainsi un os long grossit pendant six mois davantage qu'il n'allonge; puis il allonge pendant les six mois suivants davantage qu'il ne grossit). Les grandes allernances évoluent autour de la puberté''. »

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