BouiiiER, 1. c
2. K\TzAKOFF, Ç. c. q, les e. dessinent ? Ar. d« Ps. 1910 IX 125-7.
go PSYCHOLOGIE l'ËDÀGOOIQUI
riorisation motrice de ses systèmes Imaginatifs : son peu de souci de l'avenir, son absence ordinaire de réflexions subjectives, ne permettent pas à des influences troublantes de diminuer sa Joie de vivre.
21. Intérêts pendant l'adolescence et la jeunesse. AmsTOTE a tracé un portrait du jeune homme dont les psychologues de tous les temps ont reconnu l'exactitude (bG9 t. 1 522 ; b295 361-3) : « La jeunesse a pour caractère dislinctif d'être remplie de désirs et elle est cajjable de faire tout ce qu'elle vient à désirer. Parmi les désirs et les passions du corps, c'est surtout aux passions de l'amour ([ue les jeunes gens se laissent entraîner... Mobiles dans leurs désirs et prompts à se dégoûter, ils désirent avec une extrême ardeur et le lassent non moins vite. Leurs volontés sont des plus vives, mais sans force et sans durée, comme la soif et la faim des malades. Ils sont colères, d'une vivacité excessive à s'emporter et toujours prêts à suivre l'impulsion qui les domine. Disposant peu de leur cœur qui les aveugle, leur ambition ne leur permet pas de supporter le mépris, et ils se courroucent d'indignation à la moindre idée d'une injustice qu'on leur fait. Ils aiment les distinctions, mais bien plus encore la victoire. Ils préfèrent les honneurs et le triomphe à l'argent; car ils n'attachent pas le moindre prix à la richesse, parce qu'ils n'ont pas encore fait l'épreuve du besoin... Ils n'ont pas le caractère soupçonneux et au contraire ils l'ont facile, parce qu'ils n'ont pas encore eu le temps d'être souvent trompés. Ils se livrent aisément à l'es-pérance, parce que la jeunesse, comme les gens pris de vin, est naturellement bouillante, et parce qu'aussi ils n'ont pas encore subi de nombreux
échecs. C'est surtout d'espérance qu'ils vivent, parce que l'espoir a l'avenir pour unique objet, de même que la mémoire vit du passé écoulé sans retour... C'est ce qui fait qu'on peut tromper aisémentla jeunesse, parce qu'elle a l'espérance non moins facile. Elle a aussi plus de courage, parce qu'elle est plus portée à la colère et à l'espoir, l'une faisant qu'on ne craint rien et l'autre qu'on est plein d'assurance... Les jeunes gens sont aussi enclins à la honte; car ils ne tiennent pour beau et honnête que la loi dont ils ont reçu leur seule éducation. Ils sont magnanimes, parce que la vie ne les a pas encore rapetisses et qu'ils ignorent les nécessités du besoin. Se croire digne des plus grandes choses, c'est de l'élévation d'âme; et cette bonne opinion de soi n'appartient qu'à un cœur plein d'espoir. Quand ils ont à agir, ils préfèrent de beaucoup le beau à l'utile ; ils vivent plus par l'instinct et l'habitude que par le calcul; or le calcul ne pense qu'à l'utile, et la vertu ne regarde qu'à l'hon- »ête et au beau. Cet âge aime plus que tous les autres à se faire des amis et des camarades, parce qu'il se plaît à la vie commune, et que, ne jugeant rien encore à la mesure de l'intérêt, il n'y rapporte pas non plui ses amitiés. Les jeunes gens poussent toujours leurs fautes plus loin et les commettent plus violemment que personne, parce qu'ils font tout avec excès... Ils croient tout savoir, ils tranchent surtout, ce qui est cause de tous les excès où ils se laissent aller. Quand ils se rendent coupables de fautes graves, c'est plutôt par insolence que par perversité. Ils sont portés à la pitié, parce qu'ils croient qu'il n'y a au monde v^ue des honnêtes gens, et que les hommes sont meilleurs qu'ils ne sont, mesurant autrui à leur propre
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innocence, et supposant toujours que les malheurs dont ils sont témoins ne sont pas mérités. Ils aiment à rire, et par conséquent à railler, puisque la raillerie n'est qu'une insolence de bon ton. Tel est le caractère de la jeunesse'. »
Les observations expérimentales montrent qu'Anis- TOTK a donné exactement la formule caractéristique de cette période : « La jeunesse est remplie de désirs et elle est capable de faire tout ce qu'elle vient à désirer. » L'essai actif en tout sens des forces vitales, tel est bien le trait distinctif de l'adolescent.
Ces observations utilisent les mêmes méthodes que pour l'étude du jeune garçon. On peut y ajoulerl'étude des biographies, dont S. Hall a fait un fréquent emploi dans son grand traité Adolescence; Lancaster appuyé ses études concernant la jeunesse sur mille biographies (b323).
La plupart des résultats obtenus se résument dans cette phrase de Mahho : « Dans le tumulte affectif, nous remarquons chez le jeune homme un sentiment plus complexe, plus élevé, de sa propre personnalité et une plus grande énergie de réaction contrele monde extérieur. » {b331 607). Tandis que le jeune garyon répandait sonactivité surlemonde extérieur, l'adolescent se replie en quelque sorte sur sa propre personnalité pour en prendre les forces et les essayer en tout sens, comme s'il voulait l'affirmer vis-à-vis des personnes et des choses, en même temps que l'élever à un plan supérieur (b97 212).
Si l'on ne uerd pas de vue cette caractéristique, on voit que les contradictions présentées en apparence parle jeune homme
1. République L. H cli. XII, tr. BAHTHÉLt.MY Saint-Hilaihk t. 1 266-70 18'70 Paris.
INTÉRÊTS q3
se groupent cependant sous une même finalité dynamique ; il ne semble donc pas juste de donner comme note distiiictivede sa vie l'instabilité, la fluctuation, la succession alternative de contrastes tranches (bôç t. a 75-88). Les m antinomies développées complaisammeni par S. Hall ne se rencontrent-elles pas plus ou moins à tous les âges? Ainsi, l'alternative entre l'excitation et l'affaissement, l'hyperémie et l'anémie jjsycbiques, l'oscillation entre le plaisir et la peine, etc., constituent bien en un sens le rythme naturel «le toute vie psychologique. Si ces antinomies apparaissent plus en évidence dans la jeunesse, n'est-ce pas uniquement parce que les actions s'exercent alors avec plus d'intensité dansdesvoies qui ne sont pasencore Oxées et aussi parce que la nouveauté de beaucoup d'i-mpressions en augmente la vivacité? H y a vine réelle différence entre se contredire et essayer son activité en tout sens.
Détaillons quelques-uns des traits caractéristiques du jeune homme.
10 Dans l'adolescence la prépondérance du champ émotif sur le domaine de la perception extérieure est manifeste. On a déjà fait remarquer (n° 16) que les profondes modifications du système nerveux à cette époque ainsi que la complication des situations morales et sociales en était la raison principale, qu'il était excessif de leur assigner pour cause prépondérante l'approche de la puberté, malgré l'influence incontest»l)>e de cette dernière dans un grand nombre de cas. L'homme n'est pas seulement un animal et il est impossible d'enfermer avec vraisemblance l'ensemble des tendances humaines dans la formule de Mâkro : « L'origine des émotions qui poussent l'homme dans ses actions se^trouve toujours dans les deux instincts qui ie poussent à se conserver et à se reproduire... Le pain et l'amour sont les deux roues sur lesquelles avance !<■ monde vivant. » (b33i 60(3). Vraie sans restriction ' 'ir les bêtes, cette loi ne l'est que relativement et
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partiellement pour l'homme. Il faut aussi remarquer que l'époque de l'adolescence est marquée par une intense dilatation vasculaire qui contribue à aujjmenler les impressions cénesthésiques dues aux émotions. Tous ces facteurs accroissent chez l'adolescent le sentiment de la personnalité; en même temps, se rendant mieux compte des manifestations émotives par ses états affectifs personnels, il accumule des trésors d'expérience qui le mettront à même de mieux comprendre autrui et le rendront accessible à la sympathie et la compassion {b97 201). « La jeunesse, dit S. Hall, aime les états intenses de l'esprit et est passionnée pour l'excitation. Les jeux tranquilles et paisibles ne sont pas son fait. Platon l'a définie une wresse spirituelle. Elle désire vivre et se sentir vivre, a le goût de toutes les excitations. » (b69 t, 2 73-4), Cette passion pour les actions émotives a ses dangers, mais, comme nous venons de l'indiquer, elle n'est pas dépourvue de finalité pour l'ensemble de la vie humaine et tout particulièrement pour les rapports de charité mutuelle. 2° L'intérêt à sa personnalité ne replie pas le jeune homme sur lui-même dans un égoïsme stérile; bien au contraire, on a cru souvent pouvoir caractériser cette période par les intérêts sociaux (b332 717 ; b27 275-80). Le jeune homme devient excessivement sensible aux marques d'intérêt, à l'estime, par suite très accessible au respect humain (b330 tr. fr. 67; b27 276), aux mauvaises influences, en même temps que susceptible de s'enthousiasmer pour tout ce qui peut légitimement le grandir aux yeux d'autrui. La tendance à préférer la société de ses camarades à celle de ses parents s'accentue (b69 t. 2 375) ; le goût pour la formation des groupes a, d'après les enquêtes, son maximum
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entFe 13 et 15 ans. Les jeux préférés sont les jeux d'émulation, demandant la coopération d'autrui.
Pour bien comprendre la nature des intérêts sociaux chez l'adolescent il faut tenir grand compte de celle remarque de Rouma : ces mouvements généreux de Tenfant sont « associés à une forte dose de self-exhihition » (bl37 65 144-50). C'est toujours bien la caractéristique de cet âge : se replier sur sa personnalité pour la poser au dehous.
L'émotivité de l'adolescent, son désir de l'estime et de la société d'autrui, le rendent particulièrement enclin à Vamitîé : c'est entre 14 et 18 ans surtout que prennent naissance ce qu'on appelle les amitiés de collège, les amitiés d'enfance, et elles se révèlent parfois avec u.ne extraordinaire intensité (b97 55-7).
3' L'adolescent montre un intérêt toujours croissant pour les questions morales et religieuses j nous reviendrons sur ce sujet important. Bon nombre de psychologues ont poussé l'esprit de systématisation jusqu'à faire du sentiment religieux une conséquence de la puberté, en particulier Marko (b330-2). Les enquêtes indiquent bien une intensité spéciale des émotions religieuses à 16 ans chez les garçons, à 13 ans chez les filles; mais, logiquement parlant, il est trop clair qu'une coïncidence de ce genre ne prouve pas de soi une relation de cause à effet. Nous établirons dans l'article consacré à l'évolution du sens religieux une cause très différente de ces manifestations religieuses. Signalons seulement ici l'intensité de l'intérêt que l'adolescent ressent pour la religion et l'impossibilité de contrecarrer cette tendance sans de très graves inconvénients; c'est là une donnée expérimentale indiscutable (b69 t. 2 ch. XIV; blOO t. 1 612). Citons à ce
sujet quelques lignes de Claparèdb : « En détntisant brusquement les croyances religieuses d'un adolescent, on risque de produire un trou dans son système mental. Etant donné l'instabilité qui caractérise cette période, il peut s'ensuivre une désorganisation couiplète. Si cet accident arrive au moment où précisément ce jeune homme avait pris ces croyances religieuses comme support de toutes ses idées, comme point d'appui de sa conduite, cette brusque démolition va entraînerune catastrophe : crise de mélancolie, pessimisme ou suicide. » Et ce même auteur disait an peu avant ce passage : « En réprimant brutalement, au nom de quelque dogme positiviste, des penchants religieux, on peut produire chez le jeune homme et surtout chez la jeune fille, des troubles graves, notamment chez les sujets qui sont de tempérament nerveux ou prédisposés à l'hystérie » (b27 278-9).
4*> L'intérêt va égalem-ent en croissant pour les connaissances rationnelles (b77 tr. fr. 132). Avant 14 ans l'adolescent s'intéresse peu aux études abstraites, bien qu'il soit capable de se les assimiler à un certain degré (blOO t. 1 327) : mais à partir de cet âge il montre un goût prononcé pour l'exercice de la dialectique . Son émotivité. sou amour-propre, son peu d'expérience, le feront souvent raisonner faux, mais, comme le dit Mkn- DoussE : « S'il est moins raisonnable que renfantdel2à 13 ans, il est à coup sûr infiniment plus raisonneur. » (1)07 131). Ce trait de caractère avait déjà frap-pé Platon '. La logique des sentiments sera, il est vrai, l'inspiratrice de bi(Mi des thèses avancées par le jeune homme, mais il les développera et les défendra eu
]. Cf. ÏAiNE. Essais de critique et d'histoire, 1855 Paris 163.
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appelant à l'aide les plus subliles arguties (bôg ch, XVI t. 2), s'intéressant dans la dialectique à la lutte pour la lutte. Même quand les sujets de la discussion sont moraux et esthétiques, l'intérêt au côté purement formel de l'argumentation est manifeste.
5" Vers 16 ou 17 ans la jeunesse possède une foi optimiste en la raison humaine et professe pour la pensée un véritable culte, qui se traduit par un grand respect pour la lettre imprimée, pour le livre. Le livre fournit en même temps au jeune homme l'expression conceptuelle de ses émotions intérieures, de ses aspirations et rien n'est plus fréquent à cette époque de la vie que l'enthousiasme passionné pour un ouvrage ou pour un auteur(b97 140-1). C'est l'âge auquel les lectures exer^ cent une influence profonde, parfois décisive pour la conduite et l'orientation de l'avenir.
D'après les différents intérêts qui viennent d'être indiqués, on peut s'attendre à trouver le jeune homme accessible au goût de la beauté esthétique dans la nature et dans l'art. D'après l'enquête de Lancaster, sur 200 adolescents : (t 120 étaient fous de lectures dans leurs jeunes années; 109 témoignaient d'un grand amour de la nature; Sg faisaient des vers... D'après la même observation, sur 53 poètes dont il a étudié la vie, c'est entre 15 et 21 ans que se place, pour la plupart d'entre eux, la publication de leurs premières poésies. Sur 100 auteurs dramatiques, la moyenne des premiers grands succès qu'ils ont obtenus au théâtre peut être fixée à leur 18' année. » (b295 R. ph. 366; b302;b323). Ce serait entre 13 et 15 ans que prédominerait le sentimeutde la nature; vers cettemêmeépoquela sympathie pour le style imagé atteint son maximum (b288).
6' Mais la vraie caractéristique de cette époque est
Psyi-hulogie pédagogique. 7.
û8 PSYCHOLOGIE PEUAGOuigUE
celle qu'a formulée AiusTOTE : l'essai coiitinuelde réalisation des désirs les plus variés, une expérimentation active âe toutes les forces vives. L'avenir apparaît au jeune homme comme une immense carrière ouverte à son activité, sa fine sensibilité et la dialectique éveillée de son intelligence l'introduisent dans le monde de la pensée et des arts, l'affection et l'estime de ses semblables lui est encore un autre monde qu'il veut conquérir, il a la dévotion de tout cequiest bon, magnifique et vrai (b69 t. 2 73). Aussi u-t-ii un besoin senti de religion : en Dieu sa faiblesse trouve un appui tout puissant, en Dieu son amour de la conquête trouve l'allié fidèle et assuré de la victoire, en Dieu son désir de logique trouve le dernier pourquoi de tout, en Dieu son cœur s'unit au bien qui peut se communiquer sans mesure et son amour dubeau rencontre la beauté qu'on ne saurait assez admirer et assez aimer.
Cet intérêt que prend le jeune homme à l'essai actif de ses forces en tout sens, à la conquête du bien et du beau, explique aussi ses nombreux et dangereux travers, son inquiétude, son impatience du joug, son apparente incohérence, ses timidités et ses audaces, sa pudeur et son insolence, sa joie expansive et ses périlleuses rêveries, sa jalousie et sa magnanimité.
Tout compte fait, cette période apparaît radieuse des plus belles espéiances ; la splendeur conquérante de l'âme humaine l'illumine et on lui a donné à juste litre le nom d\ige d'or delà vie.
g 3. — EVOLUTION DE L'ATTENTION
22. Notions. 11 est difTicile de donner une définidon de l'attention, h'xen quo tous sachent reconnaître s'ils
ATTENTION (jg
- ;>Hl attentifs ou non \ Si on analyse la notion vulcrairc de l'attention, on a les résultats suivants : l'attention se rapporte formellement à la connaissance, elle est une direction de celte connaissance vers un objet. De plus elle indique comme une préférence de la connaissance pour tel objet par rapport aux autres objets qui pourraient être simultanémenl connus. Cette piéférence ne consiste pas uniquement on ce que cet objet est connu, alors que les auties ne lesontpas: on peut dans un demi-sommeil entendre uniquement un son sans y être attentif. Mais la préférence est efTicace et consiste dans une certaine attitude du connaissant en vertu de laquelle l'objet est mieux connu ou plus exclusivement que si cette altitude n'existait pa>. En se servant d'une analogie d'usage courant dans la question, on dira que l'atten- «P'I tion est la concentration du regard interne sur un objet ({ui, sans cette concentration, ne serait pas au foyer de la conscience ^.
L'expérience constate que deux facteurs difTércnts i* interviennent pour placer l'objet au point focal: l'ef- ^"' iort volontaire du sujet et ce qu'on pourrait appeler '»»«'< "l'attraction de l'objet. Lorsque par exemple je cherche la solution d'un problème mathématique, je m'arrête volontairement à tel ou tel symbole, à une multiplication, à une intégration, aune dérivation, négligeant de parti pris les autres formes qui ne me paraissent y pas couleuir les éléments de la solution. Au contraire, si pendant cette étude un bruit retentit soudain, malgré moi les signes mathématiques disparaissent du