‹ Psychologie pedagogiqueChapitre 60 sur 146 · IMAGINATION CREATRICE I · texte numérisé non relu

IMAGINATION CREATRICE I

S. Hall en 1880 sur les enfants des écoles de Boston : Hall conclut que le maître ne peut compter sur aucune connaissance intuitionnelle déterminée chez un enfant normal de 6 ana.

En 1904 Nbtschajbff observa 60 enfants de 6 à 7 ans, appartenant à des familles d'artisans et d'ouvriers de fabrique de Pcliogiud. On nommait un objet, par exemple une souris, et on posait successivement ces questions : « Gonnais-tu une souris? — Comment est-elle? — L'as-tu vue? — Où l'ag-tu vue?» Les objets étaient au nombre de 26: souris, veau, porc, lièvres,... sapin, rose,... pluie, arc-en-ciel,... lever de soleil, inondation, orage, grêle (b533). Des élèves de 12 ans appartenant à l'Ecole des cadets de Petrograd furent également soumis à ces expériences (b534)=

Les observations de M"» Allégrbt portèrent sur i36 élèves de 8 à 1 2 ans appartenant à une école primaire de Paris. Les mots choisis furent : corbeau, pintade, chauve-souris, libellule, bouleau, saule, pied de vigne, genêt en fleurs, bêcîje, charrue, vagues et ruines. Le mot était dit devant l'enfant et on lui posait les 3 questions suivantes : Avez-vous vu... ? — Si oui, où l'avez-vous vu? — Qu'avez-vous remarqué de particulièrement frappant dans ...? (B5a8).

Citons encore les expériences de Puhlmann sur des garçons et des lillesde 5 à i4 ans, habitant les uns la ville, les autres la campagne. Le but était principalement de chercher le rapport entre l'expression verbale et son contenu logique, c'est-àdire entre le mot et ce que l'enfant entend par le mot. Il y avait dix groupes de mots connus des enfants par leur vie quotidienne ou l'enseignement de l'école : 1" Objets concrets : porte, journal, image, barrière, soleil. — a» Propriétés sensibles : blanc, sombre, rouge, salé, amer, doux, etc. — 3" Qualités tactiles : rond, mou, froid, rude, etc. — 4° Outils et instruments : marteau, thermomètre, etc. — 5" Matières diverses : fer, or, soie, métal, bois, gaz, etc. — 6° Concepts scientifiques: mammifère, oiseau, poisson, fruit, sapin, etc. — 70 Parents : mère, tante, beau-frère, etc. — 8" Goacepts religieux: péché, Dieu, salut, foi, mort, Ciel, résurrection, etc. — 10» Concepts complexes : table à écrire, boucle de cheveux, sonnerie électrique, etc. (b535).

li50 PSYCHOLOGIE PÉDAGOGIQUE

Résultats. — lo L'inventaire psychologique de l'enfant est extraordinairement paui^re. Parmi les enfants de 5 à 7 ans observés par Neïschajeff, 16% ne savent ce qu'est une souris, même ignorance chez 24 % pour le nuage, chez 38 % pour la rose, chez 78 % pour l'inondation, chez 20 % pour l'orage. Les enfants de 8 à l2ans des écoles primaires de Paris ne se montrent guère plus avancés : « Une enfant de 11 ans, d'ailleurs très intelligente et très développée, des 12 êtres oa objets proposés, n'en connaît qu'un seul, la vague. » (1^528 15).

2° 11 y a une très grande inégalité entre les enfants dans une même classe. Mais chez tous /es représc/itu lions correspondant aux mots sont très inexactes, manifestent un grand décousu. Le jeune enfant a une tendance très accentuée à se servir de mots sans en comprendre le sens, à classer paresseusement le nouveau sous une analogie quelconque sans souci de l'exactitude. Ses réponses bizarres, pleines de pléonasmes et de tournures ampoulées, de mots vides et sonores, montrent à l'évidence combien chez lui l'exp'.ession verbale est en arrière de la connaissance (b535).

3° Les mots relatifs aux relations de temps sont peu ou point connus des jeunes enfatits, remarque dont il y a lieu de tenir compte pour l'enseignement de l'histoire.

4° Jusqu'à 15 ans les représentations de lavie interne s')nt rares. L'enfant devrait rendre un compte plus iidèle des piiénomènes intérieurs que i'adolerscent, à considérer la simplicité beaucoup plus grande de sa vie sentimentale, mais à l'inverse de celui-ci il n'y prête qu'une attention très minime.

PENbLE LOGIQUE I .i'J

On tire des considérations précédentes plusieurs conclusions pédagogiques importantes :

IL éducateur doit J^e préoccuper d enrichir de données exactes le vocabulaire de l'enfant. Lintelligence ne s'exerce pas avec quelque étendue sans l'intervention très active de l'imagination créatrice et cette dernière requiert des matériaux pour construire ses synthèses. Or c'est principalement le mot qui est utile pour ces constructions. Pauvreté de vocabulaire n'est pas seulement absence de style, mais aussi quasi-impossibilité d'inventer, de voir les choses et les situations sous un aspect compréhensif.

2» Tout prouve que le développement du régime des images abandonné à lui-même se fait comme au hasard; l'éducateur doit donc intervenir pour en diriger révolution vers [e but de l'éducation.

3° C'est un inconvénient d'user de métaphores et d'images trop concrètes dans l'enseignement des jeunes : on risque de n'être aucunement compris. L'intelligence des métaphores suppose une connaissance déjà assez parfaite du vocabulaire.

g 4. — EVOLUTION DEÏlA PENSÉE LOGIQUES

- iiT-i"TiWiriiiiiiig-itiiinniiitini 36, Méthodes. La fonction de la pensée logique atteint

les abstractions, comme les négations et les nombres, voit les relations logiques des jugements, les analogies, se rend compte de la valeur d'un raisonnement.

Les méthodes employées pour l'étudier sont multiples, parfois d'un emploi très difficile si l'on se proposait de classer exactement les sujets.

f 'observation de l'enfant est la seule méthode applicable jusqu'à la 3* aiinee. Tndîqiiôns quelques points sur lesquels

l/,0 PSYGHOLOUIK PÉDAGOCilQUE

toutes les expériences s'accordent. L'idée de manque, d'absence, de non-existence, ne se manifeste pas avant le i4* mois (b546 4i6; IJ268); au 19* mois certains enfants perdant trois balles avec lesquelles ils jouent les cherchent jusqu'à ce qu'ils les aient toutes trouvées (b546 4ï7)- La véritable notion de nombre n'apparaît pas avant deux ans accomplis (b546, bS'jS, b235, b238, b552, baôS). Vers la fm de la deuxième année, on trouve la notion de « un et encore un m, mais pas de deux (b546 liiS). Avant 3 ans la plupart des enfants ont la notion du nombre trois (b546 424). Avant 4 ans on remarque l'intelligence du nombre quatre, avant 5 ans celle du nombre cinq. La plupart des enfants de 6 ans manifestent la notion des nombres jusqu'à douze ou treize, du moins en comptant des objets. Les tests d'intelligence de Bikkt donnent pour 3 ans répéter 2 chiffres, pour 4 ans redire 3 chiffres, pour 5 ans compter 4 sous, pour 6 ans compter i3 sous, pour 7 ans compter 9 pièces d'un et deux sous et dire combien cela fait, pour 8 ans compter de 20 à o en descendant l'échelle des nombres (n* 45, tests 9 i5 20 25 3o 33).

Méthode des 3 mots. Le sujet examiné reçoit deux ou trois mots, cf'î^îïuefoia plus, avec lesquels il doit faire une phrase. Les mots sont choisis de manière à pouvoir être mis en phrase de bien des façons, luais à ne présenter qu'un seul lien logique véritablement acceptable; par exemple : soldatpatrie, soleil-midi, sapin-hiver. « Le soldat va dans sa patrie. » est une mauvaise réponse. — « Le soldat est prêt à mourir pour sa patrie. — Le soldat doit défendre sa patrie. î sont de bonnes réponses. Cette méthode classe les sujets selon les degrés suivants : i"^ La liaison donnée n'a aucun sens, par exemple : « La patrie est un soldat. » — 2" La phrase, à prendre le sens verbal, est absurde, mais indique une idée juste chez l'enfant : « La montagne est une vallée » peut vouloir dire : « Partout où il y a une montagne, il y a une vallée ». On s'assure si tel est le cas en interrogeant. — 3" L'idée est juste, mais mal exprimée, par exemple pour les luots — pierres, poutres, chaux — : « Les pierres, les poutres et la chaux sont tirées des maisons. » — 4" La liaison des idées est juste, mais pèche par excès de généralité, par exemple pour les mots ~- soleil, midi — : a Le soleil est levé quand il est midi. » —

PENSEE LOGigUE

5° La liaison des idées est juste et exprime ce qui tombe sous lea sens : « Dans une maison on voit des pierres, des poutres et de la cliaux. '> — 6' La liaison des idées est juste en vertu d'un point de vue logique qui ne toml)e pas sous les sens : « Pour faire une maison on se sert de pierres, de poutres et de cliaux. »

Méthode tIfs conthinaiscitfi.'MiiVMA.TSTi dicte les mots saillants d'une lilsloire e£"reiifant doit compléter; les mots sont autant que possible choisis de manière qu'il n'y ail qu'un seul lien logique acceptable pour l'histoire. Par exemple on dicte : « La maison brûle — Enfant seul — Singe intelligent — Parents reconnaissants — Récompense. » On distingue comme dans la méthode précédente plusieurs degrés de perfection : i° Aucune solution n'est donnée, les mots dictés sont simplement transcrits. — 2* Il y a des phrases séparées sans aucune intention de former un tout. — 3° L'intention de former un tout cohérent est manifeste, mais elle n'a pas abouti, — 4' Le récit forme un tout cohérent, mais ce qui d'après les données devrait être en saillie joue un rôle secondaire. — 5° L'ensemble est compris, mais l'idée ne ressort pas, est noyée dans une surabondance de mots et d'images. — 6'^ L'ensemble est compris, l'idée du récit est bien mise en lumière, mais le tout sèchement et sans images. — 7° L'ensemble est compris, l'idée princiiîale est bien en évidence, le récit est vivant et imagé.

Les tests de Binet pour l'âge intellectuel (n° 4^, tests 3a 4 • 44 45 46 48 56) diffèrent notablement des précédents. Ils sont moins compliqués et classent très simplement par succès ou insuccès. En revanche la méthode analyse moins la capacité de chaque individu.

37. Résultats principaux. 1° L'intelligence de l'enfanl ctajîsTusage de la pensée logique procède des concepts universels les plus généraux aux moins généraux. Citons les paroles de MBUMANN,quf d^àîltëuWsëMMêV^t méconnaître en ce point la doctrine d'ARisxoTE et des grands scolasliques du moyen âge : « Au cours drs siècles la psychologie admettait comme allant de soi que l'évolution de la pensée marche des concepts les

I^a PSYCHOLOGIE. PÉDAGOGIQUE

moins généraux aux plus universels. Nous savons maintenant que l'esprit de l'enfant ne fait qu'un paa des représentations concrètes aux concepts les plus généraux et redescend ensuite aux catégories de concepts pins spécifiques. Il commence par employer les concepts transcendantaux, comme chose — quelque chose -— ■ et d'autres semblables. De là avec le progrès de l'évolution il redescend à l'emploi des concepts de genre, puis aux concepts d'espèce et de sous-espèce. » (blOO 2« éd. t. 1 694-5).

Un passage de saint Thomas d'Aquin luontreru conibieu ia doctrine scolastique de la connaissance était en ce point de plein accord avec l'expérience : u Dans l'exercice de noire activité intellectuelle il y a lieu de distinguer deux choses. D'abord notre connaissance inlellecUielie a en un sens son origine dans la connaissance sensible. Et parce que J'obj- 1 du sens est le singulier et celui de rinteiligcnee l'univeiscl, l'homme connaît le singulier avant l'universel. Mais de plus notre intelligence se développe en passant de la puissance à l'acte. Or tout' ce qui passe de la puissance à l'acte passe d'abord par les états intorn>édiaires avi'.nt d'atleinJio l'acte parfait. Pour rinlelligente l'aele parfait est la science complète qui connaît les choses d'une manière distincte et déterminée; les états intermédiaires correspondent à la science imparfaite qui ne connaît les chos'îs que sous une certaine généralité... Aussi Aristote enseigne-t-il que les choses ^orit d'abord connues a\-ec certitude sous l'aspect le plus universel^, » La théorie péripatéticienne de l'évolution du connaiUft place le début de toute connaissance humaine dans une intuition sensible; tandis que le sens et l'imagination atteigri!'i:t l'objet sous des notes matérielles et individuantes, l'intelligence atteint le même objet sous des notes universelles. Les notes ainsi acquises par l'abstraction sont d'abord les plus universelles, les notes tranacendantales : être, chose, quelque chose, etc. Puis peu à peu l'intelligence descend de ces notes

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