‹ Psychologie pedagogiqueChapitre 62 sur 146 · LANGAGE · texte numérisé non relu

LANGAGE

Malgré les dilFérences notables dans la rapidité du développement selon les milieux, l'évolution parcourt certains stades réguliers : 1** La phrase-mot : l'enfant exprime par un seul mot tout ce que l'adulte enferme dans une proposition. Au début les mots sont des mots-désirs exprimant un besoin, une inclination relative à l'objet nommé, plutôt qu'ils ne désif^nent cet objet; c'est une phase affective volitlonnelle (b575 215). Puis bientôt l'objet extérieur est désigné ; d'après Ghborgov, ce n'est que vers 16 mois 1/2 que papa et maman sont des désignations purement objectives. Ce pas de la désignation objective est important et suivi de progrès très rapides. — 2° La phrase à plusieurs mots fait en général son apparition vers le milieu de la seconde année ; ce sont des substantifs juxtaposés répondant souvent à plusieurs phrases consécutives. Ainsi « jardin, cerises, pierre, ruisseau, Anna » veut dire: « Nous avons été au jardin ; nous avons cueilli des cerises ; nous avons jeté une pierre dans le ruisseau; Anna est venue nous chercher. » (b610 467). — 3° Le verbe fait en général son apparition vers la fin de la seconde année et en peu de temps se développe la phrase proprement dite : affirmativ", négative ou interrogative. — 4* Vers la fin de la troisième année, l'enfant commence à se servir de phrases incidentes exprimant des relations logiques et en particulier le lien causal (biOO 2« éd. t. 1 554-60).

Dans cette évolution de la phrase et du style l' influence de la pensée logique est mRniiesle. Une des caractéristiques du développement de la pensée est le passage de l'intuition sensible aux idées les plus universelles et la descente par degrés aux concepts génériques et spécifiques (n''37) ; il ya parallélisme entre cette

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évolution et celle de la phrase. Ainsi les défauts du langage chez les écoliers de 6 à 12 ans sont l'emploi d'un terme trop général et la confusion entre des termes également généraux comprenant dans leur compréhension des parties communes. L'enfant dira : a Yoic! l'homme » au lieu de : « Voici le menuisier » qui vient réparer la table. — « Papa a tué un lièvre, » au lieu de « Papa a tiré un lièvre. » L'usage des fausses métaphores est fréquent et n'est d'ailleurs qu'une conséquence des défauts précédents.

Vers la 13' année le vocabulaire s'augmente, le sens des mots devient plus compréhensif et l'on remarque chez un assez grand nombre une véritable démangeaison du style oral et écrit. La parole devient assurée lorsqu'elle est au service d'une idée chère. Mais le grand amour de la phraséologie expose l'adolescent au danger de confondre idée Juste avec expression heureuse et de donner au signe plus d'importance qu'à la chose signifiée {b69 t. 1 318 ; b97 137).

Ceux qui reçoivent plus tard l'éducal ion du langage passent par les mêmes stades que l'enfant : tel fut le cas pour H. Kkl- LER, mais elle ne mit que 7 mois au lieu de 2 ans à parcourir les stades (b6o4).

La richesse du vocabulaire enfanl'n varie-t-elle avec la nationalité du sujet? D'après les observations faites jusqu'en 1912, les enfanls américains pourraient connaître 100 mots à deux ans, les allemands 53, et les slaves 43 (bôyS 217); les cas ci)?ervés ne sont pas assez nombreux pour permettre de conclure.

Les filles montrent au début plus de facilité pour le langage, tant pour i'arliculation des mots (bôgi) que pour la richesse du vocabulai le [hbnh 217).

39. Conséf^ucuces pédagogiques. 1° La mère est le /«ocf(^^"^ que nr «MiTifiAf-'IfflflP^ran s racquîs1ltôn^3"u*

langage. Si on considère les différents instincts eu jeu dans l'exercice de la parole, on trouve la tendance à l'expression extérieure, le besoin de se manifester au dehors, l'instinct d'imitation, le besoin de sympathie, d'aide pour les maux et les nécessités de la vie^ le désir d'approbation pour les jugements personnels C'est surtout par la mère que l'enfant trouve à satisfaire tous ces instincts et c'est tout particulièrement par le hmgage qu'il entre en communication avec elle. L'enfant écoute la voix de sa mère qui lui donne ia cerùtudu de sa présence, qui lui est un moyen de l'avoir à lui; ses essais incertains de parole vont à elle pour lui dire ses désirs, ses peines et ses joies; par sympathie pour elle il imite ses chants, ses discours, son rire. La langue de l'enfant est la. langue ma- Icraelle. La mère ne doit donc pas oublier que pendant la première période d'acquisition du langage, elle est l'idéal que l'euiant imite avec beaucoup d'efforts ; elle aurait entièrement tort, sous prétexte de mieux se faire à son enfant, d'imiter le langage imparfait et hésitant du bébé. Celui-ci a besoin de trouver en sa mère un modèle de parole et n'est nullement fait pour être imité; d'ailleurs il n'y tient pas, car s'il a au plus haut degré 1 instinct d'imitation, il n'a pas la tendance à poser (b59o 512).

2* En rapprochant des règles de l'évolution du langage celles du développement de la pensée logique (n' 37), on conclut quil est contraire à V évolution naturelle de Venfant de lui faire connaître systématiquement les mots spécifiques avant les termes les plus 'universels, par exemple une poule avant un oiseâa. Tonte une didactique pratique a été fondée sur un principe diamétralement opposé par suite d'iine

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méconnaissance des lois fondamentales de l'évolution de la pensée logique. L'enfant comprend ce qu'est une poule en unissant à l'intuition sensible d'un individu de celte espèce les notes universelles; or ces notes universelles se commandent les unes les autres de telle sorte que les notes spécifiques supposent la connaissance des notes génériques, les notes génériques la connaissance des notes plus universelles, et ainsi de suite jusqu'aux notes transcendantales. Sans doute ce résultat pourrait être établi a priori, mais en tout cas il est solidement posé par l'expérience.

3" Il faut également protester contre la maxime pédagogique suivante : n'apprendre aucun mot à Tenfant avant qu'il n'en ait parfaitement compris le sens. D'abord ce serait ne pas profiter de l'intérêt au langage manifesté pendant le stade du parlotteur (no 19), par suite méconnaître la 3* et la '-i" loi du développement des tendances (n" 52) qui dominent tout le processus naturel de l'évolution. Puis, si l'idée de l'enfant ne trouve pas dans son petit trésor de mots un signe pour exprimer un objet, il emploiera infailliblement le signe trop général ou le signe réservé à un autre objet plus ou moins semblable au premier (n" 38). Rien ne serait plus fait pour maintenir le langage de l'enfant dans l'imprécision et l'inexactitude. Mieux vaut encore qu'il adopte à tort un signe pour la désignation exclusive d'un objet : il y aura simple erreur de mot facile à rectifier, mais on n'aura pas à compter avec le défaut beaucoup plus grave de l'imprécision de la pensée.

4° Il est important, lorsque l'enfant arrive à l'adolescence, de veiller sur l'exactitude de son style, tout en encourageant ses essais littéraires. Le peu de souci du vrai, la négligence du fond pour l'apparence, sont

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en effet fautes familières à cet âge et facilement elles entameraientle fond de l'âme : l'enfant devenu homme sera un utopiste d'autant plus dangereux qu'il aura plus de talent.

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