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ÉVOLUTION DU SENS ESTHÉTIQUE ET DU DESSIN

40. Notions. La nature du sens esthétique a été l'objet de nombreuses controverses : tous s'accordent à reconnaître que ce sentiment est fait de la complaisance prise dans le beau; mais qu'est-ce que le beau et de quelle complaisance s'agit-il ?

La complaisance esthétique résulte d'un accord entre une œuvre réalisée, naturelle ou artificielle, et un idéal de la même œuvre conçu par l'esprit de l'homme : cet élément entre dans presque toutes les théories si diverses que l'on a proposées pour le sens esthétique. L'homme dira d'un cheval peint ou réel : « C'est un beau cheval », parce qu'il verra mise extérieurement en pleine lumière l'idée qu'il s'est faite d'un cheval. Il y a de plus dans le sens esthétique un côté affectif ; non seulement un beau cheval répond exactement à mon idée d'un cheval, mais mon idée y resplendit avec un éclat particulier qui éveille dans l'âme une impression de joie, la jouissance esthétique. Le sens esthétique n'est donc pas seulement la science de l'habileté d'un artiste, de l'exactitude d'une peinture ; il est également plus que l'impression agréable ou désagréable éprouvée à l'occasion d'un spectacle de la nature, d'un tableau, d'une symphonie musicale. Il suppose la perception de l'objet dont on saisit la beauté, il es^ accompagné d'une impression subjectivequiest comme extériorisée sur l'objet. Sans examiner si ces éléments

constituent ou non l'essence du sens esthétîque, lorsque nous les rencontrerons chez ua enfant en face d'un saectacle de l'art ou de la nature, nous dirons qu'il possède ce sens à un certain degré.

Nous avons rapproché l'évolution du dessin de celle du sens esthétique ; ce n'est pas qu'elles se confondent. Un enfant peut dessiner correctement sans avcsir le sens du beau et il n'est pas rare de rencontrer des personnes incapables de bien dessiner, très accessibles cependant au sentiment de la beauté dans la nature et dans Fart. Mais beaucoup d'expériences portent simultanément sur l'évolution du dessin et celle du sans esthétique; il est de plus certain que la perfection du dessin d'art ne saurait exister sans un profond sentiment du beau.

Le sens estliétique aussi bien que le dessin demande la mise en œu^^re d'an grand nombre de fonctions psychologiques. Poxu- porter par exemple un jugement sur la beauté d'une peinture, il faut savoir observer, il faut encore de la mémoire, de l'imaginalion créatrice, un certain degré d'affectivité consciente. De plus ces dift'érentes fonctions doivent avoir atteint un développement assez élevé : l'observation par exemple doit avoir dépassé le stade-actions et le stade-relations ; or l'enfant n'entre dans ce dernier stade que vers \ o ans. Et s'il ne s'agit plus seulement de juger de la beauté esthétique, mais de la réaliser dans une peinture, que de qualités nouvelles sont requises ! (Cf. b7o4 354).

Vu la multiplicité des fonctions requises poui* son exercice, le sens esthétique ne se manifestera qu'à une époque tardive de l'évolution : plusieurs même ne le posséderont jamais. Gomme on l'a fait remarquer : « L'admiration esthétique n'est pas du tout chez les hommes un sentiment naturel : ce qui en tient Heu, c est en général la satisfaction immédiate que donne à l'esprit la sensation de choses avec lesquelles il se sent de plain-pied : le frisson du mélodrame qui ne demande î'iicun effort à la pensée, le comique du vaudeville, l'image

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