‹ Psychologie pedagogiqueChapitre 72 sur 146 · INTELLIGENCE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE GÉNÉRALE

l'enfant pour qu'il se rende compte de ce qu'on lui demande.) 34 Indiquer ce qui manque dans une Ogure dessinée ((ig. 11).

Fig. 11. — TaisT B-S 34.

35 Dire la date complète du jour : le jour? le mois? l'année? le quîuitième du mois? 36 llépéter cinq cLiflres : 3 — 8 — G

?~ Rendre la monnaie d'un franc pour quatre sous : « Votis êtes commerçant et vous Aendcz des boîtes; je vous achète une boîte de quatre sous; voici un franc, rendez-moi la monnaie, j 38 Demander la déûnilion d'un objet usuel aulrement

que par l'usage : « Une table, comment est-ce fait? — Une fourchette? — Un couteau? — etc. » 3y Reconnaître les 9 pièces de monnaie. 4o Enumérer les mois, !^l Répondre à une question facile : « Que faites-vous quand vous avez envie de dormir? — Que faire si on a froid? — Que faire s'il pleut quand vous allez à l'école? — Que faire si vous êtes frapi)é par un camarade qui ne l'a pas fait exprès? — Que faire si vous cassez un objet qui ne vous appartient pas? » (Toute l'éponse ayant du bon sens doit être considérée comme bonne.)

10 ans. , . •

lt'2 Classer en gT«nd^ur cinq poids de même grandeur et de même volume. (Procéder comme pour le test 17; la seule différence est qu'il y a plus de boites. Les poids respectifs seront à peu près de 3 gr., 6 gr., 12 gr., 18 gr., 18 gr.). 43 Copier de mémoire un dessin simple vu pendant environ 8 sec. (Fig. 12;

Fig. 12. — Test B-S 43.

nièiîîe remarque que pour le test 1 8.) ^ Dire une phrase absurde et demander à Icnfant ce qu'il en pense : k J'ai trois frères : Pierre, Paul et moi. — Un malheureux cycliste, en faisant une chute, s'est fracassé la tête et est mort sur le coup. On l'a reporté chez lui et on craint qu'il ne puisse guérir. » 45 Réponse à des qiiestions dilhciles : « Pourquoi faut-il juger les autres par leurs actes plutôt que par leurs paroles?— Que

faut-il faire avant de commencer une action importante?

Pourquoi pardonne-t-on plus facilement une action faite dans la colère qu'une action faite avec calme? » (Même remarque que pour le lest 4 1.) 46 Faire deux phrases contenant trois.

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mots donnés : Paris, fortune, ruisseau. Si on modifie les mots, il faut conserver leur difficulté relative : un nom de lieu très conn ■ de l'enfant, un mot abstrait, un nom d'objet concret. (Le test est à plus forte raison réussi quand le sujet met les trois mots en une seule phrase; les phrases incidentes comptent pour une phrase.)

12 ans.

4; Résister à une suggestion sur la grandeur de deux lignes.

Par exemple on prend les lignes du test i6 et après la seconde

comparaison on dit : « Et celles-ci? ». L'enfant aura tendance

à dire que les lignes sont égales ou à renverser le sens de leur

inégalité. Ou bien encore on présente les deux feuilles sur

iesquelUs les lignes sont égales et une troisième à lignes

encore égales, en disant : « Et cette fois? ». 48 Faire une seule

j)hvase contenant trois mots donnés, comme dans le test 40,

(il faudra bien entendu expliquer à l'enfant sur un autre exem-

[ le ce qu'on entend par une phrase ou deux phrases. La

I réponse : « A Paris il y a des ruisseaux et de grandes fortu-

j nés » est mauvaise, car elle équivaut à deux phrases; la ré-

\ ponse : « A Paris on ne trouve pas une fortune dans le ruis-

i seau )) est bonne. 49 Dire des mots différents le plus vite

\ possible : l'enfant ne doit pas mettre plus de trois minutes à

,' en dire 6o. (Le test n'est pas un examen sur le nombre des

mois connus de l'enfant; les enfants de trois ans connaissent

déjà plus de 6o mots (cf. n* 38). 11 porte sur la direction, l'in-

); v-'ntion et la censure.) 5o Définir des mots abstraits : charité,

' justice, bonté, etc. (V^oici de bonnes réponses : « La charité,

c'est quand on partage ses bonbons. — La justice, c'est quand

on fait les choses comme cela doit être. » Il su Hit que la

réponse définisse un aspect présenté par le mot.) 5i Refaire

u;ie phrase intervertie :

Sommes la pour Un défend De prié devoir

di bonne heure nous chien bon s )n mon j'ai maître

campagne partis, maître courageusement, corriger mon.

15 ans.

I 5a Redire 7 chiffres. 53 Trouver trois rimes en ance. (ïïxpli. j <juer d'abord ce qu'est une rime,) 54 Redire de mémoire une phrase de 26 syllabes : « Le marronnier du jardin projette

PSYCHOLOOIE PEDAGOGIQUE

sur le sol l'ombre encore légère de ses feuilles nouvelles. » 55 Interpréter le symbolisme d'une gravure. 56 Résoudre un problème de faits divers : « Un prêtre, un notaire, un médecin, sont venus aujourd'hui chez mon voisin. Que se passet-il? — Une personne qui se promenait dans la forêt s'est arrêtée tout à coup très eiTi-ajée et a couru chez le commissaire lui dire qu'elle vcnaiL de voir à uns braucue d'arbre... Un quoi? ».

Adulles.

57 Après avoir plié un papier en quatre on coupe un fragment triangulaire ayant sa base au milieu du. bord qui ne présente extérieurement qu'un pli et son so/jimet au-dessous à peu près au milieu de la hauteur. On don.ie au sujet une feuille de papier de même grandeur que la feuille dépliée et on lui demande de dessiner la reprodiiclion de l'aspect présenté par in f*îui!le dépliée après la coupure (fig. i3). 53 Don-

Fil-, la. — Test B-S 57.

ner des différences abstraites : « Quelle différence y a-t-il entre la paresse et l'oisiveté? — Entre un événemeiit et un avènement? — Entre une évolution et une révolution? ». 59 La question du président : « Indiquer les trois différences principales entre un roi et un président de république. » (Royauté héréditaire, — à vie, — ayant des pouvoirs plus étendus.) 60 Résumer un passage. L'enquèleur lit le texte suivant : « On a porté des Jugements bien différents sur la valeur de la \ ic. Les uns la proclamciil bonne, d'autres la proclament mauvaise. Il serait plus juste de dire qu'elle est médiocre; car

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c!une pari elle nous apporte toujours un bonheur inférieur à celui que nous avons souhaité et, d'autre part, les malheurs qu'elle nous inflige sont toujours inférieurs à ceux que d'autres auraient souhaités pour nous. C'est cette médiocrité de la vie qui la rend équitable ou plutôt qui l'empêche d'être radicalement injuste. » (Avant de lire on avertit le sujet qu'il aura à rendre compte du sens de ce morceau. Il est clair que l'enquêteur a tous les droits de faire ses rcdexions sur les erreurs contenues dans cette pensée, pourvu qu'il ne les ajoute qu'après la réponse donnée.)

n. Indication des résultats. On s'informe de l'âf:e chronologique de l'enfant. Lorsqu'il ne s'agit pas d'un sujet de quelques mois seulement, il est inutile de déterminer cet âge avec une entière précision. Une mesai>e généralement adoptée est de donner par exemple 9 ans 1/2 à tous ceux qui sont dans leur dixième année; de c-elte laanièrr l'âge chronologique est toujoun déterminé à une demi-année près.

Pour dcLcrminer l'âge intellectuel, on cherche l'âge dont Tcnfant rcussit tous les lests, puis on établit combien il réussit d« tests des âges supérieurs; chaque test réussi donne j/3 d'année en plus. Si par exemple un enfant de 7 ans réussit tous les tests de 6 ans, 3 tests de 7 ans, i test de 8 anj, il a pour âge intellectuel 6 ans i}/5.

Si l'enquêteur connaît l'enquêté, il indique son appréciation personnelle par une des trois notes : bon, moyen, médiocre. L'enfant est 6on, s'il est au-dessus de la moyenne dos enfants de son âg^ dans le milieu où se fait l'enquête; moyen, s'il est dans la moyenne; médiocre, s'il est au-dessous. Gclte appréciation est immédiate, grâce aux places et aux notes, si l'enfaiit fréquente une classe d'élèves normaux de la région.

Pour indiquer le résultat de chaque épreuve, l'enquêteur marque -{- si elle est réussie tant bion que mal, — si elle t!"t manquée. Lorsque l'eufant a bien compris la question, ii n'y a guère à hésiter sur le succès ou l'insuccès. Pourtant, comme le contrôle se fait souvent à distanct, il gérait bon que l'enquêteur voulût bien donner un ou deux cas qui l'auraient embarrassé et la solution qu'il » choisie; cela permettrait de voir s'il a été relativement sévère ou. indulgent daus ses appréciations.

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Les observalions recueillies dans des circonstances exîcptionnelles peuvent être très utiles en cette matière; les missionnaires en particulier fournissent des renseignements précieux en appliquant ces tests à des enfants de civilisations différentes.

Le R .P. Merleau, missionnaire à Ilakaro-mission (Feira, Rliodesia Nord), a eu i'oblig-cance d'essuyer les tests B-S sur les «niants noirs de son école (fig. i4). Le cas a ceci de parliculiè-

Fig. 14. — Enfants de l'école d'Itakako.

rcment intéressant que ces petits Noirr, n'ont pas eu de contact avec la civilisalinn européenne. Voici quelques-uns des renseignements qu'il nous a communiqués : « Les questions faites supposent un milieu civilisé : à Caroma (partie portugaise du cours du Zambèze), où j'étais jadis, c'eût été possible, parce que les enfants avaient grandi à côté de nous et étaient plus au courant des choses européennes : il n'y aurait rien ru à changer au questionnaire. — Ici c'est tout autre : j'ai essayé de faire des questions analogues, mais linsuccèsa été tel, et les changements apportés au questionnaire sont si grands que vous n'y connaîtriez rien. — Les résultats n'ont plus aucune valeur puisque les données sont toutes différentes. Par exemple j"ai pris un boy de 9 ans: il ne sait rien du n''3y, n'ayant pas eu de sous ou de monnaie entre les mains, rien

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de même du Sg, rien de 4o (les mois n'existent pas ici). Donc sur cinq questions, trois à changer, cl ainsi du reste. — Un bo]/ de neuf ans pouvait facilement répondie à quatre des questions pour 10 ans ; il ne le pouvait pas aux cinq pour neuf ans, celles indiquées pour neuf ans supposant connaissance des choses européennes et celles pour dix ans (quatre du moins) ne supposant qu'un certain bon sens. » (Fcvr. 191 4). i

Les rélîexions du missionnaire d'Itakaro font toucher du doigt une des difficultés de l'application des tests B-S aux enfants dont le milieu est très dilïcrent de celui de notre civilisation. Nombre de tests doivent être modiliés ; or, lorsque la civilisation des examines ne permet pas de trouver une épreuve à peu près semblable au test correspondant de B-S, cette modification n'est pas un traA'ail aisé : il ne faut jamais perdre de vue que la valeur des tests B-S est basée sur les résultats expérimentaux qu'ils ont donnés. Remarquons qu'au témoijjnage de l'enquêteur, les questions indcnendanles de la civilisation ambiante sont adaptées à l'intelligence des Négrillons d'Itakaro selon l'âge de chacun.

Ces observations concordent avec les observations de Miss Stroxg (b842) sur l'âge intellectuel relatif des Blancs et des Noirs dans les écoles de Colombie : jusqu'à dix et douze ans \ los enfants nègres sont presque aussi avancés que les Blancs, ce qui ne doit pas conduire à leur attribuer des dispositions égales, mais uniquement une maturité plus précoce.

Le Pv. P. Jeannikrk S.J. et deux professeurs, l'un européen et l'autre chinois, ont examiné d'après les tests B-S un certain no;abre d'élèves du collège de Zikawei près Shang-haï;ils se sojit strictement conformés aux détails du dispositif, en modifiant les questions dont la teneur ne s'associe pas avec les données de la civilisation chinoise (C'est ainsi que l'énumération des mois a été remplacée par celle des grandes solennités de l'année chrétienne). Ces observations ont donné des résultats semblables à ceux que l'on obtient pour les Européensà une imi)ortante exception près : les tests qui impliquent l'usage du raisonnement abstrait, comme le lest /|4, en général n'ont pas été réussis.

Ce serait trop se hâter que de conclure à une infériorité foncière de la race chinoise pour tout ce qui est raisonnement

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abslrait, pas plus qu'il n'aurait été logique de déduire des observations de Miss Stroxg que les Noirs sont égaux aux Blancs pour les aptitudes d'intelligence générale. Les lests B-S ne peuvent être employés qu'avec une grande prudence pour la conî= paraison d'enfants de races très diOerentes : certaines races à âge clironologique égal sont au début de la vie pbysiologiquenient plus avancés et c'est le cas de plusieurs races noires par rapport aux Blancs; on conçoit également que, suivant le génie de la langue d'un peuple, le stock des images utilisables pour les concepts abstraits est plus ou moins considérable el facile à utiliser, et qu'en conséquence l'exercice de raisonnement abstrait est plus ou moins facile.

III, — Critiques.

1» Certaines critiques ont été faites a priori contre les tests B-S : comment un enfant de tel âge aurait-il les notions supposées par le test? Ou au contraire : tel test est beaucoup trop facile. Il n'y a évidemment aucun compte à tenir de telles critiques, du moins pour l'application de la méthode aux Bl.ic os européens et américains, puisque les tests ont été établis sur expériences statistiques. Mais plusieurs expérimentateurs prétendent avoir établi par des enquêtes que tel test était trop facile pour tel âge, tel autre trop difficile . Ces objections ne méritent l'attention que si elles émanent d'observateurs capables: il ne faut pas supposer que le premier venu appliquera el interprétera correctement les tests B-S : « Le microscope, ia méthode graphique, remarque Binet, sont des métbodes admirables de précision ; mais que d'intelligence, de circonspection, d'érudition et d'art sont impliqués par la pratique de ces méthodes ! — Il faut donc abandonner cette idée qu'un procédé d'investigation puisse devenir assez précis pour permettre d-e le confier au premier venu; tout procédé scientifique n'est qu'un instrument qui a besoin d'être dirigé par une main intelligente. » (bi3 iS^). Il serait d'ailleurs puéril de soutenir que les tests ne sont pas susceptibles de perfectionnement : l'échelle métrique de 191 1, dont nous avons donné le détail, dilTère en plusieurs points de celle queBrNET et Simon avaient dressée en 190S et il est certainement possible de trouver des épreuves encore plus caractéristiques d'un âge donné.

INTELLIGENCE GENEHALE I OQ

2° Il ne faut pas demander aux lests ce qu'ils n'ont pas la prétention de donner. On dit par exemple : « La manière de compter un point par test suppose que toutes les épreuves ont la même valeur manifestative. » (1)769 2^4) — Et encore : « Si l'échelle était parfaite, un enfant devrait avancer de 5 points chaque année. » (IJ798 3o8s.). Ces objections porteraient s'il s'agissait soit de mesurer l'intelligence générale de chaqiic enfant, soit de se rendre compte des avancements annuels de cette fonction ; mais classer les enfants selon le plus ou moins do rintel}iL,cnce générale, voir si un enfant de i3 ans a la moyenne intellectuelle de ceux de son âge, est un tout autre problème et c'est celui que visent les tests B-S,

Remarquons aussi que la méthode ne fournit pas un classement par individus, mais seulement par groupes : elle sépare parmi les enfants do 10 ans ceux qui sont réguliers (at âge), ceux qui sont avancés {ahove âge), ceux qui sont arriérés {beloa' âge). Elle n'est pas cependant sans fournir des renseignements sur les différences individuelles : « Il est impossible de trouver une seule épreuve qui soit telle que, lorsqu'on l'a franchie, toutes les précédentes soient franchies et toutes les autres ratées, — A quoi tiennent ces différences individuelles dans les résultats expérimentaux? Nous n'en savons rien au juste, mais nous pouvons supposer avec une grande apparence de raison que les facultés mentales intéressées par des (■preuves différentes sont elles-mêmes différentes et inégalement développées selon les enfants. » (bi3 189).

Gomme le remarque Bobeutag, la méthode laisse de côté la différencuition des facultés partielles {hj&g 278). Rien de plus juste, mais elle n'a pas cette distinction pour but. Binet cherchait le moyen de distinguer dans l'intelligence gcjurale la matai lié Gi la rectitude ; il n'était pas encore parvenu à un critérium suffisant.

3° Gomme nous l'avons déjà fait remarquer en parlant de rindication des résultats, les tests ne sont pas applicables tels quels à tous les peuples: ils demandent à être modiliés sc-Ion les usages de chaque nation. Il est en effet impossible de faire la moindre observation en ce genre sur un individu âgé de plus de quelques mois, sans que, soit dans l'interrogation, soit dans les réactions demandées, n'intervienne un certain

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acquis social. Les tests doivent alors être moflifîés de manière à ne supposer que les connaissances familières dans le pays à un enfant normal de tel âge. S'il s'agit de comparer entre eux des enfants de races très diiVérentes, le plus ou moins de précocité de la maturité physiologique, la nature de la langue, Bont, comme nous l'avons fait remarquer, des facteurs importants dont les tests ne tiennent pas compte.

l\' De Sanctis proteste contre l'application de ces tests au diagnostic des anormaux; il propose pour la solution de ce problème d'autres tests dont nous parlerons plus loin (n° 78).

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