Ed. Dklot 1857 hi
TENDANCES SENSITIVKS
52. Lois des tendances instinctives. 1" Lois de spécialisation. — « Tout instinct qui s'est une fois satisfait dans un objet est exposé à s'y complaire exclusivement et à perdre ses impulsions naturelles vers les objets de même nature.
« Si un objet est susceptible d'éveiller deux tendances contraires, le fait de développer l'une entrainerale fait d'inhiber l'autre qui sera par rapport à cet objet comme un instinct mort-né. » (bl018 tr. fr. 531-4.)
Ces deux lois sont en somme un corollaire des lois de la reviviscence des états psychologiques : elles sont d'ailleurs vérifiées par une induction, portant sur tous les membres de la série animale aepuis la patelle jusqu'à l'homme. Elles ont d'importantes conséquences pédagogiques :
I. La facilité de spécialisation des instincts au moment de leur apparition exige une surveillance lies attentive %vix \e^ objets que rencontre l'enfant au moment où ses tendances s'éveillent; sinon cette orientation des instincts se fera au hasard, souvent dans une direction dangereuse. HEnBART dit avec raison : « C'est dans les premières années, où la surveillance est encore facile et où toute influence s'exerce plus sûrement sur le sentiment, que doit être posée la base de l'éducation; à cette époque, lorsque c'est possible, les familles doivent avoir le plus possible leurs enfants sous les yeux. » (b74 § 317.) Il s'agit d'entraver l'organisation des tendances mauvaises et de mettre à la portée des bonnes les objets dont elles ont besoin pour s'exercer. Des mercenaires, même dévoués, rempliront rarement bien ce rôle : il ne demande pas moins que la dépense des trésors de sollicitude qui sont la richesse du cœur malernel. C'est là un grand
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assujettissement pour la mère, mais c'est le bien de son eniHiit et c'est aussi sa di^riité maternelle qui la constitue providence du iout petit.
II. La surveillance doit en particulier éviter que les tendances n'aient une issue affective. Le plaisir et la douleur sensibles ne sont pas le terme naturel des endances de l'enfant, mais une modalité de ses opérations psychologiques qui tend à renforcer celles qui sont utiles, à inhiber celles qui sont nuisibles, S. Hall recommande en particulier de veiller avec soin sur la manière dont les enfants sont touchés; d'après toutes les observations, ces contacts exercent sur eux une influence profonde qui peut ïivoir d'importantes et fâcheuses conséquences (b71 t. 1 246).
2" Lois d'évolution. — « Nombre d'instincts se développent à un certain âge, puis disparaissent.
« Si l'instinct a pu fonctionner à répoque de son énergie maxima, il s'est doublé d'une habitude qui lui survit et prolonge ses réactions. » (blOlS tr. fr. 535.)
Il faut donc surveiller l'apparition des tendances utiles, leur fournir une application, faire fonctionner au moment de leur maximum celles qui seront dans l'avenir profitables à l'enfanl.
3° Loi d'inhibition. — « Une tendance instinctive, avant la période de caducité, est uniquement neutralisée par la tendance contraire. »
Le pouvoir inhibiteur ]>ar excellence des tendances est l'activité volontaire dont nous parlerons bientôt, mais on peut se proposer de placer au sein même de la vie sensitive un mécanisme inhibiteur de telle inclination : « Il ne s'agit plus de délruirc l'application de la tendance à un objet détymiiné, niais de
TENDANCES SENSITIVES aiQ
dcvelfipper en soi une tendance inhibilrice de la première, s'éveillant avec elle et neutralisant son action; c'est donc pour ainsi dire dans la tendance même qu'il faut placer l'obstacle auquel elle se heurtera. Bain conseille l'association du plaisir etde la peine avec le» instincts selon qu'on veut les encourager ou les réprimer, et en effet la tendance réclamant son exercice suscite en vertu de la loi de rédintégration l'image du châtiment corporel qui l'a accompagnée autrefois, image qui réveille la réaction répulsive dont la sensation douloureuse a été suivie. Toute image inhibitrice associée à l'image excitatrice de la réaction nuisible contribuera à enrayer son exercice; c'est ainsi que la crainte du gendarme inhibe un grand nombre de mauvaises tendances dans l'humanité. La pensée de Dieu et de sa justice, la mortification corporelle, peuvent arriver à paralyser entièrement les tendances perverses. » (bl020 216.)
Signalons deux conséquences pédagogiques de celte loi d'inhibition :
I. La surveillance de l'enfant doit écarter de lui ce qui est dangereux, soit pour sa vie présente, soit pour son avenir; elle ne doit nullement prendre pour but de supprimer tout ce qui peut le faire souffrir. Il n'y a en un sens que des avantages à ce que l'enfant sente vivement les conséquences funestes immédiates de ses actes défectueux; lorsque la douleur vient saisir l'exercice même de l'action nuisible, elle pose dans la vie psychologique une source d'inhibition relative à l'action môme (bl24 109). Il ne faut donc pas exagérer la peur du risque; rien ne remplacera pour l'enfant l'expérience vécue de la douleur (Cf. n*» 13 p. 58).