Notions. D'après ce qui a été expose au n» 46, les
> xpéi'iences sur l'exercice de l'activité volontaire con-
> luisent à placer son point d'application immédiat dans le maintien au sein de la conscience d'un jugement de valeur.
Je vais à mes affaires par une matinée d'hiver ; un pauvre est là sur ma route qui demande l'aumôno. Cette pensée se lève dans ma conscience : il convient de secourir ce malheureux. La volonté peut laisser le courant de la vie psychologique entraîner ce jugement charitable, elle peut au contraire l'arrêter au passage, l'adopter, le faire sien — et c'est là précisément le jjoinl d'application immédiate de son exercice. Sans doute ce n'est pas au jugement de valeur que la volonté s'attache, mais au bien qu'il présente, au secours du pauvre; cependant, comme les expériences i'ontétabli, l'effet de cette affection est tout d'abord le maintien dans la conscience du jugement de valeur qui a présenté le bien.
La volonté exerce d'ailleurs cette mainmise de plusieurs manières. Elle se contente d'une simple complaisauco dans la beauté de l'aumône; le seul elVet sera le maintien plus ou moins durable du jugement de valeur, la conduite extérieure n'en sera pas immédiatement modifiée. La volonté peut faire plus, elle projette l'exécution : il serait bien de faire l'aumône à ce pauvre. C'est comme un projet d'exécution, une velléité; le mécanisme sensitif aura par contre-coup «ne impulsion initiale à se mettre en branle pour réaliser les actions nécessaires à l'exercice de la charité. Enfin, troisième hypothèse, la volonté maintient
aaa psychologik pédagogique
dans la conscience le jugement suivant: il faut prendre mon porte-monnaie, l'ouvrir, choisir telle pièce de monnaie, aller à ce pauvre, lui mettre cet argent dans la main en disant telle bonne parole. C'est la. i'O la nté e/jîcace. Si ce jugement est maintenu dans la conscience, je mettrai la main à la poche, je prendrai mon porte-monnaie, l'ouvrirai, prendrai la pièce, mes jambes se mettront en mouvement, ma main se dirigera vers celle du pauvre pour déposer mon aumône, ma langue articulera les paroles projetées, car j'ai des mécanismes sensitifs tout formés, instincts ou tendances acquises, pour exécuter ces diverses réactions.
Le processus de l'activité volontaire est en réiilité beaucoup plus complexe que l'aperçu présenté par ce schéma; lesexcitations internes et externes, les images du passé, se pressent et se heurtent dans le champ de la conscience, suscitant bien des jugements de valeur qui sont souvent de sens différents.
Multiples étaient les motifs capables de dicter cette pensée : il est bon de faire l'aumône. Il y a l'intérêt de la popularité, le désir de ne pas paraître égoïste, la sj'mpathie naturelle pour le prochain qui souffre, l'esprit de solidarité, l'amour et le respect du pauvre qui représente la personne de Jésus Christ, bien d'autres encore. Mais nombreux aussi se présentent les motifs opposés : il fait froid, ce serait gênant de prendre le porte-monnaie et de l'ouvrir; je suis pressé par l'heure et, si je m'arrête, il faudra me hâter; je ne sais si ce pauvre est digne d'intérêt; s'il fallait faire l'aumône à tous les pauvres, je serais bientôt obligé de tendre moi-même la main.
Pour que je fasse l'aumône, il est absolument
ACTIViré VOLONTAIUE FOKMSl.LK laS
nécessaire que je ne laisse pas ces jugements en sens contraire prendre pied duns ma conscience; ils ne commandent aucune tendance sensible qui aboutisse à me faire ouvrir mabourse. Ilyauradoncliew d'arrêter à la porte ces jugements, de les empêcher d'envahir, de les inhiber. Pouvoir de maintien, pouvoir d'inhibition. Et cette seconde puissance est manifestement subordonnée à la première : la volonté n'est mise en acte que par la vue du bien, elle n'inhibera qu'en maintenant un jugement manifestant le bien fondé de cette inhibition.
En un sens tout se réduit donc dans l'activité volontaire à établir la prépondérance de certains jugements au détriment de certains autres, à maintenir et à inhiber pour maintenir (bl018 19).
Dans cette lutte des motifs pour l'existence la volonté a deux attitudes bien différentes. Pour accepter un bien présenté, elle n'a pour ainsi dire qu'à se laisser faire, qu'à consentir à l'inclination qui la pousse veis ce bien ; mais pour refuser d'accepter un bien présenté, pour inhiber^ il en va tout autrement. La volonté doit résister à la sollicitation qui l'attire, elle doit résolument regarder ailleurs, s'armer au besoin de puissants motifs pour entrer en lutte avec l'envahisseur, elle ào'il faire effort.
C'est ce qui arrive sans cesse dans la lutte entre la voix du devoir et les attraits des sens, l'amour-propre. Si on excepte quelques volontés qni, pai' des efïorts vigoureux et constants, se sont acquis comme une seconde nature dont le devoir est l'âme, la pensée vertueuse ne se présente pas toujours et surtout ne se maintient pas d'elle-même dans la conscience, tanciis que le corps ne ce«se de réclamer ses aises et > -j o
plaisirs, tandis que l'amour-propre prétend toujours à ce qui peut, légitimement ou non, le grandir aux yeux d'autrui, réclamations et prétentions souvent opposée» aux exigences du devoir. Restons neutres, laissons ces motifs conlraires se livrer bataille, il n'est que trop facile de prédire l'issue delà lutte; mais la volonté est là, par relToit elle peut maintenir la parole au devoir, inhiber les protestations contraires. Aussi c'est dans l'effort, dans la lutte, que la volonté affirme sa puissance. Le savant E. Morselu a exprimé cette conclusion des études expérimentales sur la volonté en une phrase vigoureuse : « Toute notre vie mentale est contraste entre l'inhibition et l'impulsion; tout ce qui est vraiment noble et grand est d'origine inhibitrice*. »
Les maîtres de la vie spirituelle ont placé à la base de l'ascétisme la mort à soi-même ; leur pensée est qu'il faut savoir immoler au devoir, à la volonté divine, les inclinations des sens et de l'amour-propre, non que 1 on doit détruire l'activité, l'initiative personnelle. C'est bien l'effort volontaire actif que Saint Iqnack de Loyola recommande dans sa célèbre maxim» agere contra : « Agir contre la sensualité, l'amour charnel et l'amour du monde ^. »
Lorsque la volonté est habituellement capable de suivre la ligne de résistance, elle est forte, celui qui la possède a du caractère. Avoir du caractère, selon Kant : « C'est posséder cette propriété de la volonté par laquelle le sujet s'attache à des principes pratiques déterminés qu'il s'est invariablement posés^. » Notion exacte, pourvu que l'on admette que rompre avec une
1. Limtli délia coacienza, Riv. di filot. lept.-oct. 1913 (Cènea For-
niij^giiii -0).