ACTIVITÉ VOLONTAIRE FORMELLE
ligne de conduite longtemps suivie pour se diriger d'après des principes supérieurs est encore montrer du caractère.
L'habitude ne se contente pas de régirles tendances de la vie sensitive : elle joue aussi un rôle, et des plus importants, dans la sphère volontaire ; il y a des liahiludes de volonté. Chaque fois que la volonté se conforme à un jugement de valeur, il y a par ce fait même une tendance à s'y attacher de nouveau ; si cette conformité de la volonté se produit souvent par rapport au même ol)jet, une habitude d'acquiescement volontaire est formée. Je suis soldat, la sonnerie du clairon sera en g'iiéral suivie d'une adhésion simple de ma volonté à me rendre à l'exercice désigné.
il est beaucoup plus facile d'acquérir des habitudes selon les lignes d'impulsion que suivant celles d'inhibition et de résistance; si par exemple je cède volontairement à une impulsion sensitive, une double habitude peut commencer à se former, l'une sensitive, laulre volontaire. La première fera que le motif sensible sera présenté avec plus de force à la prochaine occasion, et ainsi pour deux raisons la volonté sera plus fortement inclinée vers l'acquiescement. Au contraire le seul fait d'inhiber une tendance sensitive ne la diminue pas (n" 52 p. 218).
Celte loi de l'habitude, avec 'ses inéluctables conséquences pour l'avenif, est bien faite pour attirer la constante attention de l'cJucateur : « Si seulement les jeunes gens pouvaient comprendre, dit W. Jamcs, combien vite ils deviendront do simples paquets ambulants d'habitudes, ils feraient plus attention à leur conduite pendant que leur caractère est encore plastique. Nous liions nous-mêmes le 01 de notre destinée, I>on ou mauvais, et qui jamais ne sera défait. La moin ire parcciliî
aaÔ PSYCHOLOGIE PÉDAGOGIQUE
de vice ou de vertu laisse une cicatrice qui n'est jamais imperceptible.Dans la comédie de Jeffersofi,rivrogne Rip vanWinkle se pardonne à lui-même chaque fois qu'il se laisse aller de nouveau à sa passion, en disant : « Celle fois-ci ne comptera pas. ï Peut-être que lui ne la compte pas et que la miséricorde du Ciel ne la compte pas non plus ; mais elle n'en est pas moins comptée quelque part. Au fond de ses cellules et de ses Cbres nerveuses, les molécules sont en train de la compter, de l'inscrire, de l'emmaganiser, pour s'en servir conti-e lui à l'heure de la prochaine tentation. A parler d'une manière strictement scientiûque, jamais rien de ce que nous faisons ne peut être effacé. » (b^^ tr. fr. 72). Rien de plus exact, pourvu que l'on ajoute la possibilité de paralyser une habitude par une autre et qu'on n'oublie pas à côté de la trace sensitive la débilitation laissée dans la volonté par sa concession. Les jeunes gens, comme dit James, ne le comprennent pas toujours, les enfants n'y pensent même pas, mais l'éducateur lui doit comi^rendre et veiller toujours.
54. Rés.'.iltats expérimentaux. I. Inégalité de Vactiçité volontaîî'e formelle. Les expériences sur l'attention (no 24 p. 104) ont signalé une croissance avec l'âge de la puissance d'attention volontaire; mais elles n'atteignaient la force de la volonté que dans une matière déterminée, relativement aune catégorie d'objets. Les expériences de HiLLcnuBEn, exécutées en 1912 sous la direction de Açh, ont essayé de déterminer le plus ou moins d'activité volontaire /b/7«e//e. L'idée fondamentale de la méthode employée est la suivante : l'exécution d'une plus ou moins grande quantité d'un même travail pendant un même laps de temps indique leplus ; ou moins d'influence de la volonté, à condition que les j autres facteurs interviennent également. On donnait des suites de mots de 5 syllabes dépourvues de sens : le sujet devait lire à haute voix chaque mot, puis échanger la première consonne avec la dernière et
ÀCTlViTK VOLO«TAinK FuHilfLLE 3^7
profloncer le nouveau mol ainsi forme. On allait î 3 vitesses dilîérentes : avec la première le temps était surabondant, avec la seconde il n'y avait que le tempj indispensable, la troisième était intermédiaire. Les sujets travaillèrent dix minutes chaque jourp€?ndant dix jours consécutifs. Les recherches ont montré que le degré d'influence de la volonlé varie avec les sujets et dépend d'une constante individuelle ; la manière de réagir est égalenaent très distincte selon les différents tempéraments. Le sujet travaille notablement mieux avec la vitesse rapide qu'ave la lenle; c'est une confirmation de cette loi : « La lension active de la volonté croit avecla difficulté. » (bl029 253;. Non seulement le travail est fait plus vite, mais il y a moins de fautes et plus d'uniformité dans l'exécution : l'idée directrice maintenue avec plus d'énergie laisse par là même moins d'entrée aux iullucnces distrayantes (bl03i; bl038).