DÉFAUTS UE LA VOLONTÉ
traitera seulement de deux défauts qui se rencontrent à l'état normal et ont été étudiés par les méthodes Êcienlifiques d'observation : la paresse et la suggestihililé.
La paresse. — il serait absolument injuste d'appeler paresseux tout élève qui travaille moins que ses camarades (bl3 298 s.), à moins de distinguer deux paresses, la paresse-faute et la paresse-défaut.
La paresse-faute est : « L'opposition volontaire à tout travail intellectuel ou corporel qui est un devoir » (bl070 1240). Cette paresse n'existe que trop souvent et cela se conçoit aisément, puisque le travail exigé par ie devoir est en bien des cas dirigé selon les lignes de résistance et requiert l'effort de la volonté. Les principes directeurs des actes scolaires de l'clève paresseux ne sont pas : « 11 faut obéir à Laulorité. — Il faut accomplir son devoir. — Il faut faire la volonté de Dieu. » Mais au contraire, s'il est habituellement enclin à la paresse-faute, il existe des motifs habituellement acceptés, principes directeurs de sa négligence. La connaissance de ces motifs inhibiteurs du travail chez l'écolier coupable de paresse est très importante. On ne saurait trop le redire, la volonté n'agit que selon les motifs présentés par l'intelligence : en vertu de sa liberté elle peut les accepter ou les rejeter, mais elle ne peut s'en passer, ni éviter qu'ils exercent leur influence. Réfuter un des motifs de paresse, montrer au paresseux son insuffisance, est certainement faciliter la victoire du travail.
M. Gromolard a rechei-ché les causes de la paresse chez les membres des colonies pénitentiaires, en particnlier à Eysses (Lol-el-Garonne) où sont réunis les incori'igiblea des autres
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établissements. Beaucoup étaient réfractaires au travail intellectuel par crainte de l'effort, naais aussi en vertu de ce principe : a J'en saurai toujours assez pour ce que je veux faire. » Il est sûr que tous ces jugements: « Je ne peux rien faire. — Ce nVst pas intéressant. — C'est inutile, etc. » sont au plus haut degré inhibiteurs du travail et favorisent la paresse. (B1068).
La paresse-défaut provient d'un des délicils de l'activité volontaire formelle signalés au numéro précédent. L'enfant ne peut fixer son attention, soit par excès d'impulsion, soit par impossibilité de faire les efforts nécessaires à la formation des synthèses d'images exigées parle travail.
Pour distinguer entre paresseux malades et coupables, BiNET propose le test suivant (bl3 301-2) : « Prenons cinq enfants de la même classe, faisons-les asseoir autour de la même grande table, donnons-leur la consigne de barrer les lettres pendant 5 minutes ', et restons là à les surveiller ; ensuite, quand les cincj minutes seront écoulées, faisons un petit signe sur leur feuille pour savoir quelle est la quantité de travail produite; puis nous les abandonnons à eux-même?, après leur avoir recommandé de continuer leur travail, comme si nous étions là. Aussitôt quelques-uns des élèves, les plus faciles à distraire, profitent de notre absence, pour causer, gêner ou taquiner leurs voisins. Après cinq minutes écoulées, nous n'avons qu'à regarder le travail fait pour nous rendre compte de ce qui s'est passé. Afin d'arriver à une appréciation exacte, on compare l'élève à lui-même ; on recherche si son travail non surveillé est égal ou inférieur à son travail surveillé.» (bl3 301). Il est clair que, pour arriver à une
1. Il s'agit du lest des A (n** 22 p. 102) ou d'un test semblable.
OBFA.UTS DK LA VOLONTÉ uS^
certitude eiir les dispositions liabituelles de l'enfant, il faudrait user de plusieurs tests en différentes circonstances.
Le paresseux par incapacité est plus ou moins un anormal scolaire : les caractéristiques du diagnostic des anorniaux s'appliqueront donc au moins partiellement à lui (n° 76). Mais en cette matière il ne faut pas juger trop vite : si on ne remarquait pas un anormal dans un élève paresseux et si cependant on notait une incapacité réelle pour le travail exigé, on aurait très probablement affaire à un système mental spécialisé dans un tout autre sens que celui des études actuelles (cf. n* 67 p. 280).
Il importe encore de distinguer la paresse accidentelle et la paresse chronique : la première est le résultat d'une circonstance passagère, physique ou morale, qui inhibe l'effort du travail.
Toutes distinctions faites, on s'est demandé si en général il y a dans la population scolaire beaucoup de paresseux au sens péjoratif du mot, c'est-à-dire de paresseux coupables et chroniques. Une enquête a été faite dans les écoles de Paris : on a pris tous les élèves qui étaient dans le dernier cinquième au classement général et on a cherché ceux dont l'insuccès ne s'expliquait pas par la maladie ou une circonstance passagère (bl3 302-3); le résultat donne seulement 2 % des élèves.
Malgré les résultats de cette enquête, il reste que la paresse-faute est un des grands ennemis de l'éducation. Sans doute le nombre des paresseux de métier est restreint, mais que d'intermédiaires entre ce cas extrême et l'amour pratique, constant, du travaildemandé par le maître!
■/jS Psychologie PÉDAGûoiauE
57. La suggestibilité. La suggestibu/ié est la disposition à suivre une suggestion. Accepter une suggestion : « C'est admettre un jugement spéculatif ou pratique pou lies motifs dont ie sujet n'est pas parfaitement conscient. « '
La suggestibilité implique donc un défaut de la volonté. Le jugement n'est pas admis parce que la vérité est connue, démontrée ou aiTirmée par une autorité digne de foi, mais parce que pour ua motif, insufiîsant au point de vue rationnel, l'intelligence est inclinée par la volonté à y donner son adhésion.
Le degré de facilité avec lequel un sujet cède à la suggestion est indiqué par la fréquence et la rapidité d'acceptation.
La suggestibilité a été étudiée dans le cas de la suggestion d'une idée directrice, suscitée par la seule mise en scène de l'expérience, et dans celui de la suggestion par l'influence personnelle de l'expérimenlateur.
Les tests 47 et 16 pour l'intelligence générale (p. 183) peuvent servir à observer la suggeUihilUé par idée directrice.
Pour expérimenter la suggestion par influence personnelle, l'observateur suggère une réponse fausse.
Dans les observations de Binet, six objets étaient collés sur nu carton : un sou à reffîgic de Napoléon III détérioré à droite, une étiquette verte du Bon Marché traversée par une épingle, un bouton brun foncé avec des marbrures brun clair, la photographie (buste) d'un homme aj'ant la bouche enlr'ouvertr, une gravure de journal illustré représentant une scène Ue la grève des facteurs, un timbre français de 2 centimes i.^n oblitéré. Le carton était présenté pendant ag secouées, pois les
I.F. Gaetani s. J., Ps. Speriin., Append. II, 1913 Napoli Aidia 35C.
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f'îères étaient interrogés : « Le timbre portait-il le cachet de la poste? (Suggestion faible). — Le monsieur a-l-il la jambe âroite croisée sur la jambe gauche ou la jambe gauche croisée sur la jambe droite ? (Suggestion forte). » (bioS';).
M"« GmouD opérait de la manière suivante : « Nous pré- Bentons à l'enfant des couleurs différentes. Nous nous assurons qu'il cri -«naît le nom de chacune d'elles et au moment où, sur Dotre demande, il va écrire l'un de ces noms sur une feuille de papier, nous lui suggérons, en le lui nommant, un autre nom de couleur. » (bio67 264).
Certaines expériences mélangent l'influence de l'idée directrice à celle de l'expérimentateur, comme celles faites parG.GuiDiau moyen de l'ingénieux suggestimètre de de Sanctis (blOGO; bl063).
Les expériences de Binet et Giroxjd, faites sur des enfants de 6 à 12 ans, indiquent une décroissance constante de la suggestibilité avec l'âge. Ce défaut ne disparaît cependant pas complètement chez la plupart des individus. Cette grande suggestibilité de l'enfant a en un sens sa raison d'être, son utilité : « Une très forte suggestibilité est naturelle à l'enfant, elle fait partie de sa psychologie normale... Le développement régulier des fonctions intellectuelles et morales dimiluie progressivement cette suggestibilité enfantine, Bans qu'il soit le plus souvent nécessaire d'aider l'œuvre de la nature. Du reste la suggestibilité est pour l'enfant qui ne sait rien encore et qui est incapable de raisonner une des formes de la confiance, et Dans la confiance de l'élève, sans l'autorité du maître, il n'y a pas d'éducation possible. » (bi057 390).
58. Criminalité dans l'enfance et l'adolescence. Fautes volontaires désigne ici les actes commis contre l'ordre moral volontairement et en connaissance de
jiJO PSYCHOLOGIE l'ÉDAGOdlQUB
cause : actes a son sens le plus large : pensées, paroles, etc.
Les fautes se distinguent des défauts et des anomalies; cependant ces trois déficits de la volonté ne sont pas sans étroites relations. Les fautes, surtout chez l'enfant, se commettent bien souvent par suite d'un défaut de la volonté; les anomalies pour la plupart sont des défauts poussés à l'extrême (cf. n° 73).
Dans la criminalité il faut distinguer avec Dupsiat la matière de la criminalité et l'état d'esprit criminel.
La matière de la criminalité est : « L'ensemble des méfaits punissables aux termes de la loi » (bl094 4). Ces méfaits ont dans chaque pays une hiérarchie déterminée par l'échelle des peines que fixe le code pénal, L'état desprit criminel est cette disposition mentale -en vertu de laquelle un individu est porté à commettre des crimes sciemment et volontairement. L'état d'esprit criminel peut se considérer dans une collectivité, une nation : il consiste en ce cas dans l'ensemble des tendances collectives, funestes à la moralité, exerçant sur les volontés individuelles une pression dans le sens du crime.
l^e?, statistiques criminelles permeilenX de constater la criminalité matérielle. On a fait à l'emploi de ce mode d'information plusieurs objections de valeur. Bien souvent la statistique officielle constate le nombre des délits sans distinguer leur nature ; or, comme le fait remarquer S. Ha.ll, le nombre des petits délits classés augmente, la police est mieux faite, et donc augmentation du total officiel n'indique pasforcément accroissement de la criminalité (b71 t. 1 235). Encore bien moins faudrait-il chercher dans la variation des chiffres statistiques la preuve immédiate du plus ou moins
FAUTES VOLONTAIHES
d'esprit criminel d'une nation: «La statistiqueperniet de négliger le facteur personnel, par conséquent la qualité des méfaits. » (bl094 33-4). Cependant, malgré ces difTicultés et d'autres encore, il faut reconnaître que pour les crimes plus considérables il y a depuis un siècle accroissement de la criminalité matérielle. Rien n'est frappant par exemple comme l'accroissement des suicides dans les dilïerentes nations.
Voici par exemple le nombre moyen de suicides annuels pendant les cinq dernières périodes décennales du 19" siècle (bll54 99) :