‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 100 sur 176 · L INSTINCT DE LA PROPRIÉTÉ · texte numérisé non relu

L INSTINCT DE LA PROPRIÉTÉ

de plaisir qu'à rechercher par des procédés contraires une insolente domination.

N'écoutez pas et gardez-vous d'accueillir avec faveur les accusations réciproques des enfants ; ce ne sont guère que les cris de la colère et de la vengeance qui invoque le secours d'autrui. C'est affaiblir et efféminer l'esprit des enfants que leur permettre de se plaindre. Si vous savez les accoutumer à supporter les mauvais traitements de leurs camarades comme une chose loute simple et qui n'a rien d'intolérable, vous leur apprendrez à souffrir sans rien dire; vous les aguerrirez de bonne heure à la douleur. Mais bien qu'il ne faille pas prêter l'oreille aux plaintes des enfants grognons, ayez soin cependant de réprimer l'insolence et les mauvais instincts des enfants violents. Si vous êtes vous-même témoin d'une violence, censurez-la en présence de la victime. Et si l'on vous fait rapport d'une injure grave qui mérite que vous en soyez informé, et que vous preniez des précautions pour en empêcher le retour, dans ce cas réprimandez l'offenseur à part, en l'absence de celui qui vous a porté plainte, et obligez-le à lui demander pardon et à lui faire réparation. Cet acte de réparation, ayant l'air d'être spontané, sera accompli avec plus d'assurance et accueilli avec plus de faveur; et ainsi l'affection mutuelle des enfants grandira, la politesse leur deviendra plus familière.

110. 5° Quant à La passion que les enfants témoignent pour la propriété1, apprenez-leur à partager facilement

1. L'instinct tic la propriété est en eflet très précoce chez l'enfant, a II fait main basse sur les jouets, sur les meubles ou les vêtements qui servent spécialement à d'autres, tout en défendant qu'on agisse de même à son égard, b (Tirez. VÉducalion dès le berceau, p. 185.) I L'enfant que j'observais, dit Tiedemann, ne voulait pas que sasœurpût s'asseoir sur son siège ou mit un de ses vêtements : il appelait cela ses affaires. Quelque idée de propriété s'était donc développée en lui. Mais quoique l'enfant ne se laissât rien prendre de ses affaires à lui, il prenait volontiers celles de sa sœur... »

et gaiement tout ce qu'ils ont avec leurs amis1? Faitesleur comprendre par l'expérience que le plus libéral est toujours le mieux partagé, en même temps qu'il obtient par-dessus le marché vos louanges et votre estime : vous les amènerez ainsi sans effort à pratiquer la libéralité. Par là, vous réussirez bien mieux à rendre les frères et les sœurs doux et polis entre eux, et par conséquent aussi avec les autres personnes, que si vous les. importuniez, si vous les accabliez, comme on fait d'ordinaire, d'une multitude de règles de civilité. La convoitise, le désir de posséder, d'avoir en notre pouvoir plus de choses que n'en exigent nos besoins, voilà le principe du mal : il faut donc de bonne heure extirper cet instinct et développer la qualité contraire, je veux dire l'inclination à partager avec les autres. Cette qualité doit être encouragée par les louanges dont vous la comblerez et par le soin vigilant que vous prendrez d'empêcher que les libéralités de l'enfant lui coûtent rien. Toutes les fois qu'il donnera des preuves de cette générosité, n'oubliez pas de l'en récompenser et même avec usure-. Prouvez-lui qu'en faisant du bien aux autres, il ne se fait pas tort à luimême; qu'au contraire cela lui vaut en retour la recon-

1. Les enfants sont très diversement disposés sous ce rapport. Il y en a qui donnent facilement, qui ne gardent rien de ce qu'ils ont : mais c'est le petit nombre. L'enfant est généralement avare, aussi peu enclin à partager ce qu'il a, que prompt à s'approprier ce qu'ont les autres. Il est cependant facile de remarquer que les enfants donnent volontiers à ceux qu'ils aiment ; d'où cette conclusion que pour préparer les enfants à la libéralité il faut développer préalablement leurs sentiments sympathiques, affectueux. Locke toujours préoccupé, soit de l'intérêt, soit du point d'honneur, oublie trop de chercher dans la sensibilité de l'enfant le principe le plus sûr et le plus fécond de sa générosité.

2. « C'est là, dit Rousseau, rendre un enfant libéral en apparence, avare en effet. Les enfants, selon Locke, contracteront ainsi l'habitude de la libéralité. Oui, d'une libéralité usurière, qui donne un œuf pour avoir un bœuf. Mais quand il s'agit de donner tout de bon, adieu l'habitude : lorsqu'on cessera de leur rendre, ils cesseront bientôt de donner. »

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