Locke reprendra ce sujet plus loin
2. Locke n'achève pas sa pensée; il aurait dû écrire « leurs appétits mauvais», lorsqu'il s'en manifeste chez les enfants. Les inclinations en général, chez l'enfant comme chez l'homme, doivent être modérées, gouvernées, mais non étouffées. Locke parle ici comme ferait un janséniste, convaincu que tous les appétits naturels sont mauvais, et ce n'était, pas sn pensée.
création est aussi nécessaire que le travail et la nourriture : or comme il n'y a pas de récréation sans plaisir, et que le plaisir dépend plus souventde la fantaisie que de la raison, vous devez permettre aux enfants, non seulement de se divertir, mais encore de se divertir comme ils l'entendent, pourvu que ce soit innocemment et sans dommage pour leur sauté. Dans ce cas, par conséquent, il ne faut pas leur répondre parmi refus, s'ils demandent qu'on leur permette telle ou telle espèce de divertissement. Je crois cependant que dans une éducation bien réglée, ils ne devront être que rarement réduits à la nécessité de faire une pareille demande. On doit faire en sorte qu'ils trouvent toujours agréable tout ce qui leur est utile ; et avant qu'ils soient las d'une occupation, il faut les détourner à temps vers une autre occupation, utile elle aussi. Dans le cas où ils ne seraient pas arrivés à ce degré de perfection qu'on puisse leur faire d'un travail nouveau un sujet de divertissement, laissez-les s'abandonner librement aux jeux enfantins qu'ils inventent; cherchez seulement à les en dégoûter par la satiété. Pour les occupations utiles au contraire, vous devez les arrêter, même quand ils ont encore envie de continuer, tout au moins avant qu'ils soient fatigués et dégoûtés de cet exercice; il faut en effet qu'ils puissent y revenir comme à un plaisir qui les divertit. Les choses n'iront bien que lorsqu'ils éprouveront du plaisir à faire les actions louables, et lorsque les exercices utiles du corps et de l'es prit, alternant les uns avec les autres dans leur vie, leur feront trouver agréable de vivre et de progresser, pour- ainsi dire dans une série ininterrompue de divertissements qui viennent reposer et rafraîchir tour à tour leurs organes fatigués. Qu'il soit possible d'en arriver là avec tous les enfants, quel que soil leur tempérament, que tous les parents et tous les précepteurs sachent prendre les précautions né-
1. « Il nous suffit, dit Fénelon, de laisser l'aire les enfants, de les observer :\\c.c. un visage gui et de les modérer, dès qu'ils s'écliaulfent trop. » (Éducation des filles.)
cessaires, aient assez de patience et d'adresse pour atteindre ce résultat, je n'en sais rien. Mais ce dont je suis sûr, c'est que l'on peut y réussir avec la plupart des enfants, si l'on s'y prend, comme il faut, en leur inspirant l'amour de l'honneur, de l'estime et de la réputation. Une fois qu'on leur a inculqué ainsi les vrais principes de la vie, on peut leur parler librement des choses qu'ils aiment le plus, les diriger ou tout au moins leur permettre de se diriger d'eux-mêmes de ce côté ; de façon qu'ils comprennent bien qu'on les aime et qu'on les chérit, et que les personnes qui veillent sur leur éducation ne sont pas les ennemies de leur bonheur. Par là, vous leur ferez aimer à la fois et la main qui les conduit et la vertu vers laquelle on les conduit.
Un autre avantage de la liberté qu'on accorde aux enfants pendant leurs récréations, c'est qu'ils y découvrent leur tempérament naturel ; ils y montrent leurs inclinations et leurs aptitudes, et par là dirigent le choix de parents attentifs, en ce qui concerne soit la carrière et les occupations qui leur conviendront plus tard, soit les remèdes à employer en attendant, pour guérir certains penchants qui plus que d'autres pourraient gâter leur naturel.
109. 2° Les enfants qui vivent ensemble disputent souvent à qui sera le maître, à qui fera prédominer sa volonté1. Dès que vous verrez poindre cette rivalité, ayez soin de l'arrêter. Ne vous contentez pas même de cela, mais apprenezleur à avoir les uns pour les autres toute la déférence, toute la complaisance, toute la politesse possible. Lorsqu'ils verront que cette conduite leur attire le respect, l'amour et l'estime de leurs camarades, et qu'elle ne leur fait rien perdre de leur supériorité, ils y trouveront plus
1. Locke continue ici à montrer (Voir § 106) que les enfants ont une passion ardente et naturelle pour la domination, et il indique les moyens à employer pour venir à bout de ce mauvais instinct.