C'est-à-dire la mollesse et la peur
Je ne saurais trop souvent le répéter en effet, quelque faute que commette un enfant, et quelles qu'en soient les conséquences, ce qu'il faut considérer, lorsqu'on en prend connaissance, c'est le principe d'où elle dérive et l'habitude qu'elle peut contribuer à établir ; c'est d'après cela qu'il faut régler la correction, et l'enfant ne doit pas être puni pour le mal qu'il a fait en jouant et par inadvertance. Les fautes punissables ont leur principe dans la volonté J, et si elles sont de telle nature que l'âge seul puisse les guérir ou qu'elles ne préparent pas le développement des mauvaises habitudes, il faut laisser passer la] faute, de quelques circonstances 'fâcheuses qu'elle soit accompagnée, sans la remarquer ni la blâmer.
117. Un autre moyen d"exciter des sentiments d'humanité et de les maintenir vivants chez les enfants, ce sera dej les habituer à être polis, dans leur langage et dans leur conduite, à l'égard de leurs inférieurs et des gens de basse! condition, particulièrement à l'égard des domestiques. IB n'est pas rare d'observer, chez les familles riches, des enfants qui, dans leurs rapports avec les serviteurs de la maison, usent de paroles arrogantes, de termes de mépris, et lei traitent enfin avec hauteur, comme s'ils étaient en vérité! d'une autre race et d'une espèce supérieure. Que ce soient les mauvais exemples, les avantages de la fortune, ou leurs sentiments de vanité naturelle, qui leur inspirent cette arrogance, peu importe! 11 faut la prévenir ou la corriger et les habituer tout au contraire à une conduite affable courtoise et douce, à l'égard des hommes d'un rang inférieur-. Ils ne perdront rien de leur supériorité en agissan
1. Combien de fois les parents et. les maîtres ne violent ils pas cett judicieuse règle de discipline! Ils ne regardent qu'aux conséquence de la faute, au tracas qu'elle leur cause, sans regarder au principe.
2. C'est ce que Montaigne nous dit avoir appris de son père : « So" humeur, dit-il, visoit à me r'allier avecques le peuple et celte condi tion d'hommes qui a besoing de nostre ayde. » (Essais, III, xm.) Loct parle ici un langage fort démocratique et fort sage.
I INSTINCT DE LA CRI \l TK CHEZ L'ENFANT. 180
ainsi : au contraire, la distinction sera plus marquée et leur autorité y gagnera. En effet, l'affection s'ajoutera dans l'esprit dos inférieurs aux marques extérieures du respect, el l'estime pour la personne sera un élément de leur soumission. Les domestiques feront leur service avec plus d'empressement et de plaisir, lorsqu'ils verront qu'ils ne sont pas méprisés, pour avoir été placés par la fortune au-dessous du niveau des autres et aux pieds de leur mai Ire. Il ne faut pas souffrir que les différences établies par le hasard dans les conditions extérieures des hommes fassent perdreaux enfants le respect de la nature humaine. Plus ils sont fortunés, et plus il faut leur apprendre à être bons, à se montrer compatissants et doux pour ceux de leurs frères qui ont été placés à un rang inférieur, et qui ont reçu de la fortune une portion plus exiguë. Si on les a laissé dés le berceau traiter durement et grossièrement ces hommes, sous prétexte que les titres de leur père leur donnaient une petite autorité sur eux, c'est tout au moins une marque de mauvaise éducation; et de plus, si l'on n'y prend garde, c'est le moyen de développer peu à peu leur orgueil naturel. \m point qu'ils n'aient plus que du mépris pour tous ceux qui sont au-dessous d'eux. Et quelle est la conclusion probable? C'est qu'ils deviendront oppresseurs et cruels.