‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 138 sur 176 · LES DISSERTATIONS '2T · texte numérisé non relu

LES DISSERTATIONS '2T

171. Mais expliquons un peu plus au long pourquoi il ne faut pas, selon moi, faire composer à l'enfant des dissertations et des vers2. lu Pour les dissertations, on prétend, je le sais, qu'elles sont utiles, parce qu'elles apprennent à parler avec convenance et élégance sur n'importe quel sujet : ce qui, je l'avoue, serait un grand avantage, s'il était vrai qu'on pût l'acquérir par ce moyen. Il n'y a rien en effet qui convienne mieux à un gentleman, ni qui lui soit plus utile dans toutes les circonstances de la vie, que desavoir, en toute occasion, bien parler et parler à propos. Mais je prétends qu'à faire des dissertations, selon la méthode des collèges, on ne profite pas d'un iota en ce sens. Considérez en effet à quoi est occupé un jeune enfant, quand on lui propose un exercice de ce genre : on le force à discourir sur quelque maxime latine, comme Omnia vincit amor*, ou Non licet in bello bis peccare'1, etc.. Et alors le pauvre enfant, qui n'a aucune connaissance des choses dont il doit parler (connaissance qui ne s'acquiert qu'avec le temps et l'expérience), doit mettre son imagination à la

4. Nous traduisons par le mot « dissertation » le mot anglais thème. Coste traduit à tort par discours. On verra, par les exemples que donne Locke, qu'il s'agit bien de dissertations et non de discours. Les Anglais ne connaissent pas le genre d'amplification qui consiste à faire parler un personnage historique. Aujourd'hui encore, dans les écoles de grammaire, on ne demande à l'élève que le développement personnel d'une maxime morale ou d'un sujet général : la Navigation chez les anciens, {'Esclavage ancien et moderne, etc.

2. Locke est un des premiers pédagogues qui aient protesté contre les compositions latines, exercices que les humanistes du seizième siècle et les jésuites surtout ont mis à la mode dans les collèges.

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