‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 142 sur 176 · LES VERS · texte numérisé non relu

LES VERS

le génie de la poésie, c'est la chose la plus déraisonnable du monde que de le tourmenter et de lui faire perdre son temps en lui imposant un travail où il ne saurait réussir; et s'il a quelque talent poétique, je trouve étrange que son père désire ou même supporte qu'il cultive et développe ce talent '. Il me semble que les parents devraient au contraire avoir à cœur d'étouffer et de réprimer cette disposition poétique autant qu'ils le pourront ; et je ne vois pas pourquoi un père désirerait faire de son fils un poète, si du moins ilne veut pas lui inspirer ledégoût des occupations et des affaires de la vie. Mais ce n'est pas là le plus grand mal ; en effet le si jeune homme devient un rimeur heureux, et s'il réussit à acquérir la réputation de bel esprit, je demande que l'on considère, dans quelle société, dans quels lieux, il est probable qu'il ira perdre son temps, et aussi son argent; car il s'est vu bien rarement qu'on découvrit des mines dor et d'argent sur le mont Parnasse2. L'air y est agréable, mais le sol en est infertile ; et il y a très peu d'exemples de gens qui aient accru leur patrimoine avec ce qu'ils ont pu y moissonner. La poésie et le jeu, qui vont habituellement ensemble, ont aussi cette ressemblance qu'ils neprofitent en général qu'à ceux qui n'ont pas autre chose pour vivre5. Quant aux personnes riches, elles y perdent toujours, et tout est bien s'il ne leur en coûte pas plus que la perte de toute leur fortune ou de la plus grande

1. Locke attaquo la poésie en général, et il a tort de condamner le talent poétique. Mais il a raison de dire que le but de l'éducation n'est pas de faire des poètes. Au collège on doit se préoccuper de l'instruction générale, propre à tous, non des études qui ne conviennnent qu'à quelques esprits particulièrement doués.

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