LA GEOGRAPHIE
C'est par la géographie qu'il conviendrait, je crois, de commencer : en effet, l'étude de la configuration du globe, la situation et les limites des quatre parties du monde, celles des différents royaumes et des contrées de l'univers, tout cela n'est qu'un exercice de la mémoire et des yeux; et un enfant par conséquent est apte à apprendre avec plaisir et à retenir ces connaissances *. Cela est si vrai que, en ce moment même, dans la maison que j'habite, je vis avec un enfant à qui sa mère a donné de si bonnes leçons de géographie qu'il connaît les limites des quatre parties du monde, qu'il peut montrer sans hésiter sur le globe ou sur la carte d'Angleterre le pays qu'on lui demande ; il sait les noms de toutes les grandes rivières, des promontoires, des détroits, des baies, dans tout l'univers ; il peut déterminer la longitude et la latitude de chaque pays, et cependant il n'a pas encore dix ans 2. Ces connaissances qu'un enfant acquiert par les yeux, et que la routine fixe dans sa mémoire, ne sont pas sans doute tout ce qu'il lui faut apprendre sur le globe terrestre. Mais c'est tout de même un premier pas de fait; c'est une excellente pré-
1. Presque tous les pédagogues modernes sont d'accord pour mettre la géographie au premier rang des études de l'enfant. Mais c'était une nouveauté au temps de Locke, où l'enfant pâlissait d'abord sur les subtilités de la grammaire. Nicole, dans le livre de Y Education d'un prince, recommandait déjà l'étude de la géographie comme très propre aux enfants « dont les lumières sont toujours très dépendantes des sens. » Kant est du même avis : « Les cartes géographiques, dit-il, ont quelque chose qui séduit tous les enfants, même les plus petits. Lorsqu'ils sont fatigués de toute autre étude, ils apprennent encore quelque chose au moyen des cartes. Et cela est pour les enfants une excellente distraction où leur imagination, sans s'égarer, trouve à s'arrêter sur certaines ligures. On pourrait réellement les faire commencer par la géographie. »