‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 145 sur 176 · L'ARITHMETIQUE ET L'ASTRONOMIE · texte numérisé non relu

L'ARITHMETIQUE ET L'ASTRONOMIE

17!). Lorsque l'enfant a fixé clans son souvenir les divisions naturelles du globe, on peut commencer à lui apprendre l'arithmétique1, l'ar divisions naturelles du globe j'entends les diverses positions et la distribution des terres et des mers, avec les différents noms des contrées distinctes, sans en venir encore à ces lignes artificielles et imaginaires2, qu'on a inventées et supposées uniquement pour faciliter et assurer les progrès de la géographie.

180. De toutes les sciences de raisonnement abstrait l'arithmétique est la plus facile : elle doit donc être étudiée la première. L'esprit en général supporte aisément celte étude, ou n'a pas de peine à s'y habituer. L'arithmétique est d'ailleurs d'une utilité si générale dans toutes les affaires de la vie, qu'il n'est pour ainsi dire rien qu'on puisse faire sans elle5. Aussi est-il certain qu'un homme

1. Il est permis de s'étonner que Locke, infidèle a son principe qui est de s'adresser d'abord aux yeux et à la mémoire, place immédiatement après la géographie l'étude de l'arithmétique, c'est-à-dire d'une science abstraite. C'est l'histoire qu'on s'attendait à voir figurer à cette place, et avec l'histoire les sciences naturelles. Ce n'est pas qu'il faille beaucoup retarder l'élude de l'arithmétique. Sans compter qu'il y a moyen d'en rendre les premières notions sensibles aux yeux, il y a dans les opérations numériques quelque chose de mécanique qui attire et séduit L'enfant.

2 Les cercles parallèles, b-s méridiens, etc., dont il va être question quelques lignes plus loin.

3. C'est toujours le point de vue utilitaire qui domine l'esprit de Locke. Il faut étudier l'arithmétique, parce qu'on en a besoin à chaque instant dans les affaires de la vie. Locke ne considère pas l'influence

ne saurait trop l'étudier ni la savoir trop bien. Il faut donc exercer l'enfant à compter, aussitôt et autant qu'il en est capable, et l'y appliquer un peu chaque jour jusqu'à ce qu'il soit passé maître dans l'art des nombres. Lorsque l'enfant sait additionner et soustraire, il peut alors avancer plus loin dans l'étude de la géographie ; il peut, quand il connaît les pôles, les zones, les cercles parallèles et les méridiens, étudier la longitude et la latitude, se rendre compte par là de l'usage des cartes, et, par les nombres placés sur leurs côtés, distinguer la position relative des diverses contrées, en même temps qu'apprendre à la retrouver sur les globes terrestres. Lorsque ce travail lui sera devenu familier, il sera temps de lui montrer le globe céleste, et alors on lui fera repasser tous les cercles, en appelant particulièrement son attention sur l'écliptique ' ou le zodiaque 2, afin que son esprit se les représente clairement et distinctement ; on lui enseignera la figure et la situation des différentes constellations, en les lui montrant d'abord sur le globe, ensuite dans le ciel5.

Cela fait, lorsque l'enfant connaîtra assez bien les constellations de notre hémisphère, il sera à propos de lui donner quelque idée de notre monde planétaire. Pour cela on ne fera pas mal de lui présenter une esquisse du système de Copernic \ et alors de lui expliquer les positions

heureuse que cette étude peut exercer sur l'esprit pour développer et fortifier les facultés d'abstraction, d'attention, etc.

4. L'écliptiqne, grand cercle de la sphère céleste que le soleil parait parcourir, et que la terre parcourt réellement en une année.

2. Le zodiaque, zone ou bande imaginée dans le ciel, et dont l'écliptique occupe le milieu.

5. Ne serait-il pas plus logique de suivre l'ordre inverse et de commencer par le ciel? Gargantua et son maître aussitôt levés « consideroient Testât du ciel, si tel estoit comme l'avoisent noté au soir précédent; en quels signes entroit le soleil, aussi la lune, pour icelle journée. » (Rabelais, I, xxm.)

4. Copernic, célèbre astronome polonais (1475-1545). Son système, universellement adopté aujourd'hui, rencontra au seizième et même au dix-seplième siècle une opposition très vive. C'est lui qui, le premier,

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