LE STYLE
D'après cela, il ne sera peut-être pas mauvais d'engager souvent les enfants, aussitôt qu'ils en seront capables, à raconter d'eux-mêmes une histoire sur deschosesqu'ils connaissent bien. On commencera par corriger dans leurs récits la faute la plus grave qu'ils auront commise dans l'arrangement de leur sujet. Quand on aura remédié à cette faute, on passera à une autre; et ainsi de suite, de l'une à l'autre, jusqu'à ce qu'elles soient toutes corrigées, au moins celles qui ont de la gravité1. Lorsqu'ils se tirent bien de leurs narrations orales, on peut alors leur demander des narrations écrites. Les Fables d'Ésope, le seul livre peutêtre qui convienne pour des enfants 2, peuvent fournir des sujets d'exercice pour apprendre à écrire en anglais, comme aussi pour lire et pour traduire, afin de se familiariser avec la langue latine. Lorsque les enfants en sont venus à ne plus l'aire de faute contre la grammaire, et qu'ils savent combiner dans un discours suivi et continu les différentes parties d'une histoire, sans user de ces transitions lourdes et maladroites qu'ils ont coutume de multiplier, vous pouvez, si vous désirez les perfectionner plus complètement dans ce talent qui est le premier degré de l'art de parler et qui n'exige pas d'invention, vous pouvez, dis-je, avoir recours à Cicéron, et en leur faisant mettre en pratique les règles que le maître de l'éloquence donne dans son premier ouvrage (delnventione, '£ 20)3, leur montrer en quoi consistent l'art et les grâces d'une narration élégante, selon les sujets et
1. Locke a raison de penser qu'il faut diviser et pour ainsi dira émietter les critiques. Trop de corrections à la fois embrouillent l'enfant.