LE STYLE
selon le but qu'on veul atteindre. De chacune de ces règles on peut trouver dos exemples appropriés et montrer ainsi aux enfants comment d'autres les ont appliquées. Les anciens auteurs classiques contiennent en abondance des exemples de ce genre qu'il faut leur mettre sous les yeux, non seulement pour qu'ils les traduisent, niais comme des modèles à imiter chaque jour.
Lorsque les enfants savent écrire en anglais avec suite, avec propriété, avec ordre, et qu'ils disposent d'un style narratif passable, vous pouvez les exercer à écrire des lettres; mais ne leur faites pas rechercher les traits d'esprit, ni les compliments affectés; apprenez-leur à exprimer simplement leurs pensées, sans incohérence, sans désordre et avec politesse. Lorsqu'ils en seront là, vous pouvez, pour excit'T leur imagination, leur proposer l'exemple de Voiture *, pour leur apprendre comment à distance on cause avec ses amis dans des lettres complimenteuses, enjouées, railleuses, pleines de variété. Faites-leur lire ainsi les lettres de Cicéron, comme le meilleur, modèle pour les lettres d'affaires ou de pure conversation2. L'art d'écrire une lettre est d'un si grand usage dans toutes les affaires de la vie, qu'il n'est personne qui puisse échapper à l'obligation de montrer ce qu'il sait faire en ce genre. Des occasions de tous les jours le forceront à mettre la plume à la main, et sans compter que dans ses affaires il se ressentira souvent de la façon habile ou non dont
1. Voiture ne mérite guère l'honneur que lui fait Locke. Il était très admiré au dix-septième siècle, et Locke, en le louant comme un modèle à suivre, obéit aux préjugés de son temps. On s'étonne d'autant plus que Locke recommande Voiture, qu'il vient de demander de proscrire des premiers exercices littéraires de l'enfant toute affectation, toute vaine recherche d'esprit. Les lettres de Voiture ont des qualités, mais elles sont tout ce qu'il y a de plus affecté et de moins simple.
2. Locke rencontre plus juste quand il recommande les lettres de Cicéron, lettres réelles, que l'auteur n'a pas écrites pour la postérité, qu'il a adressées à ses contemporains et à ses amis, et où il s'exprime avec la simplicité d'un homme d'IJtat ou d'un homme d'affaires.
il écrira ses lettres, il est certain que son éducation, son jugement, ses talents, seront dans ses lettres soumis à un examen plus sévère que dans ses discours oraux. Ici en effet les fautes sont fugitives, et s'évanouissent le plus souvent avec le son qui leur a donné naissance; elles ne sont pas exposées aune révision rigoureuse et par conséquent elles échappent plus facilement à l'observation et à la critique.
Si les méthodes de l'éducation étaient bien conduites et bien dirigées, il ne viendrait à l'esprit de personne de supposer qu'on néglige une partie si importante de l'instruction, surtout quand on met tant d'acharnement à imposer des exercices qui ne sont absolument d'aucune utilité, comme les dissertations et les vers latins : véritables instruments de torture pour les enfants, qu'ils condamnent à des efforts d'invention au-dessus de leur force, et qu'ils empêchent d'avancer agréablement dans l'élude des langues en leur imposant des difficultés contre nature. Mais la coutume l'ordonne ainsi; et qui oserait lui désobéir? Et ne serait-il pas déraisonnable de demander qu'un professeur de collège (qui sait sur le bout du doigt les tropes et les figures de la Rhétorique de Farnaby1), apprît à son élève à s'exprimer élégamment en anglais, alors qu'il semble si peu s'en soucier ou s'en occuper pour lui-même ? La mère de l'enfant lui en remontrerait sur ce point, elle qu'il inéprise sans doute comme une personne illettrée, parce qu'elle n'a lu ni logique ni rhétorique.
La correction dans le style parlé ou écrit donne je ne sais quelle grâce à ce que l'on dit, et ménagé une attention favorable ; et puisque c'est de l'anglais qu'un anglais fera constamment usage, c'est cette langue qu'il doit principalement cultiver ; c'est en anglais surtout qu'il prendra soin de polir et de perfectionner son style. Parler ou écrire le
1. Farnaby, humaniste anglais, né à Londres en 1575, mort en lGi7. Il professa avec grand succès. Sa Rhétorique date de 1625.