‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 16 sur 176 · I.KS BAINS FROIDS · texte numérisé non relu

I.KS BAINS FROIDS

qui eu résulteront, seraient encore une bonne acquisition, dùt-on les acheter plus chèrement1. J'ajoute que par là on évite les cors aux pieds, ce qui pour quelques personnes ne sera pas une considération sans valeur. Il faudra commencer au printemps avec de l'eau tiède, puis continuer avec de l'eau toujours plus froide, jusqu'à ce que, au bout de quelques jours, on en vienne à employer de l'eau tout à fait froide, et cela pendant l'hiver comme pendant l'été. Il faut en effet observer ici, comme dans toutes les autres modifications que nous apportons à notre régime de vie ordinaire, que le changement doit se faire par degrés adoucis et insensibles : c'est ainsi que nous habituerons notre corps à toute chose sans souffrance et sans danger.

Quel accueil de tendres mères vont-elles faire à cette doctrine? Il n'est pas difficile de le deviner. Traiter ainsi leurs pauvres enfants : mais c'est vouloir leur mort. Quoi ! plonger leurs pieds dans l'eau froide, alors qu'il gèle et qu'il neige, et qu'on a toutes les peines du monde à leur tenir les pieds chauds !

Essayons de calmer un peu ces alarmes par des exemples, puisque sans exemples les meilleures raisons ont de la peine à se faire entendre. Sénèque raconte de lui-même qu'il avait coutume de se baigner dans l'eau froide et l'eau de source en plein hiver 2. S'il n'avaitpas cru que cette pratique était non seulement tolérable, mais favorable pour la santé, il n'aurait eu garde de s'y assujettir, dans sa grande situation de fortune qui pouvait bien, je pense, supporter la dépense d'un bain chaud, et à un âge (car il était vieux

1. Locke écrivait à Molyneui dans le même sens : « Vous dites que votre fils n'est pas assez fort : pour le rendre fort, vous devez le traiter durement... J'en ai un exemple dans la maison où je vis (celle de lady Masham), où le fils unique d'une tendre mère avait été presque perdu p:ir la faute d'une éducation trop douce. Il est maintenant habitué à suivre un système contraire, à supporter le vent et les intempéries des saisons, à avoir froid aux pieds... » (25 août 1G95).

2. Epitres à Lucilius, 53 et S5... « Me lanlus psychrolute» (ji'i halendia januarUê in Euripum saltabam.... »

en ce temps-là) où il aurait été excusable de se ménager. Mais, dira-t-on, ce sont les principes stoïciens du philosophe qui lui inspiraient le goût de ce régime sévère ! Admettons que le stoïcisme lui avait appris à supporter la sensation désagréable de l'eau froide. Il restera à savoir pourquoi l'usage de l'eau froide était favorable à sa santé qui n'était point affaiblie par ce rude usage. D'ailleurs que dirons-nous d'Horace, qui ne se passionnait pour la gloire d'aucune secte et encore moins pour les austérités affectées du stoïcisme? Eh bien! Horace nous apprend qu'il avait coutume en hiver de se plonger dans l'eau froide l. Mais, dira-t-on encore, le climat de l'Italie est plus chaud que le climat de l'Angleterre et l'eau y est moins froide en hiver. Si les rivières de l'Italie sont plus chaudes que les nôtres, celles de l'Allemagne et de la Pologne sont beaucoup plus froides qu'aucune de celles qui arrosent notre pays, et cependant dans ces contrées les juifs, hommes et femmes, se baignent dans les rivières pendant toutes les saisons de l'année, sans aucun préjudice pour leur santé. Tout le monde n'est pas disposé à croire que c'est par un miracle ou par une vertu particulière de la fontaine de Saint- Winifred2 que les personnes les plus délicates peuvent, sans prendre mal, se baigner dans les eaux glacées de celte source fameuse. Tout le monde sait aujourd'hui quels merveilleux effets produisent les bains froids sur des tempéraments faibles ou délabrés, pour leur rendre la santé et la force ; ils ne sauraient par conséquent passer pour intolérables ou impraticables, quand il s'agit seulement de fortifier et d'améliorer des constitutions plus robustes3.

Mais on pensera peut-être que des exemples empruntés à ce qui arrive chez les adultes ne peuvent tirer à consé-

1. ... Gelida quum perluor unda Per médium frigut... (Lib. 1, Epittola xv, 4.)

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