‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 161 sur 176 · Voyez plus loin · texte numérisé non relu

Voyez plus loin

4. La philosophie naturelle, au temps de Locke, était la science de la nature en général; elle comprenait aussi bien la connaissance de l'esprit, ce que nous appelons aujourd'hui psychologie ou métaphysique, que la connaissance des corps, qui depuis a donné lieu ,ï tant do sciences distinctes, physique, chimie, sciences naturelles, etc.

5. On remarquera dans quel style contourné, et avec quelles précau-

LA PHILOSOPHIE NAT1 RELLE. GUj

turc a combiné ses œuvres avec tant de sagesse, elle agit par des voies qui dépassent tellement nos facultés de découverte et notre puissance de conception, qu'il ne nous sera jamais possible de les ramener à des lois scientifiques. La philosophie naturelle étudie les principes, les propriétés, les opérations des choses, telles qu'elles sont en ellesmêmes. Je crois donc qu'on peut la diviser en deux parties: l'une comprend les esprits, avec leur nature et leurs qualités; l'autre, les corps. C'est à la métaphysique que l'on rattache habituellement la première1. Mais quelque soit le nom que l'on donne à l'étude des esprits, je crois qu'elle doit venir avant l'étude de la matière et des corps2; non comme une science qui puisse être méthodiquement réduite en système, et traitée d'après des principes certains de connaissance, mais comme une étude qui élargit l'espn et qui le prépare à une intelligence plus complète et plus claire de ce monde immatériel où nous font pénétrer à la fois la raison et la révélation. Et puisque c'est du ciel que nous tenons, par la révélation, nos idées les plus claires et les plus complètes sur les esprits autres que Dieu et nos âmes ', je pense que c'est à la révélation qu'il faut emprun-

tions Locke hasarde son opinion sur l'impossibilité d'arriver à la science et à la certitude dans le domaine de la philosophie naturelle. Au moins en ce qui concerne les phénomènes matériels, et aussi les phénomènes moraux, les progrès accomplis depuis trois siècles n'ont pas donné raison à sa déflance. Ce qui reste en dehors de la science, ce sont les conceptions des philosophes sur 1 essence des choses, sur l'origine et la lin des êtres.

1. Le mot de métaphysique a été longtemps synonyme de science de l'esprit, de science de l'âme. Mais aujourd'hui que la critique philosophique a nettement distingué l'ordre des phénomènes, des laits positifs et l'ordre des substances, des causes, des essences cachées, on ne rattache plus à la métaphysique la description phénoménale des laits qui s'accomplissent dans l'âme. La métaphysique comprend exclusivement les questions relatives aux principes des choses et dont la solution dépasse la portée du l'expérience sensible ou de l'expérience psychologique.

'J. Voyez plus loin, ^ 192.

ter ce qu'on veut sur ce point faire connaître aux enfants1. A cet effet je conclus qu'il serait bon de faire lire aux enfants une bonne histoire sainte, où l'on rangerait, selon l'ordre exact des temps, toutes les choses qu'il serait à propos d'y faire entrer, en omettant celles qui ne conviennent que pour un âge [-lus avancé : on éviterait par là ceite confusion qui se produit dans l'esprit quand on lit indistinctement tous les livres de l'Écriture, tels qu'ils sont réunis dans la Bible. On retirerait encore de là cet autre avantage, que la lecture assidue de l'histoire sainte familiariserait l'esprit des enfants avec l'idée des esprits et la croyance à leur existence, puisqu'ils jouent un si grand rôle dans tous les événements de cette histoire : ce qui serait une excellente préparation à l'étude des corps2. Lu effet, sans la notion de l'esprit, notre philosophie sera boiteuse et restera incomplète dans une de ses parties essentielles, puisqu'elle laissera de côté la considération dos êtres les plus puissants et les plus excellents de la création \

191. Je crois aussi qu'on pourrait faire de celte histoire sainle un abrégé simple et court qui contiendrait les faits principaux et lesplus importants, et que l'on mettrait entre les mains des enfants, dès qu'ils savent lire. Bien que celte

1. C'est-à-dire les anges et les dénions. Locke, quoique médecin et philosophe, était chrétien sincère et pieux, et sa foi n'était pas sans quelque naïveté.

•1. On voit que Locke propose pour l'initiation de l'enfant aux vérités religieuses un ordre contraire à celui que recommande la raison et qu'ont préconisé, par exemple, Rousseau et Kant. C'e^t la lévélation qu'il prend comme point de départ et non les lumières naturelles, de la conscience.

T.. En religion, Locke était fort large, et selon l'expression consacrée de son temps, latitudinaire. <s l.e latitudinarjsme, dit-il lui-même, dans son Essai sur In Tolérance, consiste à avoir des lois strictes touchant Ja vertu et le vice, mais à élargir autant que possible les termes des Credo religieux, d'est-à-dire à faire en sorte que les articles de croyance spéculative soient peu nombreux et larges, les cérémonies peu nombreuses et faciles. »

lecture dût avoir pour résultat de leur donner de bonne heure quelque notion des esprils, je ne crois pas que cela soit en contradiction avec le conseil que j'ai déjà donné de r-e pas troubler l'imagination des enfants, quand ils sont tout petits, en leur parlant des esprits1 : car je voulais seulement dire par là qu'il y a des inconvénients à faire entrer dans leur pensée ces images de fantômes, de spectres, d'apparitions fantastiques, que les gouvernantes et tous cpuï qui entourent les enfants leur présentent pour les effrayer et s'assurer de leur obéissance. C'est là une faute dont les enfants souffrent durant toute leur vie, parce qu'elle asservit leurs esprits à des craintes, à des appréhensions terribles, à la faiblesse et à la superstition. Lorsque plus tard ils entrent dans le monde et dans la société, fatigués qu'ils sont de ces idées dont ils rougissent, il arrive souvent que, pour opérer une cure radicale et pour se débarrasser d'un fardeau qui pèse si lourdement sur eux, ils rejettent en bloc toute croyance aux esprits, et se jettent ainsi dans l'extrême opposé, qui est plus regrettable encore.

192. Si je désire que l'on commence par l'étude des esprits, et que la doctrine de l'Écriture ait profondément pénétré l'esprit du jeune homme avant qu'il aborde la philosophie naturelle, c'est que tous nos sens étant constamment en rapport avec la matière, l'idée de la matière tend à accaparer l'esprit tout entier et à en exclure l'idée de tout ce qui n'est pas matière : de iorte que bien souvent ce préjugé, aussi fortement appuyé, ne laisse plus la liberté de croire aux esprits et d'admettre qu'il y ait rien, in rerum natura, qui ressemble à des êtres immatériels2.

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