‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 174 sur 176 · On sait tjue Locke avait beaucoup voyagé lui-même · texte numérisé non relu

On sait tjue Locke avait beaucoup voyagé lui-même

~i-l QUELQUES PENSEES SUR L'EDUCATION-

rende visite à quelque personne de qualité? Encore moins font-ils connaissance avec les personnes dont la comersation pourrait leur apprendre quels sont les principes de la bonne éducation dans chaque pays, et ce qui mérite d'y être observé. Et cependant, en causant avec ces personnes, ils pourraient apprendre en un jour plus qu'en courant pendant une année d'une hôtellerie à une autre. Et la chose après tout n'est pas surprenante : car des hommes de mérite et de talent ne peuvent guère être disposés à recevoir dans leur intimité des jeunes gens qui ont encore besoin de la garde d'un gouverneur. Mais un gentleman, quoique jeune encore et étranger, s'il se présente comme un homme, et s'il manifeste le désir de s'informer des coutumes, des manières, des lois et du gouvernement du pays qu'il visite, sera partout le bienvenu ; il trouvera aide et bon accueil auprès des personnes les plus distinguées et les plus instruites de chaque pays, qui seront toujours prêtes à recevoir, à encourager, à protéger le voyageur bien élevé et d'un esprit curieux.

215. Quelle que soit la justesse de ces observations, elles ne changeront rien, j'en ai peur, à la coutume qu'on a prise de faire voyager les jeunes gens à l'âge qui est précisément le moins propice; et cela pour des raisons qui n'ont rien à voir avec l'intérêt de leurs progrès. 11 ne faut pas, dit on, aventurer le jeune enfant dans des voyages, quand il n'a que huit ou dix ans, de peur de ce qui pourrait lui arriver dans un âge aussi tendre ; et cependant, il court alors dix fois moins de risques que dans sa seizième ou dix -huitième année. 11 ne faut pas non plus, à ce qu'on croit, le garder à la maison jusqu'à ce qu'il ait passé l'âge dangereux et indiscipliné des passions; on veut qu'il soit de retour à la maison vers vingt et un ans, afin de se marier et d'avoir des enfants. Son père ne peut attendre plus longtemps pour le doter, et sa mère a besoin d'une nouvelle nichée de babys pour en faire ses jouets. De sorte que mon jeune homme, quoi qu'il puisse en résulter, doit

épouser la femme qu'on lui a choisie, dès qu'il a l'âge requis1. Et cependant, ce ne serait pas un mal pour sa santé, pour son talent, ou pour son bonheur, que la chose fût retardée de quelque temps, et qu'on le laissât, pour l'âge et pour l'expérience, prendre quelque avance sur ses enfants. H arrive souvent en effet que les enfants marchent de trop près sur les talons de leur père, et cela contre leur propre intérêt et contre l'intérêt du père. Mais puisque notre jeune homme est sur le point de se marier, il est temps de le laisser à sa maîtresse -.

1. C'est-à-dire la majorité, vingt et un ans en Angleterre comme chez nous.

2. Rousseau, api es avoir reproduit cette phrase de Locke, ajoute : « ... Et là-dessus Locke finit son ouvrage. Pour moi, je n'ai pas l'honneur d'élever un gentilhomme, je me garderai d'imiter Locke en cela.» (Emile, 1. V.) Rousseau aurait peut-être hien fait d'imiter Locke; car le ve livre de l'Emile, intitulé Sophie ou la femme, se perd dans le romanesque et n'est pas digne du reste de l'ouvrage.

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