‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 18 sur 176 · L'AIR · texte numérisé non relu

L'AIR

9. Une autre habitude très favorable à la santé de tout le monde et surtout à la santé des enfants, c'est de rester souvent en plein air, et de se tenir le moins possible auprès du feu, même en hiver. L'enfant s'habituera par là à supporter le froid et le chaud, le soleil et la pluie. Sans cette habitude, l'homme ne saurait attendre de grands services de son corps dans les affaires de ce monde, et, quand on a atteint l'âge mûr, il est trop tard pour s'y faire. Il faut s'y accoutumer de bonne heure et par degrés. C'est en procédant ainsi que le corps s'habitue à tout1. Si je recommandais qu'on laissât l'enfant jouer au vent et au soleil sans chapeau, je doute fort qu'on suivit ce conseil2. On me ferait là -dessus mille objections, qui reviendraient toutes à ceci, c'est que l'enfant aurait le teint brûlé par le soleil. Et cependant, si notre jeune homme reste toujours à l'ombre, si on ne l'envoie jamais au soleil et au vent de peur de lui gâter le tempérament, ce sera sans doute la vraie manière de faire de lui un beau garçon, mais nullement un homme d'action5. Et bien qu'il faille avoir plus

1. Évidemment il est des choses contraires à notre constitution, et auxquelles le corps ne peut s'accoutumer. Goldsmith, dans sou Essai sur l'éducation, n'a pas eu de peine à ridiculiser les exagérations de Locke sur la toute-puissance de l'habitude. « Pierre le Grand, racontet-il, pensa un jour qu'il conviendrait que tous les marins prissent l'habitude de boire de l'eau salée. Aussitôt il promulgua un édit qui ordonnait que tous les apprentis marins ne boiraient désormais que de l'eau de mer. Les enfants moururent tous, et l'expérience en resta là. »

2. « Platon conseille merveilleusement, pour la santé de tout le corps, de ne donner aux pieds et à la teste aultre couverture que celle que nature y a mise. » (Montaigne, I, xxxv.)

3. t Endurcissez l'enfant à la sueur et au froid, au vent, au soleil et aux hasards qu'il luy fault mespriser : ostez luy toute mollesse et délicatesse au vestir et coucher, au manger et au boire : accoustumez le à

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