Voyez Fox [tourne, o/>. cil., t. I, p
vin PREFACE DU TRADUCTEUR.
qui ne fui vraiment troublé par aucune. Locke n'a jamais connu de plaisir plus vif que celui de causer familièrement entre gens polis et de bon ton, qui échangent doucement leurs sentiments et leurs idées. Homme sociable avant toul, causeur aimable et parfois enjoué, il considérait la politesse comme la première des vertus ; et nous devons à son expérience consommée d'homme du monde quelques-unes des pages les plus remarquables du livre des Pensées (Section XXII!) .
Au nombre des personnes que Locke connut à Oxford, et qui exercèrent quelque influence sur la destinée de son esprit, il faut compter Robert Boyle, physicien fort oublié aujourd'hui, mais alors le plus fameux savant de l'Angleterre. Boyle l'initia aux sciences naturelles, et, sous cette impulsion, Locke qui était déjà tout pénétré de l'esprit de Bacon, s'éprit de botanique, de chimie, de médecine; si bien que vers 1665 notre philosophe, que ses fonctions officielles de l'Université semblaient destiner à l'état ecclésiastique, était tout prêt à devenir médecin. Il ne prit pourtant pas ses grades en médecine ; mais la vocation était si forte, la science si incontestable, quoique non contrôlée par des diplômes, qu'il fut, durant le reste de sa vie, le médecin oihcieux, toujours écouté et souvent heureux, de ses amis et de ses protecteurs. Par un étrange caprice de la fortune, le professeur d'Oxford, qui hésitait encore entre la prédication évangélique et l'exercice de la médecine, devint tout à coup un diplomate. En 1665, il suivit àClèves,en qualité de secrétaire, sir Walter Vanes, ambassadeur d'Angleterre auprès de l'électeur de Brandebourg. En 1666, appelé auprès de lord Ashley, le ministre de Charles II, le futur comte de Shaftesbury, pour une opération délicate de chirurgie qui réussit, il devint l'ami, le confident intime, le secrétaire officiel de son client, et associa désormais sa vie à la fortune politique d'un des hommes d'État les plus considérables de ce temps.
Bien que la vie scolaire de Locke ait eu pour dénoue-
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ment cette brusque rupture avec la science et ce passage inattendu aux affaires de la diplomatie et de la politique, il n'en est pas moins certain que l'auteur des Pensées sur l'éducation emporta de son studieux séjour à Oxford des germes d'idées pédagogiques qui devaient fructifier, des principes qu'il ne cessa de méditer et qu'il trouva d'ailleurs l'occasion d'appliquer. Outre l'apprentissage de l'étudiant et la pratique du professeur, outre un contact prolongé avec l'enseignement officiel et classique, Oxford, qui était alors comme aujourd'hui un centre de vie intellectuelle et une petite ville silencieuse et paisible, Oxford lui procura les moyens et lui laissa le loisir de développer librement sa curiosité, en dehors des voies battues, dans l'étude d'un grand nombre de sciences nouvelles. Quand Locke quitta l'Université, il avait acquis le droit de juger, par un commerce intime de treize années, le pédantisme officiel qui n'avait plus de secrets pour lui. 11 avait pu aussi, parle libre essor de ses propres recherches, entrevoir la possibilité d'une réforme de l'instruction. Enfin même, au point de vue de l'éducation morale, ce n'est pas sans profit qu'un homme consciencieux, un homme de devoir, tel que Locke, était devenu, comme tuteur1, le directeur intellectuel, le mentor et le guide de deux ou trois pupilles confiés à ses soins et à sa surveillance.
Rien ne vaut pour former un éducateur l'expérience que garantit et les réflexions que suggère la direction longue-
i. Le tuteur, clans les collèges anglais, était alors un élève plus âgé, auquel on contiait la direction intellectuelle et morale de quelques élèves plus jeunes. Aujourd'hui le tuteur est habituellement un professeur ou répétiteur, et le système tutorial comprend autour de chaque collège un assez grand nombre de maisons particulières, où les écoliers prennent leurs repas, ont leur chambre et vivent de la vie de famille. « Le pupille anglais, dit un professeur d'Éton, s'attache à son tuteur avec un sentiment d'affection et de confiance. Ceux qui voient tous les jours les élèves d'Éton savent que dans leurs doutes, leurs embarras, leurs peines, leur premier mouvement est de dire : « Je parlerai à mon tuteur! »
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ment suivie d'une ou de plusieurs éducations particulières. Que de vérités, et des plus précieuses, ne recueille pas un observateur attentif, auquel il est donné d'assister jour par jour au développement d'un enfant! Voilà pourquoi la paternité est la meilleure des conditions qu'il faille souhaiter à un apprenti pédagogue. Mais à défaut de ses propres enfants, c'est quelque chose d'approchant que d'avoir élevé les enfants des autres ; et Locke, qui n'a pas eu de famille à lui, a du moins trouvé dans les familles amies et hospitalières qu'il fréquentait, des enfants d'adoption, pour ainsi dire, qu'il a aimés, qu'il a vus grandir et dont il a dirigé les études. Sans être leur précepteur officiel, il s'est fait volontairement leur conseiller et leur maître, et c'est en les regardant jouer, en écoutant avec complaisance leur bavardage, en suivant d'un œil sagace les progrès de leur tempérament et de leur âme, qu'il a acquis cette expérience psychologique dont les Pensées sur l'éducation portent la trace à chaque page.
Ce fut d'abord dans la maison de lord Ashley que Locke exerça ces fonctions délicates de pédagogue amateur. Lord Ashley avait un fils d'une santé débile et d'un esprit ordinaire. Locke se chargea d'achever son éducation. « Lorsque Locke entra pour la première fois dans la maison de mon grand-père, raconte le troisième lord Shaftesbury, Shaftesbury l'écrivain, l'auteur des Recherches sur la vertu, mon père était déjà un jeune homme de quinze à seize ans. C'est sur Locke que mon grand-père s'en remit entièrement du reste de son éducation1. » Ce fut à Locke aussi que l'on confia le soin de trouver une femme au jeune comte trop inexpérimenté pour la choisir lui-même ; et du mariage qu'il réussit à assortir naquit en 1671 le troisième lord Shaftesbury.
Shaftesbury a été véritablement l'élève de Locke : politique libéral, et écrivain distingué, il fait honneur à son