‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 21 sur 176 · LES VÊTEMENTS · texte numérisé non relu

LES VÊTEMENTS

nourrices ignorantes ni des faiseurs de corsets) de se mêler d'une affaire qu'ils n'entendent point ; ils devraient craindre de détourner la nature de ses voies, en essayant de façonner eux-mêmes les membres et les organes, alors qu'ils ne savent seulement pas comment est faite la plus petite, la plus simple partie du corps1. Et cependant j'ai vu en si grand nombre des exemples d'enfants auxquels on avait fait beaucoup de mal pour les avoir trop serrés dans leurs vêtements, que je ne puis m'empêcher de conclure qu'il y a d'autres créatures que les singes, qui, avec aussi peu de sagesse, font périr leurs enfants par une tendresse aveugle et en les embrassant trop.

12. Une poitrine étroite, une respiration courte, une mauvaise haleine, des poumons malades, un corps voûté, tels sont les effets naturels et presque constants de l'usage des corsets et des vêtements qui serrent. Les moyens employés pour donner aux enfants une taille fine et svelte ont précisément pour résultat de la leur gâter. En effet, il se fait nécessairement un partage inégal de la nourriture préparée pour les différentes fonctions du corps, quand elle ne peut se distribuer selon le plan de la nature. Et par conséquent comment s'étonner si, la nourriture se portant où elle peut, dans quelque partie du corps moins comprimée, il arrive qu'une hanche ou une épaule soit plus haute ou plus grosse que ne le voudraient de justes proportions? On sait généralement que les Chinois, qui voient

1. M. H. Spencer a vivement critiqué chez les parents l'ignorance de tout de ce qui a rapport aux conditions physiques de la vie. « Les millions d'êtres humains qui sont lues, les centaines de millions qui survivent pour traîner des santés alfaiblies, les millions qui grandissent ivec des constitutions moins fortes qu'elles n'auraient dû l'être, nous ionnent l'idée du mal fait par des parents qui ignorent les lois de la vie. » (Education, etc., ch. i.)

2. Il se produit dans le corps, sous l'effet d'une contrainte partielle. ;e qui se produit dans l'àme sous l'influence d'une culture exclusive : pendant que certains organes se développent, les autres s'atrophient, "est que, comme le dit Gœthe, la nature est un comptable sévère, qui économise d'un côté ce qu'il dépense de l'autre.

en cela je ne sais quel idéal de beauté, parviennent à se rendre le pied très petit en le couvrant dès leur enfance de liens fortement serrés. J'ai vu récemment une paire de souliers chinois, qui, disait-on, étaient faits pour une femme d'un âge avancé: ils étaient à tel point disproportionnés avec le pied d'une femme de notre pays qui serait du même âge, qu'ils auraient pu à peine convenir pour chausser une petite fille. On a remarqué en outre que les Chinoises sont très petites de taille et qu'elles vivent peu ; tandis que les Chinois ont la même stature que les autres hommes et vivent le même nombre d'années. Les infirmités propres aux femmes de ces contrées ont été quelquefois attribuées à leur absurde coutume de comprimer leurs pieds : par là, en effet, la libre circulation du sang est gênée, et le corps entier en souffre dans sa croissance et sa santé. Combien de fois ne voyons-nous pas, lorsque le pied, en quelque endroit, a souffert d'un effort ou d'une blessure, que toute la jambe ou la cuisse s'en ressent, perd ses forces et s'amaigrit! A quels inconvénients plus graves ne doit-on pas s'attendre quand la poitrine, où est placé le cœur, le siège de la vie, est comprimée d'une façon anormale et gênée dans sa libre expansion !

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