‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 25 sur 176 · LES REPAS · texte numérisé non relu

LES REPAS

serait, autant qu'on pourra le faire commodément, de oe

pas les fixer toujours à une même heure1. En effet si l'habitude est prise de manger à des intervalles parfaitement réglés, l'estomac réclamera des aliments à l'heure ordinaire ; l'enfant sera de mauvaise humeur, si l'heure passe sans qu'il ait mangé, et son estomac, ou bien sera en proie à un violent accès de faim, ou bien s'engourdira dans un manque complet d'appétit. Je voudrais donc qu'il n'y eût pas d'heure fixe pour son déjeuner, son dîner et son souper, et qu'au contraire on changeât l'heure de ses repas presque chaque jour. Si, dans l'intervalle des repas proprement dits, l'enfant demande à manger, donnez-lui, aussi souvent qu'il le voudra, des morceaux de pain sec. Si quelqu'un s'imaginait qu'un pareil régime est trop sévère ou insuffisant pour un enfant, qu'il sache bien qu'un enfant ne mourra jamais de faim ni ne dépérira par inanition, lorsque, outre la viande au diner, le potage, ou quelque autre chose au souper, on lui donnera encore à discrétion, et aussi souvent qu'il aura faim, du bon pain et de la bière 2. C'est ainsi, en effet, que je juge après réflexion qu'on devrait régler la nourriture des enfants. Le matin est généralement destiné à l'étude, et un estomac trop chargé prépare mal au travail de l'esprit. Le pain sec est la meilleure des nourritures; c'est en même temps celle qui excite le moins de tentations. Tous les parents soucieux de la santé physique et morale de leurs enfants, et qui désirent qu'ils ne soient ni inintelligents, ni maladifs, ne doivent pas permettre qu'ils aient l'estomac allourdi après

1 . Fénelon dit tout au contraire : « Ce qui est le plus utile dans le? premières .innées de l'enfant..., c'est de régler ses repas, en sorte qu'il mange toujours à peu près aux mêmes heures » {Éducation des filles). Les médecins et les pédagogues modernes sont du même avis que Fénelon. La régularité dans les repas est une condition des bonnes digestions.

2. Môme en Angleterre, où l'usage de la bière est si général, on a critiqué cette opinion de Locke. Dans nos pays il est évident qu'il faut se garder de donner à l'enfant l'habitude de la bière.

leur déjeuner. Et qu'on n'aille pas croire que ce traitement ne convient pas à un enfant riche et de bonne famille. 11 faut qu'à tout âge le gentleman suive un régime qui le prépare à porter les armes et à être soldat. Les parents qui de notre temps élèvent leurs fils comme s'ils étaient destinés à rester oisifs toute leur vie, dans l'abondance et dans la jouissance des richesses qu'ils ont l'intention de leur laisser, ne réfléchissent pas aux exemples qu'ils ont eus sous les veux ni au siècle où nous vivons1.

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