INFLUENCE DU MILIEU
trouver quelque chose d'assez exquis, d'assez délicat, qui triomphe de ce défaut d'appétit, que la nature a sagement placé au début des maladies, comme un moyen d'en empêcher l'accroissement : afin que, débarrassée du travail ordinaire de la digestion et déchargée de tout nouveau poids sur l'estomac, elle puisse à loisir corriger et maîtriser les humeurs peccantes1.
Lors même que les enfants sont assez heureux pour avoir des parents avisés, dont la prudence les préserve des excès de leur table et les soumet à la sobriété d'un régime simple et frugal, il est difficile que leur esprit échappe aux influences empoisonnées qui le corrompent. Grâce au régime sobre qu'ils suivent lorsqu'ils sont surveillés, leur santé peut être garantie ; mais leurs désirs en général doivent nécessairement se conformer aux leçons d'épicurisme qu'on leur donne partout sur ce sujet. L'éloge que l'on fait partout devant eux de la bonne chère ne peut manquer d'être le stimulant actif d'une passion d'ailleurs naturelle, et de les disposer bien vite à aimer une table bien servie, quelque dispendieuse qu'elle soit. N'est-ce pas là, en effet, ce que tout le monde, même ceux qui réprouvent ce vice, appellent bien vivre? Qu'est-ce qu'une raison chagrine pourrait objecter contre le témoignage général de l'opinion publique? Peut-on espérer qu'elle sera entendue, si elle dénonce ces habitudes comme des habitudes de luxe, alors que le luxe est si fort applaudi et universellement en honneur chez les gens de qualité?
C'est maintenant un vice si invétéré, et qui a de si puissants partisans, que je ne sais s'il ne prétend pas même au titre de vertu, et si on ne passerait point pour fou ou pour ignorant des choses du monde, à vouloir seulement ouvrir la bouche pour l'attaquer. Et je soupçonne que mes discours sur ce sujet pourraient bien être critiqués comme une
1. Expression de la vieille physiologie. Les humeurs peccantes sont allées rejoindre les esprits animaux.
petite satire étrangère à mon propos, si je n'en avais parlé avec l'intention d'exciter et d'accroître le soin et la vigilance des parents dans l'éducation de leurs enfants, en leur faisant voir combien ils sont assiégés de tous côtés, non seulement par des tentations propres à les corrompre, mais par des professeurs de vice, qui peut-être se rencontrent précisément parmi les personnes qu'ils considèrent comme les garants de leur sécurité1.
Je ne veux pas m'étendre plus longtemps sur ce sujet, encore moins insister sur tous les détails qui montreraient quel mal on se donne pour gâter les enfants et leur inculquer les principes du vice; mais je prie les parents de considérer sérieusement s'il y a un seul vice ou un seul défaut qu'on n'enseigne pas aux enfants, et s'il n'est pas de leur devoir et de leur sagesse de leur procurer d'autres enseignements.