LES RÉCOMPENSÉS
So. Oui, je l'avoue, les récompenses et les punitions doivent être employées avec les enfants, si l'on veut agir sur eux. Mais l'erreur que je combats, c'est qu'à mon avis on choisit mal celles que l'on met généralement en usage. Les plaisirs et les peines du corps sont, je crois, d'un funeste effet, quand on en l'ait des récompenses et des punitions destinées à assurer l'autorité des parents sur leurs enfants; par là, comme je l'ai dit plus haut, on ne l'ait qu'augmenter l,i force de ces inclinations qu'il s'agit précisément de dominer et de maîtriser l. Quel principe de vertu avez-vous jeté dans l'esprit d'un enfant, si vous ne parvenez à le détourner de désirer un plaisir qu'en lui proposant un autre plaisir? Vous ne faites ainsi que donner plus de force à ses appétits et égarer son désir sur un grand nombre d'objets. Si un enfant crie pour avoir un fruit malsain et dangereux, vous essayez de le faire tenir tranquille en lui donnant une sucrerie plus inoffensive. Par là peut-être vous préservez sa santé, mais vous gâtez son esprit, vous le précipitez dans un plus grand désordre encore. Ici en effet vous changez seulement l'objet; vous n'en flattez pas moins ses appétits; vous lui permettez de se satisfaire, etc'estlà, comme je l'ai montré, la racine du mal. Jusqu'à ce que vous l'ayez mis en état de supporter le refus de cette satisfaction, vous pouvez avoir réussi à le rendre pour le moment sage et tranquille, mais vous n'avez pas guéri la maladie. Par cette manière de procéder, vous fomentez, vous caressez en lui l'instinct qui est la source d'où jaillissent tous les maux, et vous pouvez être certain qu'à la première
teste avec force : « De toutes les facultés de l'homme la raison esL celle qui se développe le plus difficilement et le plus tard, et c'est de celle-là qu'on veut se servir pour développer les premières! Le chef-d'œuvre d'une bonne éducation est de faire un homme raisonnable, et l'on prétend élever un enfant par la raison!... La nature veut que les enfants soient enfants avant que d'être hommes. »
1. Locke insiste à satiété sur cette idée qui r.e tau fpas dans la discipline exciter les inclinations que l'éducation a pour but de comi i omme, par exemple, l'amour du plaisir.
occasion cet instinct éclatera de nouveau avec plus de violence, lui inspirera une plus ardente passion et vous causera plus d'ennui.