‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 63 sur 176 · Voyez plus loin. .3 fti · texte numérisé non relu

Voyez plus loin. .3 fti

2. Locke se fait vraiment la partie trop belle. Personne n'a songé à faire consister les avantages de l'éducation publique précisément dans les défaut^ qui résultent nécessairement de la réunion d'un grand nombre d'élèves.

5. Ceci est absolument faux. Nous ne contestons pas les défauts et les inconvénients des internats: mais il y a une qualité au moins qu'ils oui seuls le privilège de développer, c'est la virilité. Comme le dit M™6 Necker de Saussure : « L'éducation publique où l'on gouverne par des lois immuables est plus favorable au développement de l'énergie que l'éducation domestique. •

4. Affirmation contestable. Au point de vue des études, l'éducation publique qui excite l'émulation, qui a recours à un grand nombre de maîtres, a des avantages évidents sur l'éducation domestique.

l'œil ouvert sur ses soixante ou cent élèves en dehors des heures de classe qui les réunissent tous. On ne peut espérer qu'il réussisse .à leur apprendre autre chose que ce qui est contenu dans leurs livres d'études. Pour former leur esprit et leurs manières, il faudrait une attention constante, et des soins particuliers donnés à chaque enfant : ce qui est impossible avec une population scolaire aussi nombreuse; ce qui d'ailleurs serait sans résultat (à supposer que le maître eût le temps d'étudier et de reprendre les défauts individuels et les inclinations mauvaises de chaque écolier), puisque l'enfant, durant la plus grande partie des vingt-quatre heures de chaque jour, est nécessairement livré à lui-même ou à l'influence pernicieuse de ses camarades, influence plus forte que toutes les leçons du maître1- Mais les parents, ayant remarqué que la fortune accorde le plus souvent ses faveurs aux hommes intrigants et hardis, se réjouissent que leurs enfants aient de bonne heure de la vivacité et une humeur entreprenante. Us y voient un heureux présage qui leur promet des hommes à succès; ils regardent avec complaisance les tours qu'ils jouent à leurs camarades ou qu'ils apprennent d'eux, comme si par là ils faisaient un progrès dans l'art de vivre et de réussir dans le monde. Mais je prendrai la liberté de dire que la vertu et la bonne éducation sont les seuls principes sur lesquels un père puisse faire reposer la fortune de son fils, s'il veut prendre la bonne voie et celle où le succès est vraiment certain. Non, ce ne sont pas les espiègleries et les malices en honneur parmi les écoliers, ni leurs manières grossières, ni leur adresse à s'entendre pour dévaster un verger, qui font un habile homme ; ce sont les principes de justice2, de générosité et de tempérance joints

1. L'instinct d'imitation porte l'enfant à imiter ceux qui le touchent de près, ceux avec lesquels il sympathise le plus par l'âge, par le caractère, par la condition. Par suite, l'exemple des camarades est plus puissant que l'exemple du maître.

2. C'est cependant au collège, ce semble, et dans la vie commune

LA CAMILLE Kl II. COLLÈGE. 0\

à la réflexion et à l'activité, qualités que les écoliers ne me paraissent guère apprendre les uns des autres. Et si un jeune huinnie élevé chez lui n'est pas pins instruit dans ces vertus-là qu'il ne le serait au collège, j'en conclurai que son père n'a pas été fort heureux dans le choix de son précepteur. Prenez un enfant dans les premiers rangs d'une classe de grammaire, et un autre enfant du même âge élevé comme il a dû l'être dans la maison de son père ; introduisez -les tous deux dans la bonne société : et voyez quel est celui qui a le plus les manières d'un homme et qui s'adresse aux étrangers avec le plus d'aisance1. J'imagine que l'assurance prétendue de l'écolier ou bien le compromettra ou bien lui fera défaut; et s'il ne peut en faire usage que dans une conversation d'enfants, mieux vaudrait qu'il n'en eût pas.

Le vice, si nous en croyons les plaintes générales, se développe si vite de notre temps, et grandit de si bonne heure chez les jeunes gens, qu'il est impossible de protéger un garçon contre la contagion envahissante du mal, si vous l'abandonnez à lui-même dans un troupeau d'enfants, et si vous laissez au hasard ou à son inclination le soin de choisir ses compagnons. Par quelles causes fatales le vice, dans ces dernières années, a fait de si grands progrès parmi nous, et par les mains de quels hommes il a été élevé à cette domination souveraine, que d'autres le recherchent. Pour

que l'eniant peut le mieux s'initier à la pratique de la justice. Sans souscrire aux inventions ridicules de quelques pédagogues qui, comme l'abbé de Saint-Pierre, veulent que les enfants se rendent la justice' à eux-mêmes, qu'ils forment des tribunaux chargés déjuger les défauts de leurs camarades (cela a été pratiqué dans les écoles d'enseignement mutuel), il est permis de croire que l'école est un apprentissage des vertus sociales.

1. Il semble que Locke ait ici un ressouvenir de la délicieuse scène où Rabelais met en présence Gargantua et Eudémon: Gargantua l'élève des anciennes méthodes, bourré de latin et de logique, mais incapable de figurer dans une conversation, el Eudémon qui, élevé par d'autres méthodes, <• la face ouverte, les yeute asseurez ■■■ n'éprouve dans le monde aucun embarras.

moi. ce que je désire, c'est que les personnes qui se plaignent de la décadence de la piété chrétienne et en général de toutes les vertus, et aussi de l'insuffisance de l'instruction, du manque de savoir qui caractérise les jeunes gens de cette génération, fassent un effort pour chercher les moyens de rétablir toutes ces qualités avec les générations suivantes. Et je suis assuré que si le fondement de cette réforme ne repose pas sur l'éducation de la jeunesse et sur les bons principes qu'on lui donne, tous les autres efforts seront superflus1. Si l'on ne prend pas soin de préserver l'innocence, les mœurs sobres et l'activité des générations nouvelles, il serait ridicule d'espérer que ceux qui doivent nous succéder sur la scène du monde seront abondamment pourvus de ces qualités d'habileté et de science qui, jusqu'à ce jour, ont fait à l'Angleterre une place considérable dans le monde. J'allais ajouter le courage à cette liste de qualités, mais il a toujours été regardé comme l'apanage naturel de notre nation. Cependant, ce qu'on a raconté de quelques affaires maritimes qui se sont accomplies récemment, dans des conditions inconnues à nos ancêtres s, me donne l'occasion de dire que la débauche est le tombeau du courage, et que, des mœurs dissolues ayant une fois étouffé le vrai sentiment de l'honneur, la bravoure ne peut guère se maintenir dans les cœurs des hommes. Je pense qu'il serait impossible de citer un seul exemple d'une nation qui, quelque fameuse qu'elle fût par son courage, ait conservé son crédit militaire et soit restée redoutable à ses voisins, une fois que la corruption y a

1. Locke, on le voit, attribue à l'éducation une haute influence sur les destinées des peuples. Sur ce point il était d'accord avec son contradicteur Leibnitz qui disait lui, aussi, que les maîtres de l'éducation tiennent dans leurs mains l'avenir du monde.

2. Locke écrivait ceci pendant la guerre que l'Angleterre soutenait contre la France et qui se termina en 1697 par la paix de Ryswick. Dans son patriotisme froissé et inquiet, il fait allusion sans doute aux défaites que les Anglais avaient subies, notamment en 1690, à Beachy- Head, où Tourville mit en déroute la flotte anglo-hollandaise.

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