L'AMOUR DE LA VEKTU. M
brisé et dissous les ressorts de la discipline, et que le vice y .1 grandi au point d'oser se montrer à visage découvert et sans perdre contenance.
C'est donc la vertu, la vertu seule, qui est la chose difficile et essentielle dans l'éducation, et non une pétulance hardie ou quelques légers progrés dans l'art de se tirer d'affaire. Toute autre considération, toute autre qualité doit céder le pas à la poursuite de la vertu. C'est là le bien solide et substantiel, dont le précepteur doit faire l'objet de ses leçons et de ses entretiens. Que l'éducation emploie tout son art et toutes ses forces à en enrichir l'esprit; qu'elle s'attache à ce but, et qu'elle ne se relâche pas sur ce point jusqu'à ce que le jeune homme ait réellement acquis le goût de la vertu, et qu'il place en elle sa force, sa gloire et son plaisir.
Plus un enfant aura fait de progrés dans la vertu, et plus il aura d'aptitudes à acquérir les autres qualités. Une fois disposé, en effet, à se soumettre aux lois de la vertu, il n'y a plus à craindre qu'il se montre réfractaire ou rétif dans l'accomplissement de ses autres devoirs. Voilà pourquoi j'accorde toutes mes préférences à l'éducation domestique qui se fait sous les yeux du père, avec l'aide d'un bon gouverneur; c'est le meilleur moyen et le plus sûr d'atteindre la grande fin de l'éducation, toutes les fois que la chose est possible et qu'on suit d'ailleurs les bonnes méthodes. 11 est rare qu'une maison ne soit pas fréquentée par un grand nombre de personnes: le père habituera son fils à toutes les physionomies qui se présentent, et, dans la mesure du possible, il le mettra en rapport avec des hommes de talent et de bonne éducation. Et je ne vois pas pourquoi, si l'on habite la campagne, on ne prendrait pas les enfants avec soi, quand on rend à ses voisins des "visites de politesse. Ce que je sais bien, c'est qu'un père qui élève son fils chez lui a plus d'occasions de l'avoir dans sa compagnie, de lui donner des encouragements quand il le juge à propos, de le garantir du contact dangereux des domestiques et
des personnes de condition inférieure, qu'il ne pourrait le faire si son enfant était élevé au dehors. Je reconnais qu'il appartient aux parents de prendre une décision sur ce ppint, d'après leurs convenances, et en tenant compte des circonstances1. Je crois seulement que c'est pour un père un calcul bien mauvais de ne pas se gêner un peu pour l'éducation de son fils : car l'éducation, dans quelque situation de fortune qu'il soit placé, est la meilleure part de l'héritage qu'il lui laissera. Que si, après loul, certaines gens croient que l'éducation domestique a le tort de ne pas assurer à l'enfant assez de relations sociales, et que l'éducation publique lui en donne ordinairement qui ne conviennent pas à un jeune gentleman, il y aurait encore moyen, je crois, d'éviter les inconvénients que l'on rencontre de l'un et de l'autre côté2.