LES ETUDES NECESSAIRES
dans l'intérieur, pour qu'il fasse simplement connaissance avec l'appartement, sans songer à s'y installer. 11 faudrait blâmer un précepteur qui retiendrait trop longtemps et qui pousserait trop avant sou élève dans la plupart de ces études. Il en est autrement pour la bonne éducation, la connaissance du monde, la vertu, l'activité, l'amour de la réputation : de tout cela on ne s'occupera jamais trop, et si le jeune homme possède ces qualités, il n'aura pas de peine à acquérir des autres tout ce qu'il en désirera et tout ce qui lui sera nécessaire1.
Puisqu'il faut renoncer à l'espoir de trouver assez de temps et assez de force pour enseigner toutes choses, réservons nos efforts pour les études les plus nécessaires ; et surtout ayons les yeux fixés sur ce qui dans la vie sera le plus utile à notre élève.
Sénèque se plaint déjà que de son temps on procédât d'une tout autre façon, et cependant les Burgersdiciusetles Scheiblers 2 ne fourmillaient pas dans son siècle comme dans le nôtre. Qu'aurait-il pensé, s'il avait vécu de nos jours, dans un temps où les précepteurs s'imaginent que leur grande affaire est de farcir la tète de leurs érèves de livres pareils à ceux-là? 11 aurait eu plus de raison encore de s'écrier : Non vitœ, sed scholce discimns*, « nous apprenons non à vivre, mais à disputer», et notre éducation nous prépare pour l'université plus que pour le monde4. Mais il ne faut pas être surpris que ceux qui font la mode, l'adaptent à ce
i. Locke en d'autres termes veut que les études du jeune homme développent ses facultés ; qu'il sorte du collège moins instruit que désireux de s'instruire. Sans doute le résultat le plus précieux de l'enseignement est déformer un esprit actif, éveillé, capable d'apprendre; nuis il ne faut pourtant pas dédaigner et négliger, autant que le suggère Locke, les connaissances positives qu'un jeune homme peut acquérir dès le collège.
2. Burgersdicius et Scheibler, fort inconnus aujourd'hui, étaient les auteurs de traités de logique et de métaphysique, très répandus dans les écoles au temps de Locke.