‹ Quelques pensées sur l'éducationChapitre 91 sur 176 · Sénèque, lettre CVI · texte numérisé non relu

Sénèque, lettre CVI

4. C'est le cri universel de tous les réformateurs de la pédagogie.

qu'ils savent et non aux besoins réels de l'élève. La mode une fois établie, qui donc s'étonnerait que dans les études comme dans tout le reste elle exerce un souverain empire, et que la majorité de ceux qui trouvent leur compte à ce qu'on la suive exactement, soient prêts à crier à l'hérésie, dès que quelqu'un prétend s'en écarter1? C'est néanmoins un sujet d'étonnement pour nous que des hommes de condition et de talent se laissent à ce point égarer par la coutume et par une foi aveugle. La raison, s'ils la consultaient, leur dirait que leurs enfants doivent employer leur temps à acquérir les qualités qui leur seront utiles dans la vie, plutôt qu'à se bourrer la tête de toute cette friperie de connaissances, à la plus grande partie desquelles ils ne penseront plus pendant le reste de leur existence; à tout le moins ils n'auront pas besoin d'y penser, de sorte que tout ce qu'ils en retiennent ne sert qu'à les rendre pires.

C'est une chose si certaine que j'en appelle aux parents eux-mêmes qui se sont mis en frais pour procurer toute cette science à leurs jeunes héritiers : n'est-il pas vrai que leurs fils se rendraient ridicules dans le monde, s'ils laissaient seulement voir qu'ils possèdent quelque teinture de ces connaissances? S'ils veulent en faire montre, cela ne diminuera-t-il pas leur crédit dans la société, en les rendant désagréables- ? La belle, l'admirable acquisition vraiment, bien digne d'être comprise dans le pian de l'éducation, qu'une science dont les hommes rougissent de se parer, dans les occasions où ils ont le plus intérêt à montrer leurs talents et leur mérite !

Il v a une autre raison encore pour exiger avant tout du

1. Observation très juste. Il est difficile de demander à des maîtres vieillis dans l'enseignement d'une science de se désavouer eux-mêmes, en condamnant celte science. Voilà pourquoi il est presque impossible qu'une corporation enseignante se réforme elle-même.

2. Locke exagère. On ne se rend ni ridicule, ni désagréable dans le monde, en montrant à l'occasion ses connaissances littéraires et historiques.

QUALITES NÉCESSAIRES l)TN GOUVERNEUR. 1-il

gouverneur la politesse des manières, et la connaissance du monde. C'est qu'un homme, qui a de la maturité et du talent, peut conduire un enfant assez loin dans lessciences. même quand il ne les a pas approfondies lui-même1. Pour cela les livres lui suffiront et lui garantiront assez de lumières, assez d'avance, pour qu'il puisse guider le jeune esprit qui le suit-. Mais il ne sera jamais capable de former son élève à la connaissance du monde, et surtout de lui donner une bonne éducation, s'il n'est lui-même qu'un apprenti dans ces matières.

C'est là une connaissance qu'il doit posséder par luimême, qu'il doit s'être appropriée par l'usage et par la conversation, en se formant lentement d'après ce qu'il voit pratiquer et observer dans la meilleure société. S'il ne possède pas cette science dans son propre fonds, il est impossible qu'il l'emprunte d'ailleurs pour le service de son élève ; car à supposer qu'il puisse trouver des traités bien faits de civilité, qui contiennent toutes les règles particulières de la conduite d'un gentleman, ses mauvais exemples, s'il est lui-même mal élevé, détruiront tout l'effet de ses leçons. Il est impossible, en effet, qu'un homme soit pcli et bien élevé, s'il n'a fréquenté que de mauvaises compagnies.

Si je parle ainsi, ce n'est pas que j'imagine qu'on puisse rencontrer tous les jours des gouverneurs de ce caractère, ou se les procurer aux conditions ordinaires. Mais je prétends que les parents qui sont en état de le faire ne doivent épargner ni les recherches, ni l'argent, pour une affaire de cette importance. Quant à ceux à qui leur conditionne permet pas de dépasser le prix ordinaire, ils doivent cepen-

1 II ne faudrait pas abuser de ce précepte qui nous conduirait t on I droit au paradoxe de Jacolot « : Tout homme peut enseigner et même enseigner ce qu'il ne sait \<n< lui-même. »

2. Locke a l'air de croire que le maître peut enseigner ce qu'il apprend au jour le jour. C'est une grave erreur.

dant se rappeler ce qu'il faut surtout avoir en vue dans le choix du gouverneur, auquel ils confient l'éducation de leurs enfants, et de quoi il importe qu'ils se préoccupent principalement eux-mêmes, tant qu'ils les ont sous leur garde, et qu'ils ont occasion de les observer. Qu'ils ne s'imaginent pas que toute l'éducation consiste dans l'étude du latin et d'une langue étrangère, ou de quelques systèmes arides de logique et de philosophie.

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