CHAPITRE III
ANALYSE IMMÉDIATE DES GRAISSES QUI SONT PRINCI- PALEMENT FORMÉES DE STÉARINE ET d’oLEINE , ET PRÉPARATION DE CES DEUX SUBSTANCES.
-Jio. Les graisses dont je vais parler dans ce chapitre sont celles d’homme, de porc, de jaguar, d’oie, de bœuf, et de mouton.
711. Pour analyser les cinq dernières, on les traite dans un matras à long col par l’alcool bouillant. En supposant que celui-ci ne soit pas en quantité suffisante pour dissoudre la totalité de la graisse, voici ce qu’on observe : il se dissout une combinaison d’oléine et de stéarine , dans laquelle la première est à la seconde dans un rapport plus grand que dans la graisse que l’on traite par l’alcool, et il reste conséquemment une combinaison indissoute de stéarine et d’oléine, dans laquelle la première est à la seconde dans une proportion plus grande que dans la graisse. Si on laisse refroidir, la matière indissoute se fige, et se moule bientôt sur le fond du matras; et au bout de quelques heures la combinaison dissoute se réduit en deux autres combinaisons , l’une avec excès d’oléine qui reste
dans l’alcool, l’autre avec excès de stéarine qui s’en précipite : au bout de vingt-quatre heures, on agite la liqueur afin que la combinaison qui s était déposée de i alcool soit suspendue dans le liquide ; on jette ensuite promptement ce dernier sur un filtre. La graisse indissoute moulée sur le matras î’este dans ce vaisseau ; on la traite de nouveau par l’alcool , et cela jusqu’à ce que tout ait été dissous, et on jette sur le filtre, après chaque traitement ,
1 alcool refroidi et agité. On obtient par ce moyen , i° des liquides alcooliques refroidis; 20 de la stéarine retenant de 1 oléine, qui s’est déposée de l’alcool bouillant par le refroidissement.
7! 2. On les fait évaporer doucement, et on ajoute de l’eau quand on a chassé les f de l’alcool environ : on a par ce moyen un liquide aqueux , et de Yoléine retenant de la stéarine .
710. Apiès avoir séparé 1 oleine dip liquide aqueux, on l’agite avec beaucoup d’eau afin de la laver, puis on la recueille dans un petit vase que 1 on expose à une température suffisamment basse poui déterminer la congélation d’uiie portion de matière qui est principalement formée de stéarine. °n sépare ensuite celle-ci de la partie fluide en filtrant dans du papier joseph ; on expose successif vement la partie fluide a des températures de plus en plus basses, et on filtre après chaque exposition au froid. On finit par obtenir une oléine fluide à
0? et même au-dessous.
Stéarine retenant de l’oléine qui s’est déposée de l’alcool par le refroidissement.
Liquide aqueux obtenu de la graisse de porc.
HV. III, Cil AP. III.
714* Pour l’obtenir à l’état de pureté , ou approchant de cet état, il faut la redissoudre dans l’alcool chaud, faire refroidir la liqueur, la filtrer, recueillir le précipité et le soumettre à de nouveaux traitements jusqu’à ce qu’on ait une stéarine dont la fusibilité reste constante.
715. L’analyse de la graisse d’homme et des graisses qui ont a peu près le même degré de fusibilité se fait de la manière suivante : on les expose d abord au froid ; il se concrète de la stéarine retenant de 1 oleine ; on jette cette matière sur un fntie ; on expose la liqueur filtree au froid pour en séparer encore de la stéarine :par ce moyen, on obtient de 1 oleine sans 1 intermede de l’alcool. Quant à la stéarine, on l’extrait, au moyen de l’alcool, de la matière concrète restée sur les filtres.
716. J’examinerai dans le livre suivant les propriétés des oléines et des stéarines extraites de diverses graisses. Je rapporterai seulement ici les observations que j ai faites sur les liquides aqueux (712) provenant des analyses de ces graisses.
717. Quoiqu’il eût été filtré plusieurs fois, il était légèrement trouble ; concentré , il avait une odeur et une saveur nauséabondes que je ne puis comparer qu’à celles de la bile. Après l’avoir fait concentrer davantage , on l’a filtré et on a séparé la petite quantité de graisse qui en altérait la transparence. On a fait évaporer doucement la liqueur filtrée en consistance sirupeuse, et on l’a privée ainsi de son
odeur et de sa saveur nauséabondes ; d’où il suit qu’un principe volatil était la cause de ces propriétés. Ce principe existerait-il dans la bile? Le résidu de 1 évaporation pesait os,o5, la quantité de graisse analysée était de 866 ; ce résidu était jaune , il n etait ni acide ni alcalin ; sa saveur était piquante et salee. Il était soluble dans l’eau et dans l’alcool; il ne contenait pas de glycérine ; il a laissé un résidu formé de chlorure de sodium , de sous-carbonate de soude, et d’atomes de sous-carbonate de chaux et d’oxyde de fer.
P 1 ^ exhalait 1 odeur de la bile comme le pré-
cédent; il a donné un extrait jaune et amer. Celui qu’on a obtenu du premier lavage alcoolique de la graisse était alcalin ; celui qu’on a obtenu du dernier était acide : il contenait de plus une trace d huile empyreumatique.
Liquide aqueux de la graisse, humaine.
719. Il avait une odeur désagréable; il contenait de la matière jaune, amère, huileuse, et à ce qu’il m’a paru un peu d’acide acétique.
720. Il était absolument inodore, et ne contenait qu’un atome de matière soluble dans l’eau.
721. Il n’exhalait pas l’odeur de la bile, mais il donnait un extrait acide semblable à celui obtenu du dernier lavage alcoolique de graisse d’homme (7 >8)-
722. Il était roux, alcalin; il contenait un peu de chlorures de potassium et de sodium.
72Ü. J ai distillé de l’alcool qui avait servi aux
Liquide aqueux de la graisse de jaguar.
Liquide aqueux de la graisse d’oie.
Liquide aqueux de la graisse de mouton.
Liquide aqueux de la graisse de bœuf.
24$ LIV. III, Cil A P. III.
analyses des graisses dont j’ai parlé, dans l’intention de savoir si le produit contiendrait quelque substance odorante particulière ; mais je n’ai rien obtenu de notable, si ce n’est de l’alcool qui avait servi à l’analyse de la graisse de mouton ; ce liquide a donné un produit qui avait une légère odeur de chandelle, parce que l’air avait agi sur la stéarine.
724* J’ai eu l’occasion de traiter des graisses de mouton et de bœuf qui coloraient l’alcool en bleu. Elles devaient cette propriété à une substance étrangère à la stéarine et à l’oléine qui les constituent.