PREPARATION DES ESPECES DE CORPS GRAS
i 102. En chimie végétale ou animale, un composé organique est considéré comme une espèce de principe immédiat , lorsqu on ne peut en séparer plusieurs sortes de matières sans en altérer évidemment la nature (a). Mais les principes immédiats organiques étant presque toujours des composés ternaires ou quaternaires , et leurs éléments ayant une disposition marquée à former des combinaisons plus simples que celles qu’ils constituent actuellement , il est difficile de s’assurer si une substance organique qu’on examine doit être considérée comme une espèce de principe immédiat , ou comme une réunion de plusieurs espèces. En effet les moyens énergiques, si propres à dévoiler la nature des matières inorganiques, sont exclus de 1 analyse organique immédiate ; et s’il est nécessaire de soumettre cette substance organique à l’action de corps susceptibles de s’y combiner, afin de savoir si dans les combinaisons quelle produit elle agit en conservant toutes les propriétés qu elle avait avant la combinaison , il faut que ces corps ne puissent changer l’équilibre des éléments qui la forment. Cette condition limite
Le nombre des réactifs qu’on emploie dans l’analyse organique est très petit.
LTV. VI. PRÉPARATION
Manière dont j’applique les dissolvants aux matières organiques.
extrêmement le nombre des réactifs qu’on peut employer ; les acides et les alcalis n’étant susceptibles de l’être que quand ils sont étendus d’eau, et leur usage étant encore presque toujours borné au cas où l’on agit sur des principes immédiats doués de l’alcalinité ou de l’acidité , il ne reste guère à la disposition du chimiste que l’action du froid ou plutôt celle de la force de solidité des substances exposées à des températures plus ou moins basses , et l’action dissolvante de l’eau , de l’alcool et de l’éther. C’est à lui à tirer le meilleur parti de ces moyens d’analyse, en variant les circonstances où il place les corps qu’il cherche a décomposer.
iio5. Ces considérations étaient nécessaires, i° pour donner une idée juste de la manière dont j’applique les dissolvants aux matières organiques , soit pour les réduire en plusieurs principes immédiats , soit pour savoir si une substance organique doit être considérée comme une espèce pure ou comme une réunion de plusieurs espèces, 2° pour
faire sentir toute l’importance que mérite le mode d’opérer que je propose, ce qui peut être exprimé en principe de la manière suivante :
i i o'\ . Onprend un poids déterminé d’une substance organique A qui exige i oo parties d’un liquide B pour être dissous. On met ce poids avec îo parties du liquide B. Lorsqu’on juge que la solution est saturée , on la décante , et on verse sur le résidu îo parties de
' • 0n ohtient une seconde solution, qu'on décante comme la première. On continue d’opérer ainsi jus-
qu a ce (!ue la substance A soit entièrement dissoute ,
ou jusqu à ce quelle cesse de céder quelque chose au liquide B.
Enfin, on traite la substance A de la même manière par des liquides C , D , E , etc,
i i o5. 11 peut se présenter deux cas :
• io6. La substance A ne sera pas dissoute en totalité , ou , si elle l’est , toutes les solutions quelle aura données successivement ne seront pas identiques ; elles différeront par la proportion de la mat.ere dissoute, par la couleur, par l’odeur, etc.
Dans ce cas la substance A ne sera pas une espèce puie , il faudra chercher à en séparer les principes immédiats en soumettant le résidu des dissolutions partielles évaporées aux mêmes traitements que la substance A elle-même. .
1107. Toutes les solutions que la substance A Second™, aura fournies avec un même liquide seront identiques. Des lors elle se sera comportée comme une espèce, et la probabilité qu’on aura pour la considérer comme telle sera d’autant plus grande que
la substance aura été soumise à l’action d’un plus grand nombre de dissolvants, et à l’action d’un meme dissolvant dans un plus grand nombre de circonstances variées.
1108. On voit donc que. dans la chimie organique, pour établir l’existence d’un principe immédiat
LTV. VT. PRÉPARATION
comme espèce, on suit la même marche que clans la chimie inorganique lorsqu’on établit qu’un corps doit être considéré comme simple. Il est évident que , dans les deux cas, la conclusion à laquelle on est conduit est celle de l’ expérience , et cja on ne la considère pas comme absolue , mais bien comme relative aux moyens employés. Toute la différence qu’il y ait, c’est que, dans l’analyse inorganique, les circonstances où les corps peuvent être placés sont beaucoup plus variées; et que, non seulement on est maître de faire agir la chaleur et l’électricité avec toute l’énergie qu’on leur connaît pour dissocier les éléments de la matière , mais qu’avec leur action on peut encore faire concourir celle des affinités les plus fortes, telle que les affinités d’un eomburent, d’un combustible, d’un acide et d’un alcali , au lieu que dans l’analyse organique on ne fait guère agir que des dissolvants neutres à des températures peu élevées.
1 109. La méthode que j’ai suivie est applicable à l’essai des principes immédiats qui ne sont ni acides ni alcalins , ainsi qu’à l’essai de ceux qui sont doués de l’une ou l’autre de ces propriétés. Les essais qu’on fait sur les principes immédiats acides ou alcalins sont plus multipliés que ceux qui peuvent être tentés sur les principes immédiats neutres, par la raison qu’en unissant une matière organique successivement à plusieurs bases si elle est acide , ou successivement à plusieurs acides si
DES ESPÈCES DE CORPS GRAS. 4o5
elle est alcaline , on multiplie ainsi les circonstances dans lesquelles on peut faire agir un même dissolvant sur une même matière. Enfin la méthode
est applicable au cas où Ion fait agir les dissolvants dans mon cligesteur distilla toire.
1110. Puisqu’il est aussi impossible de s’assurer qu’une substance organique est une espèce , qu’il l’est de s’assurer qu’un corps que nous appelons simple est réellement un élément, et cependant comme la chimie organique approchera d’autant plus de la perfection , que nous aurons plus de raisons de croire que les principes immédiats qui passent pour des espèces , en sont véritablement , il est utiie d exposer ici les propriétés d’après lesquelles on distingue les principes immédiats en espèces , et de discuter la valeur de ces propriétés comme caractères distinctifs.
1111. Toutes les propriétés dont je veux parler peuvent composer quatre ordres de caractères :
i° La composition ;
2° Les propriétés physiques;
o° Les propriétés chimiques , qu’on observe tant «pie les substances n éprouvent pas d’altération , quelles agissent par attraction résultante.
4 Les propriétés chimiques , qu’on observe lorsque les substances éprouvent une altération quelconque, soit dans la proportion de leurs éléments, soit dans
1 aiiangement de leurs atomes ou de leurs particules. 1112. Des compositions différentes établies d’a-
Co [«position
LiV. VI. 1UIEP AU AT10N
Propriétés physiques, et propriétés chimiques qu’on observe tant que les substances ne s’altèrent pas.
Propriétés chimiques qu’on observe lorsque les substances s’altèrent
près la nature des éléments, ou d’après la proportion des mêmes éléments, suffisent pour faire distinguer des principes immédiats ; mais ce caractère ne suffit plus dans lé cas où deux substances ont donné à peu près les mêmes résultats à l’analyse , et dans le cas où des substances auraient la même composition avec des propriétés différentes ; car les mêmes éléments , unis dans la même proportion , peuvent produire des composés différents, si leurs atomes ou leurs particules sont susceptibles de prendre des arrangements différents. Il n’est pas superflu de faire remarquer que le caractère tiré de la composition n’aurait pas de valeur si on avait négligé de faire les essais dont il a été question plus haut (iio4)*
1 1 13. Ces deux ordres de propriétés distinguent très bien les principes immédiats qui en présentent de différentes ; mais il est des substances qui, quoique distinctes Tune de l’autre, n’offrent à notre observation qu’un si petit nombre des propriétés dont je parle , et nous les présentent si rapprochées les unes des autres, quelles ne suffisent point pour caractériser ces substances , et ce qui accroît encore la difficulté qu’on éprouve à en définir les espèces, c’est une ressemblance de composition.
1 1 14. Lorsque les trois premiers ordres de propriétés sont insuffisants pour distinguer des substances en espèces, il ne reste plus que les caractères tirés des changements de nature que ces sub
stances sont susceptibles d’éprouver dans leur transformation en d’autres composés. C’est alors au chimiste d’observer ces transformations des
principes immédiats qu’il compare dans la vue de savoir s’ils sont identiques ou différents ; c’est à lui de voir si les nouveaux produits sont ou ne sont pas de la même nature. Dans le premier cas, il doit rechercher s’ils sont dans la même proportion; car des espèces différentes peuvent donner lieu aux mêmes produits. C’est ainsi que se comportent le sucre, le ligneux, lorsqu’on les
distille ou qu’on les traite par l’acide nitrique. Cnfin, dans le second cas, il doit étudier les propriétés des nouveaux produits et chercher surtout à voir si leur composition s’accorde avec celle des principes immédiats qui leur ont donné naissance. ni5. Les considérations générales dans les-
quelles je viens d’entrer devaient précéder le résumé de mes procédés analytiques et l’exposé des raisons que j’ai eues pour établir comme espèces des principes immédiats préparés par ces mêmes procédés.
1 i 1 6. La préparation des acides stéarique et margarique est fondée sur ce que les stéarates, les margarates de potasse, sont moins solubles dans l’al-
cool que les oléates, et la séparation de l’acide margarique d’avec le stéarique est fondée sur ce que ce dernier forme avec la potasse un sel moins soluble que ne l’est le margarate de la même base.
Préparation des acides gras.
LÏV. VT. PREPARATION
Mais l’aflinité mutuelle de ces sels est assez grande, i°pour que de l’acide stéarique, formant, avec des acides margarique et oléique , un composé fusible à 55°, étant neutralisé par la potasse, puis traité par l’eau froide, soit réduit en potasse d’une part, et d’autre part en bistéarate, en bimargarate et en suroléate, qui ne sont pas dissous ; et cependant l’oléate de potasse est déliquescent , et pour que sa dissolution se décompose spontanément, il faut quelle soit très étendue d’eau et exposée pendant un temps assez long à une basse température; 2° pour que l’oléate de potasse , qui est très soluble dans l’alcool, ne puisse être séparé, par un seul traitement alcoolique, du stéarate et du margarate de potasse , qui à froid sont très peu solubles dans le même liquide.
1117. On a considéré les stéarates et les margarates de potasse comme purs , lorsqu ’en les dissolvant cinq fois de suite dans l’alcool bouillant, le précipité formé pendant le refroidissement contenait un acide dont la fusibilité était la même que celle de l’acide qui restait en dissolution dans l’alcool refroidi.
1118. J’ai préparé l’acide oléique, en séparant par l’alcool froid l’oléate de potasse du stéarate et du margarate de même base, puis décomposant l’oléate par l’acide tartarique, et exposant l’acide oléique à des températures de plus en plus basses pour en séparer les acides stéarique et margarique
qui avaient été dissous par l’alcool avec l’oléate.
1119. La séparation des acides volatils du beurre est fondée sur ce que les sels qu’ils forment avec la baryte sont inégalement solubles dans l’eau froide ; et ces sels, quoique très inégalement solubles à 1 état isolé , ne laissent pas que d’avoir une affinité
mutuelle assez forte.
1120. Quoique j’aie soumis ces sels aux épreuves indiquées (1 io4) ? et que j’aie bien des raisons de croire que je les ai obtenus à l’état de pureté, cependant, lorsqu on aura l’occasion de soumettre les acides qui les constituent à un nouvel examen, il sera utile de soumettre à de nouvelles épreuves d autres sels que ceux que j’ai examinés.
1121. La préparation de la cétine et des stéarines est londée sur ce que ces substances sont moins solubles dans l’alcool froid que les sub-
stances qui les accompagnent , et sur ce quelles
cristallisent dans des circonstances où les autres substances restent liquides. Mais comme celles-ci ne diffèrent point extrêmement delà cétine et des stéarines par leur solubilité, et quelles ont d’ailleurs pour ces dernières une affinité qui n’est pas entièrement surmontée par la force de cristallisation, il est bien probable que la cétine et les stéarines que j ai préparées n’étaient point aussi pures qu il sera possible ,un jour de les obtenir.
1 122. La préparation de l’oléine est fondée sur ce qu elle est plus soluble dans l’alcool froid que les
Préparation des corps gras non acides.
JLIV. VI. préparation
stéarines, et sur sa plus grande fusibilité. C’est en soumettant à Faction de l’alcool et du froid les oléine qui sont unies à de fortes proportions de stéarines, et en soumettant seulement au froid les oléine qui ne sont unies qu a de faibles proportions de stéarines, que je suis parvenu à analyser les suifs, les graisses, les beurres et les huiles. Pour séparer entièrement les stéarines de l’oléine en exposant ces corps à des températures de plus en plus basses et en séparant chaque fois la matière qui se solidifie , ainsi que je l’ai fait, il faudrait qu’il y eut un moment où les stéarines , en se solidifiant avec de l’oléine , formassent une telle combinaison, que celle-ci n’eût aucune affinité pour la portion d’oléine qui reste liquide à la température où cette combinaison se lige , ce qui est peu vraisemblable , puisque la matière congelée retient de l’oléine. D’après cette considération je pense que les oléine que j’ai étudiées retenaient des stéarines.
1123. La préparation de la butirine et de la pho* cénine est fondée sur ce que l’alcool froid à 0,822 dissout ces substances en toutes proportions, tandis qu’il 11e dissout que très peu d’oléine ; mais l’affinité mutuelle de ces corps fait présumer que la butirine et la phoeénine que j’ai préparées retenaient de l’oléine.
1 1 24* La difficulté de séparer facilement les stéarines et l’oléine d’une graisse, assez exactement pour en estimer les proportions respectives , m’a coin
DES ESPÈCES J)E CORPS GRAS. /j ] [
duit à penser qu’il serait utile, pour arriver à ce but. de déterminer les degrés de fusibilité de proportions connues de ces trois substances , ainsi que je l’ai tait poui les acides margarique et oléique (208).
1 1 25. J’ai décrit avec beaucoup de détails la manière de préparer les diverses espèces de corps gras, afin qu’on puisse avoir une idée juste de mes procèdes , qu il soit facile de les répéter, et qu’on sache bien sur quelle base repose la distinction de mes especes. J espere que ces détails rendront plus faciles les perfectionnements que mes mé thodes d’analyse doivent indubitablement recevoir du temps. Si les arts et la physiologie sont susceptibles d être éclairés par la chimie organique , ils
le seront par le perfectionnement de ses procédés d’analyse.
1126. L’acide stéarique et l’acide oléique, tels que nous les avons étudiés, pouvaient retenir, le premier de 1 acide oléique, le second de l'acide stéarique; malgré cela, comme espèces, ils sont bien caractérisés.
10 Quoique leur composition soit assez analogue quant à la nature et à la proportion des éléments , cependant l’acide stéarique contient, proportionnellement au carbone , plus d’hydrogène que l’acide oléique.
a Ils diffèient beaucoup par le degré de fusibüité = l’oléique est encore fluide au-dessous de o. le stéarique ne se liquéfie qu’à 70".
Revue des espèces d’a cides stéarique et oléique.
Acide
margarique.
Acides phocénique et butirique.
il 2 L1V. VI. PRÉPARATION
3° Si Ton 11e remarque pas de différence sensible entre leur capacité de saturation, parce qu’ils contiennent à très peu près la même quantité d’oxygène, et que le rapport de cet oxygène à l’oxygène des bases qu’ils neutralisent est le même dans les stéarates que dans les oléates , les grandes différences qu’on observe entre les combinaisons qu’ils font respectivement avec la potasse et la soude sont bien propres à les distinguer l’un de l’autre.
1 îsy. Si les propriétés que je viens de rappeler caractérisent les acides stéarique et oléique, il est évident que, si on parvient un jour à séparer du premier de l’acide oléique, et du second de l’acide stéarique, leurs différences deviendront encore plus frappantes.
1 128. L’existence de l’acide margarique, comme espèce, n’est point aussi bien établie que celle des espèces précédentes , lorsqu’on réfléchit aux nombreuses analogies de cet acide avec le stéarique ; cependant je n’ai pu faire autrement que de l’en distinguer, puisque, i° il est plus fusible de io°; 20 en traitant par l’alcool le margarate de potasse , il m’a été impossible de réduire ce sel en stéarate et en oléate ; 5° l’acide margarique contient plus d’oxygène que le stéarique et l’oléique.
1 12g. L’existence de ces acides, comme espèces distinctes, repose sur des propriétés si différentes , telles que la composition, la densité, l’odeur, la solubilité dans l’eau, la capacité de saturation, les
DES ESPÈCES DE CORPS GRAS. !\ j J
propriétés des sels, qu’il est impossible de ne pas les admettre. Toutes les tentatives que j’ai faites pour réduire ces acides en un principe odorant non acide , et en un principe acide , ont été infructueuses ; plusieurs de leurs combinaisons salines ont été soumises à l’action d’une légère chaleur, à l’action d’un courant d’acide carbonique, à celle de l’alcool ; enfin elles ont été exposées pendant plus de cinq ans à l’air libre, sans qu’on ait observé de diminution sensible dans l’intensité de l’odeur de 1 acide qui était resté en combinaison avec les bases.
1 i5o. Ces acides sont analogues par l’odeur, par la densité; mais le caprique est solide à 1 1°, et le caproïque est encore liquide à 90— 0. Ils diffèrent aussi par la composition et par les propriétés de leurs sels.
1 i5i. Non seulement cette substance est caractérisée par sa composition, parce qu’elle ne se fond qu à i3^°, parce quelle se change en une substance astringente par l’acide nitrique ; mais elle 1 est encore par la propriété qu elle a de n’éprouver aucune altération de la part de la potasse. D’après ce résultat 011 ne peut admettre qu elle contienne aucune des espèces de corps gras saponifrables.
1 1 32. Quoique cette substance soit bien distincte de toutes les autres espèces par sa fusibilité à 62°, son inaltérabilité par la potasse , et sa composition analogue à celle de l’alcool et de l’éther; cependant j avoue que je n’ai pas fait un grand
Acides ca proïque et caprique.
Cholestérine
Ethai,
Cétinfi.
Stéarines e oléine.
f\ 1 4 LIV. VI. PRÉPARATION
nombre d essais pour la réduire en plusieurs substances immédiates.
11 53. La cétine est une espèce qui me paraît suffisamment caractérisée par les produits de sa saponification ; en effet , si par la potasse elle est réduite en acides margarique et oléique, elle ne donne point de glycérine comme les autres espèces de corps gras saponifiables, et en outre elle donne letlial, que celles-ci ne donnent jamais.
1 134- Si les deux stéarines d’une part et l’oléine d’une autre part ne peuvent être distinguées par des caractères tirés de la couleur, de la saveur , de l’odeur, de la tension de leurs vapeurs, de l’action de l’eau ; si elles ne peuvent être caractérisées par l’action de l’alcool et de l’éther , qui est trop analogue sur les trois substances , et si on trouve que la différence qui existe entre leurs proportions d’oxygène et d’hydrogène est trop petite pour être prise en considération, il est évident que les deux stéarines sont suffisamment distinguées de l’oléine, i° par la fusibilité, l’oléine étant fusible à 4° audessous de o, et les stéarines ne se fondant qu’à 43° et 49°; 2° par la manière dont elles se comportent avec la potasse : toutes trois se convertissent bien en glycérine, en matière acide peu fusible et en acide oléique ; mais les stéarines donnent une forte proportion de matière acide peu fusible , tandis que l’oléine donne au contraire une forte proportion d’acide oléique. Si on venait à prouver que les stéarines
DES ESPÈCES DE CORPS GRAS. /j 1 5
et l’oléine , telles que je les ai étudiées, contenaient les premières de 1 oléine, et la seconde de la stéarine, les différences que j’ai observées , loin de disparaître dans les espèces pures, deviendraient encore plus sensibles.
il 35. La distinction de ces stéarines l’une de l’autre est fondée sur les différences que j’ai établies entie les acides margarique et stéarique; en effet, si on saponifie comparativement ces deux stéarines amenées au même degré de fusibilité, on trouve
que le savon de stéarine d’homme est formé d’acide m«igaiique et d acide oleique, dans une proportion telle que leur réunion est fusible à 5i°; tandis que le savon de stéarine de mouton est lormé d’acide stéarique, d’acide margarique et d’aeicle oléique, dans une proportion telle que leur réunion est fusible à 55°. Or, s’il y avait identité entre ces stéarines , il y aurait identité entre les produits de leur saponification.
1 156. La distinction de ces espèces ne peut être mise en doiUe, puisque nous ne connaissons aucun corps saponifiable qui donne des acides phocénique et butirique par la saponification; et si l’on
pensait que la phocénine et la butirine continssent assez d oléine et de stéarine d’homme pour qu’on put attiibuer a ces deux substances l’origine des acides margarique et oléique que j’ai trouvés dans les produits de la saponification de la phocénine et de la butirine , telles que je les ai étudiées ces
Stéarine d’homme et stéarine de mouton.
Phocénine , butirine.
:}l6 LIV. VI, PREPARAT. DES ESP. DE CORPS CR.
substances à l’état de pureté seraient caractérisées par la propriété de se convertir en glycérine et en acides volatils. Et conséquemment les distinctions que j’ai faites subsisteraient toujours.
QUATRIÈME SECTION
DE PLUSIEURS PROPRIETES DES STEARATES , DES MARGARATES ET DES OLEATES DE POTASSE ËT DE SOUDE , RELATIVEMENT AUX DISSOLVANTS.
1 137. Les propriétés qu’ont les acides stéarique, margarique et oléique d’être absolument insolubles dans l’eau et de se dissoudre dans l’alcool et l’éther m’ont engagé à donner une attention toute particulière à l’action de ces liquides sur les stéarates , les margarates et les oléates , particulièrement sur ceux à base de potasse , de soude et d’ammoniaque. Depuis long-temps je désirais tirer quelques résultats généraux de l’action que les dissolvants exercent sur les combinaisons des corps qu’ils dissolvent , parla raison que les dissolvants sont les principaux instruments de l’analyse organique , ainsi que je l’ai dit plus haut (1 102). Il me paraissait important surtout de déterminer à quel point des combinaisons de principes immédiats doués de propriétés antagonistes peuvent résister à l’action qu’un dissolvant neutre exerce inégalement sur chacun de ces principes.