A. — NUTRITION AZOTEE DES: PLANTES
Résumons les connaissances générales :
L’azote est l’aliment inorganique dont la plante a, très souvent, le plus grand besoin. L’azote libre n’est utilisable, semble-t-il, que par certains végétaux inférieurs (champignons, algues, bactéries) (M. E. Gain, p. 48).
Dans les feuilles, les sels acides et les acides libres, les matières astringentes, comme l’a montré Müntz, sont les substances qui jouent le rôle principal dans l'absorption de l’ammoniaque en vapeur par la voie foliaire. L’estimation indique seulement 2 à 5 kgs d’ammoniaque par Ha. (M. E. Gain, p2343)°:
Les végétaux supérieurs se nourrissent surtout de l’azote des nitrates du sol et accessoirement de l’azote ammoniacal. Néanmoins, les phanérogames peuvent emprunter leur azote aux amines employés sous forme de sels, sans que ces substances aient subi une transformation préalable en sels ammoniacaux ou en nitrates (M. E. Gain, p. 258).
Certains végétaux présentent une association mycorhizienne avec des champignons qui absorbent facilement les matières organiques et semblent agir aussi sur la production d’ammoniaque, au dépens de l’humus. Certaines de ces associations semblent d’ailleurs tout à fait nécessaires à certaines plantes, telles que les orchidées, les Lycopodiacées, etc. (Prof. E. Gain, p: 259).
Maints végétaux, les Légumineuses, les Cycadacées, les Eléagnacées, les Myricacées, les Alnus, peuvent bénéficier indi-
rectement d’un apport d’azote libre, grâce à une symbiose microbienne, localisée au système radiculaire.
D'autres végétaux présentent le même phénomène dans leurs feuilles : certaines Rubiacées (Pavetta, Psychotria, Lasinthus et peut-être Coffea), et certaines Myrcinées (Ardisia) (Prof. À. Chevalier, Revue Botanique appliquée, août 1934).
© La sécheresse entrave beaucoup ou empêche la production des nodosités tuberculeuses des Légumineuses (Prof. E. Gain, p. 287).
M. Chaminade (réf. citée), résumant la littérature se référant à l'influence du pH sur le développement des Légumineuses, remarque que leur teneur en N et leurs nodosités sont faibles en sols acides, pour beaucoup d’espèces du moins.
Nota. — Rüidley signale dans la flore malaise :
2 Cycadacées : Cycas Rumphn et C. siamensis, sortes de Palmes vivant à proximité de l’eau.
| Eléagnacée : Eleagnus latifolia, buisson grimpant.
2 Myricacée : Myrica Farquhariana, M. auriculata, buissons arborescents.
66 genres de Légumineuses et .plusieurs centaines d’espèces.
67 genres de Rubiacées, dont les 4 genres cités plus haut.
B. — SR EURE DU SOL EN AZOTE A DEBRIS ORGANIQUES DES PLANTES ADVENTICES
a) Débris organiques superficiels provenant des non-Légumineuses.
C’est cet azote qui, par ses mutations, fournit particulièrement sous forme de nitrates le principal de l'alimentation azotée des plantes (Prof. E. Gain, p. 256).
Ce n’est d’ailleurs qu’une restitution puisque la grosse majorité des non-Légumineuses semble inapte à se procurer l'azote ailleurs que dans le sol.
Cette restitution n’est que partielle. Sa proportion dépend de nombreux facteurs qui seront étudiés au cours de la cinquième partie de cette étude :
— facteurs inhérents au végétal : C/N, lignine %, minéraux %, pH, etc... :
— facteurs inhérents au sol : population micro-organique, texture, azote, humus, pH etc... ;
— facteurs extérieurs : lumière, humidité suffisante et permanente, température, etc.
Citons quelques extraits traduits de l'ouvrage : « À Manual of Green Manuring » :
« Des expériences conduites en région tempérée ont mon- « tré que, si la proportion utile du nitrate de soude est estimée « à 100, celle des engrais verts est l’environ 65. » (page 9)
« Si le sol est trop sec, ce qui arrive même là où il y a de « fortes précipitations du fait de plusieurs phénomènes : excès « de porosité, manque de matières humiques, surface battue « par les pluies torrentielles, les végétaux resteront non dé- « composés. » (pages 10, 11, 15)
« Le séchage des engrais verts semble convertir les hémi- « celluloses solubles en formes moins solubles. » (page 21)
Joachim a relevé des déperditions de plus de 43 % de l'azote des déchets de Gliricidia maculata et 37 % de l’azote des feuilles d’'Erythrina lithosperma, en période où les pluies alternaient avec la sécheresse (page 27). (”)
b) Débris organiques provenant des Légumineuses.
Les mêmes remarques, qu’au paragraphe précédent, s’appliquent ici. Toutefois, il y a en principe, plus qu’une restitution. La Légumineuse a pu utiliser de l’azote qui ne provient pas du sol. Il devrait donc y avoir enrichissement.
Citons le même ouvrage : (Manual or Green Manuring) :
« Toutes les Légumineuses ne sont toutefois pas fixatrices « d'azote. De plus, certaines variétés qui normalement pré- « sentent des nodosités sur leur racines, peuvent, sous certaines « conditions, ne pas offrir ce phénomène. » (page 6).
M. le Prof. E. Gain (page 287), a démontré qu’en sols secs les Légumineuses sont plus ou moins dépourvues de nodosités.
(*) Mota. — La plupart de ces expériences ont eu lieu en utilisant des débris de Légumineuses. Cela ne change rien à la valeur générale des résultats trouvés, pour peu que les plantes ne soient pas lignifiées et aient un pourcentage suffisant d’azote.
Si le pourcentage d'azote est inférieur à 2 %, ce qui se produit pour quelques Légumineuses (Mimosa pudica 0,97 % sur sec, etc.) et pour beaucoup de non-légumineuses, la déperdition est beaucoup plus
faible. (Voir chapitre IT de la V® partie.)
M. Corbet, remarque (R. R. I. Annual report 1929, page 78) :
« Ben que l'utilisation des plantes légumineuses comme « couverture de plantations d'Heveas se répande rapidement « en Malaisie, cette pratique n’est pas invariablement suivie « de succès.
« Si la formation de nodosités est pauvre on non-exis- « tante, il n'y a pas de raison pour que d’autres plantes non- « légumineuses ne soient pas favorisées.
« On peut attirer l'attention sur la croissance luxuriante « du Vigna (et peut-être d’autres Légumineuses), sur les « emplacements où des arbres ont été brûlés. Les cendres de « bois contiennent une plus large proportion de calcium que « d'aucun autre métal. »
Nous lisons, d’autre part, dans le M.A.J. 1928, p. 173:
« Un examen, dans le champ des racines de certaines Lé- « gumineuses importées, a montré un développement nettement « rare de nodosités et a jeté le doute sur l’essertion usuelle de « l'enrichissement en azote, découlant de l’utilisation de ces « plantes de couverture. »
La même publication, en 1929 (page 308), annonçait que les cultures sur sable de ces Légumineuses entraînaient une production considérable de nodosités.
Nos observations personnelles ont montré que certaines Légumineuses (en particulier les traçantes), ne présentent que peu ou pas de nodosités dans la majorité des plantations en collines. Nous avons relevé le cas général suivant pour le Centrosema pubescens qui est encore, de loin, la plus utilisée sur les exploitations malaises :
— Collines de quartzite et schistes, latéritisées ou non : peu ou pas de nodosités. Terres trop sèches, teneur en minéraux trop faible, du moins suffisant pour les jeunes cultures;
— [Les expériences de chaulage, d’inoculation, n’ont rien donné. Les phosphates de roche ont amélioré la couverture, puis la culture principale.
Les Légumineuses dressées : Crotalaria anagyroïdes et Tephrosia candida, par contre, montraient une colonisation nette quoique faible. Les besoins en azote de ces deux dernières plantes (3,40 % et 3,93 % sur poids sec), sont à peine plus élevés que pour le Centrosema (3,63 % sur poids sec). (L'ouvrage de Ceylan indique respectivement 4,84 %, 4,84 %, 3,96 7.)
Par contre, les terres alluviales suffisamment poreuses et
les terres organiques qui sont plates et suffisamment gorgées d’eau, présentent des colonisations importantes (ce qui élimine tout argument en faveur du caractère limitatif du pli en suspension). (Phénomène déjà signalé par MM. Nebring et Keller, réf. citée par M. Chaminade.)
Malheureusement, dans ces deux cas-là, la teneur en azote du sol est généralement suffisante aux besoins de la cause, et l'apport supplémentaire d’azote ne produit aucun effet pratique, à part une décomposition accélérée, qui se traduit en une exportation de nitrates par les eaux de drainage (couleur café) et par une baisse de niveau du sol.
Il ressort de toutes ces considérations que la fixation d’azote libre par les Légumineuses est loin d’être un dogme imattaquable de l’économie des sols de plantations en Malaisie, puisque la production des nodosités présente une grande irrégularité. Les Légumineuses traçantes les plus populaires se comportent en particulier comme de vulgaires plantes non-Légumineuses, là où elles pourraient être utiles.
Signalons enfin que ces conclusions ne s'appliquent qu'à la majorité des plantations malaises que nous avons visitées, et que nous n'avons nullement la prétention d’avoir tout vu.
Nous avons visité à Java, Sumatra, Ceylan et en Indochine, beaucoup d'exploitations où les Légumineuses florissantes présentaient un développement nodulaire important. Il y a lieu de souligner le fait que la plupart de ces exploitations sont en terrains peu mouvementés, donc bien gorgés d’eau; que ces sols sont généralement moins arides et plus riches en minéraux.
Pour terminer ce paragraphe, il serait bon d’estimer l’enrichissement en azote, provoqué par ces débris superficiels.
1) Légumineuses dressées. — Les débris sont causés, non seulement par les chutes de feuilles, mais aussi par les recoupages nécessaires pour éviter un développement exagéré.
Le Tephrosia candida, dont nous avons planté des milliers d'hectares, produit en moyenne de 15 à 30 tonnes d'engrais verts par hectare par an (2 coupes). Nos analyses donnent 1,5 % N, sur produit humide, soit, pour 20 tonnes, 300 kgs d'azote par an. En supposant que les coupes aient été faites en période favorable, c’est-à-dire au commencement de la floraison et au début d'une saison humide, on ne peut guère compter au plus que sur l’incorporation au sol de la moitié de l’azote, le reste étant perdu sous forme d’ammoniaque.
Au cours des différentes mutations, une nouvelle perte de 40-50 % environ sera enregistrée (perte subie par végétaux
enfouis), la Légumineuse n’apportera au sol qu'environ 75 à 80 kgs d'azote annuel utile, dont une partie seulement provenant de l’atmosphère.
Cette estimation corrobore assez bien les expériences de MM. Joachim et Pandittesekere (page 45). Ces chercheurs n'ont relevé que des augmentations insignifiantes de teneurs en azote du sol, malgré un enfouissement d'engrais verts. (Rappelons que d’après une autre étude (7. À., vol LXXX, N° 4, p. 199), MM. Joachim et Holland avaient estimé la perte en azote par érosion à 80 kgs par Ha. par an, en plantation de thé.)
2) Légumineuses traçantes. —— [L'apport consiste seulement en une chute de feuilles, qui vient constituer un tapis plus ou moins imperméable sur la surface du sol.
Les estimations deviennent fantaisistes, en raison de la variabilité du poids d’apport, qui dépend beaucoup des conditions locales. Quoi qu'il en soit, l'apport d’azote est très faible, sinon négligeable.