‹ Recherches concernant la discrimination des plantes adventices en relation avec l'économie des sols des plantations d'Heveas et d'Elaeis de la Malaisie britanniqueChapitre 52 sur 121 · A. — ACTION CHIMIQUE DES RACINES · texte numérisé non relu

A. — ACTION CHIMIQUE DES RACINES

On sait que :

En dehors de son rôle de fixation, la racine est un organe d'absorption, et éventuellement un organe de réserve. À une faible distance du sommet des radicelles, existe une région garnie de poils absorbants qui est le siège d’une pénétration osmotique des sels dissous dans l’eau. Ces poils absorbants dégagent toujours de l’anhydride carbonique qui, à lui seul, est capable de solubiliser certains sels ordinairement insolubles, par exemple carbonate et phosphate de calcium. D'autre part, toutes les cellules superficielles de l'extrémité des racines secrètent une substance acide de nature indéterminée ("). Cet acide organique, plus ou moins puissant, permettra la mise en solution des sels insolubles nécessaires à la plante. Par osmose successive, les solutions minérales passent des cellules pillifères aux cellules de l'écorce et, de proche en proche, finissent par atteindre les vaisseaux ligneux du centre de la racine. L’absorption osmotique est douée d’un pouvoir sélectif, qualitatif et quantitatif. Elle est réglée par la pression osmotique, qui diminue pour un certain sel, à mesure que sa concentration augmente.

L’extraction de matières nutritives des solutions de sol par les racines exige un échange électro-équivalent d’ions ou de molécules entre les racines et la solution de sol. M. Braun-

Blanquet cite les recherches de M. Pantanelli (1915), M. Le-

(*) Nota. — WAKSMANN (page 766) résumant les travaux d’une douzaine d’Auteurs écrit à ce sujet: « Sous conditions stériles, les plantes sécrètent des acides formiques, oxaliques et maliques, ainsi que des sucres réducteurs et non-réducteurs. Les racines sécrètent aussi des phosphatines. »

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degardh, etc., qui montrent que les différentes espèces ont, parfois, une préférence marquée pour les anions (graminées) et d’autres pour les cations. (Voir aussi : La Question. de la Réaction des Sols, par M. Raymond Chaminade, Revue de botanique appliquée, 1932.) Cette capacité sélective explique le fait bien connu que la plante est capable de changer le pH de sa solution nutritive.

Quand un sol est acide en suspension, cela veut dire que la proportion d’ions (H+) dans l’essaim de cations échangeables du complexe absorbant est importante. Plus le sol est acide en suspension, moins 1l est saturé en cations métalliques.

L’acidité en solution, d’autre part, représente la fraction soluble de l'acidité totale. Pour que la solution présente une acidité marquée, il faut que la solution de sol contienne une quantité suffisante d’anions pour entraîner les (H+) en dehors du champ d'action des particules du sol. (Belgrave, M.A.J., 1929%0100)

Dans un sol dénué d'éléments grossiers, la plante devra s'attaquer au complexe du sol, afin de mettre en solution les bases échangeables. Cette mise en solution peut avoir lieu grâce à un sel neutre ou un acide en solution diluée. Pour qu'il y ait sel neutre, il faut une émission acidique. Donc, plus le sol sera pauvre en anions et cations solubles, plus la plante devra émettre une solution acidique, à concentration de (H+) élevée, afin de pouvoir effectuer l'échange. Il y a donc lieu de supposer qu’en sols pauvres, la plante émet des solvents à acidité plus intense que le pH en suspension du sol. La capacité de la plante d’absorber une solution de sol à pH plus ou moins important règlera la proportion d’anions à cations métalliques de cette solution.

La plante peut également effectuer dans le sol un remplacement d’anions afin d’absorber les radicaux acides (particulièrement acides minéraux) qui lui sont utiles.

Dans les sols à pH (en suspension) voisin de la neutralité, le retrait d’anions par la plante pourra déterminer une véritable alcalinisation du sol, car il s’agira alors surtout d’un retrait d’anions en solution.

Dans nos sols acides et pauvres, le retrait d’anions se fera principalement au détriment du complexe absorbant, et le replacement électro-équivalent n’aboutira pas forcément à une alcalinisation. Il y a, au contraire, tout lieu de croire que l’anion « déplaceur » sera plus « fort » que l’anion « déplacé », et que le pH en suspension de sol accusera une acidification.

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Dans nos terres ,l’effet de la plante sera donc marqué sur le sol attenant aux racines de deux façons :

1° Un abaissement plus ou moins marqué du pH en suspension. — Cet abaissement dépendra du pH original et sera peu marqué dans les fortes concentrations de (H+*), dont le pH est l’expression cologarithmique. Cet abaissement dépendra, pour une espèce donnée, du degré de saturation du sol. Aux sols les plus pauvres correspondent les exsudations les plus acides. Les plantes qui se développent bien en mauvais sols, seront donc en général les plantes les plus acidifiantes.

Cet abaissement dépendra de la teneur humique, qui est un élément tampon important en sols pauvres.

2° Une acidification du pH en solution. — Comme on conçoit mal le mécanisme d’exsudation d’acides organiques par la plante, on ne sait pas si cette acidification est intermittente ou continue. Il sera impossible, dans la limite des connaissances actuelles, d’établir une parallèle entre le pH en solution à proximité des racines à un instant donné, et le pH des exsudations de racines, au moment inconnu où celles-ci se produisent.

B. — INTERACTION ENTRE LE pH DU SOL, ET EEpEDDES/SUCS/EXSUBES

Il ne faut pas confondre ce caractère alcalinisant ou acidifiant, plus ou moins prononcé, suivant les espèces et la réaction du sol avec :

a) La prédilection de certaines espèces pour les habitats à pH déterminé. Cette prédilection semble d’ailleurs s’accommoder d’une marge assez large, pour la majorité des espèces. M. Chaminade (réf. citée) remet d’ailleurs en question cette prédilection.

b) La variation ultérieure du pH du sol, par la décomposition-combustion de la plante qui présente toujours, dans le champ de nos investigations, une réaction acide, due au pH propre des tissus et à l’activité biologique productrice d’acides. Cette décomposition n’est d’ailleurs pas forcément acidifiante, car elle est souvent d’un pH supérieur à celui des sols acides.

(Le pH de la décomposition d’un déchet organique, situé à la surface du sol, dépend plus de la nature du déchet que

du pH du sol.)

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