XXVII
comme nous l’exposerons plus loin, qu’il y a là des causes de variation inhérente aux propriétés de l’amidon, et par conséquent indépendantes de l’habileté de l’expérimentateur. En fait, pour qu’une comparaison puisse être établie, il faut que le point de comparaison soit tixe et non variable, autrement cela devient affaire d’impression, et chacun conclut suivant l’idée qui le mène. Il nous semble, à supposer que l’amidon ait un dédoublement fixe, connu ou inconnu, qu’on peut, sans se préoccuper de ce dédoublement, arriver à une comparaison à l'abri de toute critique, en opérant ainsi qu’il suit :
1° On traite pendant un»excès de temps une même quantité d’amidon hydraté, d’un côté, par de la salive, de l’autre, par du ferment diastasique des Céphalopodes, — ces ferments étant en excès, —et l’on voit si l’on a communiqué à chacune des quantités d’amidon le même pouvoir réducteur ; 2° on répète les mêmes essais avec une dextrine purifiée convenablement 1 .
Afin d’être à même de comparer les pouvoirs réducteurs entre eux, on les a toujours établis par rapport au pouvoir qu’on communique à un même poids d’amidon hydraté, en le soumettant à une ébullition suffisamment prolongée avec de l’acide sulfurique étendu, c’est-à-dire en le transformant en glucose.
Prenons une de nos expériences comme exemple pour fixer les idées.
On met dans un tube à essai 20 centimètres cubes d’empois récemment préparé et agité préalablement au prélèvement ; on ajoute 2 centimètres cubes de salive filtrée. On mélange et l’on abandonne pendant vingt-quatre heures à la température de 20 degrés. On en fait alors 100 centimètres cubes en y ajoutant de l’eau
1 O’Sullivan et les chimistes qui ont étudié la question après lui, se sont basés pour établir les pouvoirs réducteurs sur la quantité théorique de sucre que peut fournir par dédoublement l’amidon en expérience. Cette quantité théorique était calculée après dessiccation complète de cet amidon à HO degrés. Nous avons préféré, en raison des légères variations que peut présenler l’empois, quelque soin qu’on prenne à le préparer, établir il chaque série de recherches son action sur la liqueur cupro-potassique après transformation complète en glucose par ébullition avec l’acide sulfurique étendu. On a bien prétendu qu’on no pouvait arriver ainsi il cette transformation complète; mais des expériences préalables nous ont démontré le contraire. C’est ainsi qu'ayant calculé la proportion théorique de glucose que pouvait fournir une fécule préalablement desséchée il 110 degrés, nous avons trouvé 96,35 pour 100, alors que la même fécule nous avait donné par ébullition aveu de l’acide sulfurique étendu, et dans des conditions que nous ne relatons pas ici 96,38 pour 100 de glucoso. Ces chiffres peuvent être considérés comme identiques.
distillée; puis on verse ce liquide, au moyen d’une burette graduée, dans un ballon contenant 10 centimètres cubes de lique.ur cupropotassique maintenue à l’ébullition jusqu’au moment où se produit la décoloration. Il faut 34 centimètres cubes deux dixièmes de solution. Sur ce qui reste, on prélève 60 centimètres cubes et l’on achève la transformation en sucre en faisant bouillir ce liquide additionné de 4 centimètres cubes d’acide sulfurique au tiers pendant une heure environ. On ramène à 60 centimètres cubes. Cette fois il ne faut que 180 divisions pour décolorer les 10 centimètres cubes de liqueur. Représentons par 100 le pouvoir réducteur de cette dernière solution. Les pouvoirs réducteurs des deux solutions sont évidemment en raison inverse de la quantité de ces solutions qu’il faut ajouter pour amener la décoloration d’une môme quantité de liqueur bleue, en sorte que si l’on appelle x le pouvoir réducteur de la solution avant le traitement par l’acide sulfurique, on aura
d’où x = 52,6.
Si les diastases soumises à l’examen sont identiques, ces chiffres 100 et 52,6 ne doivent pas varier avec le môme amidon. C’est cette identité que nous avons constatée, comme cela ressort du tableau suivant représentant un certain nombre d’essais avec la salive de l'homme et le ferment diastasique des Céphalopodes.
L’empois qui nous a servi est celui dont on a décrit précédemment la préparation. On a toujours expérimenté sur 20 centimètres cubes de cet empois, dont on faisait 100 centimètres cubes après l’action de la diastase. Pour les ferments, on s’est servi des produits obtenus par l’intermédiaire de l’alcool (voir plus haut). La durée du contact a toujours dépassé vingt-quatre heures, et l’on a fait chaque essai sur 10 centimètres cubes de liqueur bleue.
Diastase.
Foie do Poulpe, 10 centigrammes.. 34.6 32.0
Foie de Sèche, 10 centigrammes. . 34.2 52.6
Salive, 4 centimètres cubes. 34.2 52.6
Salive, 6 centimètres cubes. 33.9 52.7
Dans une deuxième série d’expériences, avec un deuxième empois préparé cependant de la môme manière, les chiffres de la deuxième colonne se sont rapprochés de 37.0. Dans une troisième série, ces
chiffres ont été de 35.0. Les chiffres de la quatrième colonne ont été de 180 ou 184, de telle sorte que les pouvoirs réducteurs étaient de 48 et de 52. Quoi qu’il en soit, l’action de la diastase des Céphalopodes est bien la môme que celle des animaux supérieurs.
Néanmoins, afin qu’il ne restât pas de doute dans l’esprit, nous avons songé à essayer l’action des diastases sur la dextripe. Ce corps présente l’avantage d’ôtre soluble et l’on est toujours certain, en prélevant des volumes égaux de solution, d’avoir des poids égaux de dextrine. On prend 250 à 300 grammes de dextrine du commerce qu’on dissout dans 600 à 700 grammes d’eau distillée ; on filtre. La solution est précipitée par de l’alcool à 90 degrés. Cette précipitation fournit de la dextrine sous forme d’une matière à consistance de styrax. On la redissout dans l’eau et l’on précipite une deuxième fois par l’alcool à 80 degrés. On répète la môme opération une troisième fois en se servant d’alcool faible. Dans ces conditions la dextrine se précipite sous forme de flocons isolés. On laisse déposer et on lave par décantation avec de l’alcool faible d’abord, puis par de l’alcool à 80 degrés et enfin par de l’alcool absolu. Ce dernier traitement donne un produit grenu et un peu cristallin.
En essayant cette dextrine à la liqueur cupro-potassique, on trouve qu’elle réduit encore faiblement. Son pouvoir réducteur, calculé dans les mômes conditions que plus haut, est de 3. La diastase agit sur elle, mais dans des proportions moindres que sur l’empois d’amidon. Gela est, du reste, en accord avec ce que l’on sait de la présence de dextrines dans le produit de l’action de la diastase sur l’amidon. Voici un tableau fait de la même manière que celui qu’on a vu précédemment:
Foie de Poulpe, 20 centigrammes.. . 460 40 185
Foie de Sèche (glycérine), 10 cent. . 456 40 »
Salive, 5 centimètres cubes. 458 » »
Salive, 2 centimètres cubes. 458' » »
Ainsi donc il paraît bien prouvé que toutes ces diastases donnent lieu aux mômes dédoublements, puisqu’avec l’amidon, comme avec la dextrine, on obtient les mômes résultats relatifs.