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la glande ou si le traitement lui a donné naissance. Il faudrait pourtant y avoir recours si la glande examinée renfermait normalement du sucre ; on ne pourrait pas en effet effectuer autrement la séparation du ferment de ce dernier corps et l’on comprend que cette séparation doit être faite avant de rechercher si on a affaire à une glande douée de la propriété saccharifiante. Ajoutons immédiatement que nous n’avons jamais trouvé de sucre dans les glandes digestives, ce qui nous a épargné les complications que nous venons de signaler.
LES GLANDES DIGESTIVES DES CÉPHALOPODES SÉCRÉTENT-ELLES UN FERMENT SUSCEPTIBLE DE SACCIIARIFIER L’AMIDON BRUT?
Nous avons employé, pour résoudre cette question, la fécule de pomme de terre, de préférence aux divers amidons du commerce, par cette raison que cette fécule est préparée industriellement avec le secours de l’eau seulement, sans l’intermédiaire d’aucun agent chimique. Elle présente pourtant un inconvénient : c’est d’être toujours accompagnée de glucose. Pour s’en assurer, il suffit d’en prendre une petite quantité, de la délayer dans l’eau, de jeter sur un filtre et d’essayer la liqueur filtrée par le réactif cupro-potassique. Il se produit soit sur-le-champ, soit après quelque temps de repos, un précipité rouge de sous-oxyde de cuivre. On fait d’ailleurs disparaître facilement cet inconvénient en lavant la fécule jusqu’à ce que l’eau de lavage traitée par la liqueur cupro-potassique ne donne plus de précipité. Le produit desséché dans un courant d’air se conserve ensuite indéfiniment. On peut même délayer la fécule ainsi purifiée dans l’eau froide et constater qu’aprôs cinq ou six jours il ne s’est pas encore formé trace de sucre.
Ces précautions ne suffisentpas encore. Il faut, lorsqu’on recherche si la fécule a été attaquée par les sucs digestifs, tenir compte de certaines particularités importantes :
1° Relativement à l’essai par la teinture d’iode. On sait que ce réactif colore en bleu l’amidon et ne donne plus de coloration lorsque l’amidon est saccharifié. Or, lorsqu’on ajoute de la teinture d’iode à un mélange de fécule brute et de liquide proyenant de la trituration du foie d’un Céphalopode avec l’eau, les premières gouttes ne produisent aucune coloration ; en sorte que si l’on s’en tenait à cette indication, on conclurait à la transformation de la fécule, alors que, comme on peut s’en assurer au microscope, les grains sont intacts.
2° Relativement à la recherche du sucre. Le foie des Céphalopodes, comme cela a été établi par Krukenberg, renferme un ferment peptique. Ce ferment, après la trituration du foie, se trouve en dissolution avec diverses matières albuminoïdes qu’il ne tarde pas à transformer en peptones. Ces peptones donnent avec la liqueur cupro-potassique une coloration violette très intense en présence de laquelle il est difficile d’affirmer s’il y a réduction. Au reste, les ferments solubles, l’émulsine en particulier, donnent lieu avec la liqueur cupro-potassique à une réaction semblable. Yoici le procédé auquel nous nous sommes arrêté pour éviter cette coloration.
Le mélange de fécule et de liquide hépatique est additionné de 4 volumes d’alcool à 90 degrés. On laisse reposer et l’on filtre. On évapore au bain-marie le liquide alcoolique ; on reprend par l'eau, on filtre et Ton essaye le liquide filtré. En traitant par l’alcool, on élimine la majeure partie des peptones ; en évaporant à 100 on précipite une matière albuminoïde que l’eau ne redissout pas.
Malgré ce traitement, on n’arrive pas toujours à éviter complètement la coloration. Certaines peptones, en effet, sont solubles en petites proportions dans l’alcool même concentré. Aussi avons-nous dû recourir dans plusieurs cas dou teux à la fermentation alcoolique.
En résumé, lorsqu’au microscope les grains nous ont paru être restés intacts, lorsque la teinture d’iode ajoutée en quantité suffisante nous a donné la coloration bleue caractéristique, lorsque la liqueur cupro-potassique n’a pas été réduite, ou, cette réduction étant douteuse, quand la levure de bière n’a déterminé aucune fermentation, nous avons conclu à la non-existence d’un ferment capable d’agir sur la fécule brute. Voici maintenant le détail des expériences.
1° Recherches faites sur m Podupe (25 août ; température 15-20 degrés).— Glande&salivaires supérieures. — Le liquide obtenu en tri turant la glande avec l’eau est limpide, non visqueux. On le mélange avec de l’amidon. On en fait deux portions que l’on met chacune dans un petit tube fermé par un bout. Après vingt-quatre heures, le contenu de l’un des tubes est traité comme il a été dit pour la recherche du sucre. Pas de réduction, pas de coloration.
Après quarante-huit heures, le contenu du deuxième tube est traité de la même manière. Même résultat.
Glandes salivaires inférieures. — Le liquide résultant du traitement de la glande par l’eau est incolore, mais très visqueux, même après
EM. BOURQUÉLOT.
qu’on l’a étendu d’eau. On le partage également en deux parties après l’avoir mélangé avec de la fécule. On constate, après vingtquatre heures et aussi après quarante-huit heures, que l’amidon n’est pas transformé. A ce moment le mélange répand une odeur sulfureuse.
Foie. — Le liquide obtenu avec la substance du foie est jaune foncé tirant sur le brun, trouble ; mélangé avec des grains de fécule, il fournit, après vingt-quatre heures comme après quarante-huit heures, un extrait alcoolique donnant avec la liqueur cupro-potassique une coloration violette, intense, due sans doute aux peptones dont nous avons expliqué plus haut la formation et suffisante pour masquer toute action réductrice. Il n’y a donc aucune conclusion à tirer de ce résultat.
Liquide hépatique. — Avant de procéder à l'opération précédente, et immédiatement après avoir ouvert l’animal vivant, on avait lié le deux canaux biliaires à leur entrée dans l'intestin spiral. Ensuite on avait enlevé le foie en y laissant attachés les canaux et l’intestin en question pour le suspendre durant environ un quart d’heure. Dans ces conditions les doux canaux se sont remplis d’un liquide brun renfermant de petites granulations brunes. Il ne nous paraît pas que ce liquide doive être considéré comme le liquide hépatique normal, au moins tel qu’il est au moment de la digestion de l’animal. Le Poulpe sur lequel nous expérimentions était à jeun. Ce point sera d’ailleurs examiné plus loin.
Quoi qu’il en soit, ce liquide est additionné de fécule. Après vingtquatre heures, le traitement ordinaire ne révèle aucune formation de sucre. Il ne se produit pas non plus de coloration violette par la liqueur cupro-potassique , ce qui semble confirmer ce que nous avons avancé précédemment, à savoir : que cette coloration est bien due à des peptones fabriquées par le ferment peptique du foie agissant sur des matières albuminoïdes de cet organe.
Pancréas. — On détache avec précaution une portion du tissu du pancréas en ayant soin de ne pas aller profondément pour ne pas s’exposer à prendre en même temps quelque partie du foie. Le liquide extrait do ce tissu ne donne lieu à aucun changement de l’amidon, ni après vingt-quatre, ni après quarante-huit heures.
2° Recherches faites sur un beuxiiïme Poulpe (30 août ; température 15-20 degrés). — Les glandes salivaires, le pancréas, donnent les mêmes résultats que ceux qui sont indiqués ci-dessus ; c’est
pourquoi nous n’insistons pas. Pour ce qui est du foie, on achève l’opération de la façon suivante. — On reprend l’extrait alcoolique par l’eau, on porte à l’ébullition, il se fait un léger précipité que l’on sépare par filtration. On essaye alors le liquide : 1° avec la liqueur cupro-potassique ; il ne se produit qu’une coloration violette très faible et pas de précipité de sous-oxyde de cuivre; 2° par la fermentation. Pour cela, on met dans un tube fermé par un bout la liqueur aqueuse avec de la levure de bière, préalablement lavée sur un filtre. A ce tube est adapté un bouchon que traverse un petit tube en verre recourbé. Celui-ci se rend directement dans un petit flacon contenant de l’eau de chaux. S’il se dégage de l’acide carbonique, cet acide, en traversant l’eau de chaux, donnera un précipité de carbonate. Après quarante-huit heures, à une température de 22 degrés, il ne s’est encore produit aucun précipité : il n’y a donc pas de sucre dans le liquide essayé. Un second appareil, monté comme le précédent, mais dans lequel on ajoute à la levure do bière quelques centigrammes de sucre interverti, présente, au contraire, déjà après vingt-quatre heures un précipité très apparent de carbonate de chaux.
Nous ne relatons pas les autres recherches que nous avons faites avec des Poulpes à jeun ou en digestion, parce qu’elles ont toujours conduit aux mômes résultats. Pour la même raison, nous passerons très rapidement sur les faits que nous avons observés chez la Sèche et le Calmar.
3° Recherches faites sur une Sèche (26 août; température 15-20degrés).— Les glandes salivaires uniques de la Sèche fournissent par trituration avec l’eau un liquide encore plus visqueux que celui qu’on obtient dans les mômes conditions avec les glandes salivaires du Poulpe ; aussi est-on obligé de passer à travers un linge fin, la filtration étant impossible. Il ne se produit pas d’ailleurs de transformation de l’amidon, non plus qu’avec le foie et le pancréas. Ce dernier organe étant ici plus facile à séparer, il y avait intérêt à l’essayer particulièrement.
4° Recherches faites sur un Calmar. — Le contenu de l’estomac d’un Calmar mort depuis quatre ou cinq heures est filtré, puis additionné d’amidon. Celui-ci n’est pas attaqué pendant les vingt-quatre heures que dure l’expérience.
Ainsi, aucune des diverses glandes digestives du Poulpe, de la
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Sèche et très probablement du Calmar ne renferme de ferment capable d’agir à la température ordinaire sur la fécule de pomme de terre brute. Il était intéressant de voir si, en élevant quelque peu la température, sans trop se rapprocher toutefois de celle à laquelle la fécule se transforme en empois, on pouvait déterminer la saccharification totale ou partielle de cette fécule.
Nous avons adopté, pour résoudre la question, une marche un peu différente de ce qui précède, et nous n’avons cru utile de faire d’essais que relativement au foie. On a vu, dans le chapitre précédent, comment on extrait d'une glande le ferment diastasique ou plutôt un' mélange de divers ferments et de certaines matières albuminoïdes ; c’est sur ce mélange uniquement que nous avons opéré.
Qu’il provienne du foie du Poulpe ou de celui de la, Sèche, il donne une solution presque inodore, légèrement ambrée, claire, quoique un peu visqueuse. Cette solution additionnée de fécule est maintenue dans une étuve à la température de 35 degrés. Un tube renfermant de l’eau et de la fécule est placé dans les mômes conditions. Après vingt-quatre heures, on essaye les deux produits d’après le procédé ordinaire. Il n’y a aucune trace de sucre, ni dans le tube témoin, ni dans le tube contenant le ferment.
LES GLANDES DIGESTIVES DES CÉPHALOPODES PRODUISENT-ELLES UN FERMENT SUSCEPTIBLE DE SACCHARIFIER l’aMIDON HYDRATÉ ?
Pour avoir de l’amidon hydraté tout à fait exempt de sucre, on prend de la fécule purifiée : 5 grammes, qu’on délaye dans 20 centimètres cubes d’eau froide. On ajoute assez rapidement au mélange, en agitant convenablement, 280 grammes d’eau bouillante. La température extérieure étant de 18 degrés, celle du liquide à la fin de l’opération ne dépasse jamais 76 ou 77 degrés. On obtient ainsi un produit très liquide, que l’on peut prendre avec une pipette, et qui, dès lors, se prôte bien à l’expérimentation. Il ne donne aucune réduction de l’oxyde de cuivre. Si on l’examine au microscope, on aperçoit encore tous les grains, seulement gonflés par suite de l’absorption de l’eau.
En s’arrangeant de façon à ce qu’après refroidissement l’empois occupe un volume déterminé, 300 centimètres cubes par exemple, il devient propre à faire des recherches quantitatives d’une préci-
sion suffisante. On atteint ce résultat en marquant dans un vase à précipiter l’endroit où affleurent 300 grammes d’eau à 77 degrés, et en additionnant l’empois d’eau à cette température jusqu’à ce qu’il occupe le volume ainsi déterminé.
En traitant la fécule comme dans la préparation ordinaire de l’empois, c’est-à-dire en la chauffant après l’avoir délayée dans l’eau froide jusqu’à l’ébullition, il se fait toujours un sucre réducteur, sans doute parce que certaines portions en contact avec le vase sont portées à une température élevée. — On ne peut d’ailleurs conserver longtemps sans altération l’amidon hydraté. Après cinq jours, il commence à réduire, et la réduction va ensuite en s’accroissant. Il convient donc d’en préparer toujours au moment du besoin et de ne faire aucune expérience durant au-delà de quatre ou cinq jours. Une bonne précaution consiste à mettre de côté une portion du liquide amylacé et à en faire l’essai en même temps que l’on fait celui du produit en expérimentation. Si le liquide témoin renferme du sucre, l’opération est à recommencer.
1° Recherches. — Poulpe (30août; température 15-20degrés). — Glandes salivaires. — Le liquide provenant de la macération des glandes salivaires inférieures ou supérieures d’un Poulpe est additionné de fécule hydratée. Après vingt-quatre heures, l’essai, fait suivant les procédés qui ont été décrits dans le chapitre précédent, n’a donné aucune réduction.
Foie. — Une partie du foie a été traitée de même. On a préparé deux tubes avec un mélange de liquide hépatique et d’amidon hydraté, l’un pour être essayé après vingt-quatre heures, l’autre pour l’être après quarante-huit heures. Dans les deux cas on a eu le même résultat. Le liquide provenant des traitements par l’alcool a donné, avec la liqueur cupro-potassique, un précipité jaune. Les conditions de formation et l’aspect de ce précipité rappellent ce qui se passe avec certaines urines diabétiques qui ne laissent pas que d’être embarrassantes. Tandis que le malade se présente avec tous les caractères d’un glycosurique, son urine ne donne lieu au polarimètre qu’à une déviation très faible, et si on la traite à l’ébullition, par la liqueur cupro-potassique, elle reste d’abord limpide, puis tout à coup il se fait un précipité jaune clair dans toute la masse. — Nous ne voulons faire ici qu’un simple rapprochement ; car nous avons considéré, bien que nous nous soyons assuré que le précipité jaune renfermait du cuivre, que l’expérience n’était pas concluante.
Pancréas. — On a séparé soigneusement une portion du tissu pancréatique, on l'a fait macérer avec de l’eau, et le liquide filtré a été abandonné avec un peu d’empois d’amidon pendant vingtquatre heures ; après quoi l’essai, fait dans les conditions ordinaires, a donné naissance à un précipité très net d’oxydule de cuivre. Il y avait donc eu formation de sucre.
Deuxièmes recherches. — Poulpe (8 septembre; température, 15- 20 degrés). — Dans cette seconde série derecberches, on s’est attaché non seulement à voirs’ily avait eu formation de sucre, mais encore à constater à la fin de l’expérience l’action de la teinture d’iode sur l’amidon traité.
Les glandes salivaires supérieures ou inférieures n’ont donné lieu à aucune transformation, et au moment de la recherche du sucre, c’est-à-dire après vingt-quatre heures, la teinture d’iode colorait encore en bleu le mélange.
Avec le foie et le pancréas la réduction de l’oxyde de cuivre a été très nette et le mélange ne se colorait plus par l’iode.
Troisièmes recherches. — Poulpe en digestion (20 septembre; 15-18 degrés). — Glandes salivaires. — Pas d’action.
Foie. — A peine le mélange du liquide hépatique a-t-il été fait avec l'amidon, que l’iode n’a plus donné lieu à aucune coloration, sauf sur quelques particules. Le lendemain réduction très nette.
Intestin spiral .— On s’est d’abord assuré que le contenu de l’intestin spiral ne renfermait pas de sucre. Pour cela, on en a évaporé une portion au bain-marie, on a repris le résidu par l’alcool, et on a soumis à l’essai le liquide alcoolique. Le reste, après filtration, a été additionné d’empois d’amidon. Le lendemain il s’était fait une quantité notable de sucre.
Afin de voir si un autre liquide renfermant des matières albuminoïdes ne pouvait pas donner lieu à une saccharification de l’amidon, on a mis ensemble du sang de Poulpe et de l’amidon. Il ne s’est pas produit trace de sucre.
Il était indispensable de s’assurer si l’on obtiendrait avec un autre Céphalopode des résultats identiques aux précédents.
Le 9 septembre, une Sèche à jeun est sacrifiée.
Le liquide salivaire ne produit aucune action.
Avec le liquide hépatique, on n’obtient qu’une réduction très fai* ble. Avec le pancréas au contraire, la réduction est nette et l’action de l’iode nulle à la fin de l’expérience.
Deux autres Sèches àjeuu nous donnent, le 12 etle 17, des résultats semblables.
On sacrifie alors des Sèches en digestion. Les résultats sont beaucoup plus nets et un peu différents. Les liquides salivaires sont toujours inactifs ; mais le liquide hépatique, de même que le liquide pancréatique, se montre éminemment propre à transformer l’amidon en sucre. Cette transformation, ou plutôt le commencement de cette transformation, est si rapide, que, dès après le mélange des liquides et de l’amidon, celui-ci a déjà perdu la propriété d’être coloré en bleu par l’iode.
On voit par les faits qui viennent d’être exposés que, si la propriété de transformer l’amidon hydraté en sucre appartient sans conteste aux liquides provenant de deux organes : le foie et le pancréas, les expériences indiquent pour les différents individus étudiés de notables variations dans la puissance saccharifiante de ces mêmes organes. Ges différences doivent être attribuées à l’état de digestion des animaux on expérimentation. Si l’animal est à jeun, la saccharification est faible. Il semble, ce qui est naturel, qu’il y ait arrêt dans la sécrétion des sucs digestifs. Au contraire, si l’animal vient de prendre sa nourriture, l’action est rapide, considérable.
Voici, en dernier lieu, une observation qui nous paraît concluante. Un Poulpe conservé dans le parc de Roscoff dans des conditions qui ont été indiquées précédemment, fut trouvé, une demi-heure environ après qu’on lui avait donné des Crabes, en train de manger l’un de ceux-ci, On le rapporta, ainsi que les restes de son repas, au laboratoire, où l’animal et sa proie furent mis dans un aquarium. Le Poulpe reprit immédiatement son repas interrompu, sans paraître autrement contrarié de son changement do domicile. Au reste, on ne voit rien de ce qui se passe. Le Poulpe entoure le Crabe de ses tentacules, et il aspire sa nourriture sans mouvementextérieur d’aucune sorte. Sous ce rapport, Poulpes et Sèches se conduisent de même.
Après trois quarts d’heure l’animal fut sacrifié. Le jabot était plein, ainsi que l’estomac. Les deux canaux hépatiques furent liés immédiatement et sur l’animal vivant au niveau même de leur entrée dans l’intestin spiral. Au bout de dix minutes, les deux canaux furent percés et le liquide qu’ils contenaient recueilli dans un verre de montre. On en obtint environ dix gouttes. C’est un liquide tout à fait incolore, limpide, très peu filant, rappelant la salive mixte
après filtration. Il est donc bien différent de ce liquide brunâtre rempli de petites granulations, qui ne tarde pas à descendre dans les canaux hépatiques et môme dans l’intestin spiral lorsqu’on suspend le foie frais d’un Poulpe à jeun avec ces derniers organes (voir p. 18). Il est probable que c’est ce dernier liquide que Cuvier décrit lorsqu’il dit que la bile du Poulpe « est un liquide jaune orangé » ».
Quoi qu’il en soit, on a ajouté à ce liquide 5 centimètres cubes d’empois. Aussitôt le mélange fait, l'iode ne donnait plus décoloration, et l’examen microscopique démontrait que les grains d’amidon, très visibles et seulement gonflés avant l’addition de la bile, avaient disparu. Le lendemain il y avait transformation manifeste de l’amidon en sucre.
Cette dernière expérience démontre d’une façon péremptoire que le foie ou le pancéras, ou tous les deux — car ces deux organes possèdent les deux mêmes canaux excréteurs — donnent naissance à un ferment capable de transformer, et cela aussi rapidement que le fait la salive, l’amidon en sucre. On reviendra plus loin sur l’interprétation qu’il faut donner à tous ces résultats.
Les ferments extraits des glandes, soit par l’alcool simplement, soit par la glycérine et l’alcool, no se conduisent pas tout d’abord àvec l’amidon hydraté comme le liquide sécrété naturellement, bien qu’en fait le sens de l’action et le résultat auquel elle mène soient identiques. Peut-être le ferment n’a-t-il pas toute sa puissance au moment de sa dissolution dans l’eau ? Son action ne se produit pas par une disparition immédiate de la propriété qu’a l’amidon de se colorer en bleu avec l’iode. Cette propriélé persiste même plusieurs heures. Ainsi avec 20 centigrammes de ferment hépatique du .Poulpe et 10 centimètres cubes de liquide amylacé, l’iode donnait encore une teinte violette après quatre heures de contact. Au bout de vingtquatre heures la coloration était seulement jaune. C’est, comme l’on sait, la teinte correspondant à l’une des dernières dextrines produites dans l’action de la dias tase sur l’amidon hydraté. L’essai à la liqueur cupro-potassique indiquait d’ailleurs à ce moment qu’il y avait beaucoup de sucre réducteur de formé.
Des essais analogues ont été faits à l’aide des ferments obtenus avec le foie de la Sèche, le pancréas du Poulpe et celui de la Sèche.