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Les résultats ont été conformes à ceux qu’avaient donnés les glandes elles-mêmes.
LES SUCS DIGESTIFS DES CÉPHALOPODES EXERCENT-ILS UNE ACTION SUR LES MATIÈRES SUCRÉES SACCHAROSE, SALICINE, INULINE ?
Les physiologistes sont loin d’être d’accord relativement à l’action des diastases salivaire et pancréatique des animaux supérieurs sur ces différents corps. Peut-être cela provient-il de ce que quelquesuns d’entre eux ont expérimenté sans se préoccuper de la pureté des corps qu’ils ont employés. On éprouve d’ailleurs des difficultés à en effectuer la purification. Ainsi il est particulièrement difficile de préparer du saccharose pur. Il est inutile de songer à purifier le sucre en pain du commerce ; du sucre pulvérisé, lavé un grand nombre de fois à l’alcool à 90 degrés, et en dernier lieu avec l’alcool absolu, réduit encore notablement la liqueur cupro-potassique. D’autre part, le sirop de sucre, même très cuit, ne précipite pas par l’alcool absolu, bien que le sucre soit fort peu soluble dans ce dernier véhicule. Il y a sans doute sursaturation.
Voici le procédé que nous avons suivi. Il nous a été donné par M. le professeur Jungfleisch. On commence par laver avec de l’alcool du sucre en petits cristaux, tel qu’on l’obtient aujourd’hui directement dans les sucreries. On l’essore ensuite à la turbine ou par une aspiration énergique à la trompe. Dans cette première opération on enlève la plus grande partie du glucose qui souille le sucre. On en met un excès dans un ballon avec de l’alcool à60 degrés, on fait bouillir et on maintient à l’ébullition jusqu’à saturation. On met alors la solution décantée ou filtrée chaude dans un vase à large ouverture et on la porte sous une cloche à vide en compagnie de chaux caustique. — Peu à peu l’eau de la solution est absorbée par la chaux ; le titre de l’alcool s’élève et la sursaturation s’accroît. Au bout d’un ou deux jours, on refroidit le vase à une température se rapprochant dezéro, on ajoute quelques cristaux de sucre, on agite et on détermine en général la précipitation du sucre. Celui-ci est lavé à l’alcool à 90 degrés, puis à l’alcool absolu. On peut alors le regarder comme pur, bien qu’il produise encore une légère réduction lorsqu’on en fait une solution concentrée et qu’on en ajoute une grande quantité à de la liqueur cupro-potassique que l’on maintient quelques minutes à l’ébullition.
On a fait avec ce sucre et à froid une solution au trentième. On a disposé trois tubes à essai de iOà 15 centimètresde hautdans chacun desquels on a mis d’abord 10 centimètres cubes de solution sucrée. On a ajouté dans l’un du liquide extrait des glandes salivaires, dans le deuxième, du suc hépatique, et dans le troisième, du liquide provenant des glandes pancréatiques. Après vingt-quatre heures, la température étant de 18 degrés, aucun des liquides ne réduisit la liqueur cupro-potassique. Les sucs digestifs des Céphalopodes ne produisent donc pas l’interversion. Nous avons obtenu le môme résultat négatif en ajoutant à une solution sucrée du ferment extrait par l’alcool.
Nous avons répété ces essais en portant les mélanges à l’étuve, la température de celle-ci étant maintenue entre 35 et 40 degrés. Môme après un séjour de douze heures à cette température, le saccharose n’est pas interverti. Il se fait bien avec la liqueur cüpro-potassique une trace presque imperceptible de sous-oxyde ; mais cette formation d’une sj faible quantité de glucose peut bien être attribuée à l’action seule de l’eau. En produisant d’ailleurs l’interversion du saccharose par le moyen du ferment inversif obtenu avec la levure de bière, il est facile de se convaincre que cette interversion n’a aucun rapport avec la formation en quelque sorte spontanée d’une trace aussi faible de sucre réducteur.
Ce qui nous a engagé à essayer la diastase dos Céphalopodes sur la salicine, c’est la croyance où l’on est, d’après Stâdeler *, que la salive des animaux supérieurs dédouble la salicine. Il n’en est rien, comme on le verra plus loin. La salicine du commerce est presque complètement pure. Une simple cristallisation à l’eau distillée bouillante donne un produit sans la moindre action réductrice sur la liqueur cupro-potassique. C’est avec cette salicine que nous avons procédé à nos recherches. On a fait une solution au centième. On a mis 10 centimètres cubes de cette solution dans des tubes à essai. On a ajouté dans l’un 10 centigrammes de ferment extrait du foie de Poulpe ; dans un autre, 10 centigrammes de ferment provenant du foie de Sèche, et dans un troisième, quelques centigrammes de ferment extrait du pancréas de la Sèche. Dans un quatrième on a mis 5 centigrammes d’émulsine, afin de bien distinguer l’action si nette
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d’un ferment de celle que produit quelquefois l’eau seule même à la température ordinaire. Après vingt-quatre heures d’attente, l’examen des tubes a démontré que dans les trois premiers la salicine était intacte. Pas de réduction avec la liqueur cupro-potassique. Au contraire, dans le quatrième tube, le dédoublement de la salicine était complet : après avoir précipité par l’alcool l’émulsine, qui, par la coloration violette qu’elle donne avec la liqueur cupro-potassique, eût empêché tout dosage, on a recherché la quantité de sucre produit. Le chiffre qu’on a trouvé répondait à la quantité théorique :
G 12 H 10 O 10 C 14 H 8 O 4 + H' 2 O 2 G 12 H 12 O 12 4- G 14 Ii 8 O 4 .
Le dédoublement de la salicine en glucose et alcool salicylique par l’émulsine est donc absolument net.
Les mêmes essais, répétés à une température comprise entre 35 et 40 degrés, n’ont pas donné lieu, pour les organes qui nous occupent, à plus do dédoublement.
On sait que Vinuline, corps auquel on donne pour formule un multiple de G' 2 H 10 O 10 , est une sorte de matière amylacée qui se dissout à peine dans l'eau froide, est fort soluble dans l’eau chaude et ne se précipite de cette dissolution qu’au bout d’un temps très long. L’acide sulfurique très étendu la transforme rapidement en lévulose, La diastase n’agit pas sur elle, et cependant l’inuline est dissoute dans l’estomac. Il était donc intéressant de voir ce qui se passerait avec les sucs digestifs des Céphalopodes. L’inuline a par elle-même une action réductrice sur la liqueur cupro-potassique, mais ne subit pas la fermentation, On pourrait donc avoir recours à cette dernière opération pour rechercher si elle est transformée. Nous avons cependant préféré la méthode à la liqueur cupro-potassique.
On a fait avec de l’eau bouillante une solution d’inuline de topinambourg renfermant 2 grammes pour 60 à 70 centimètres cubes. On a laissé refroidir et l’on a ajouté de l’eau de manière à faire \ 00 centimètres cubes, La solution était donc à 2 pour 100. En examinant le pouvoir réducteur de cette solution, nous avons trouvé que 5 centimètres cubes de liqueur cupro-potassique normale élïtient décolorés par 26 centimètres cubes L En représentant par 100 le pouvoir réducteur de l’inuline transformé en lévulose, on trouve, en faisant un calcul que nous ne reproduisons pas ici, que le pouvoir réducteur de l’inuline en expérience est seulement de 5. Gela revient à dire que
l'inuline transformée en lévulose décolore vingt fois plus de liqueur cupro-potassique. Il suffisait par conséquent pour s’assurer si l’inuline est ou n’est pas transformée en lévulose par un ferment, de rechercher après l’action de celui-ci si le pouvoir réducteur avait augmenté.
On a donc mis dans différents tubes 10 centimètres cubes de la solution d’inuline, et des solutions représentant les différents sucs des animaux en expérience. Le pouvoir réducteur n’a augmenté dans aucun cas.
En résumé donc nous n’avons constaté d’action de la part des sucs digestifs des Céphalopodes, ni sur le saccharose, ni sur la salicine, ni sur l’inuline.