‹ Recherches sur le cacao et le chocolatChapitre 17 sur 50 · RECHERCHES ANTÉRIEURES · texte numérisé non relu

RECHERCHES ANTÉRIEURES

Aussitôt après les travaux de HECKEL qui isola le rouge de kola, puis de KNEBEL qui fit de ce corps un glucoside de la caféine et l’appela kolanine (82), des auteurs allemands se mirent à rechercher dans le cacao un produit analogue. C’est ainsi que, en 1892, HizGER et Lazarus (33) retirèrent de la fève de cacao un produit amorphe qu’ils considérèrent comme un glucoside de la théobromine.

Leur méthode d’extraction, très voisine de celle de HECKEL et de KNEBEL, est la suivante : les fèves, préalablement dégraissées à l’éther de pétrole, puis épuisées par l’eau pour enlever la théobromine, la caféine, les sucres, et les sels minéraux, sont traitées à chaud par l’alcool. Après distillation de la solution alcoolique, le résidu est dissous dans de l’eau alcalinisée; on filtre et on précipite, par addition d’acide chlorhydrique dilué, un corps rouge brun qui est ensuite purifié par redissolution et reprécipitation. Ce produit a l’aspect d’une poudre brun rouge, amère, peu soluble dans l’eau. Par

chauffage, il laisse sublimer de la théobromine. Par ébullition avec de l’acide sulfurique à 5 %, ce produit libère un sucre, de la théobromine et un précipité amorphe auquel HILGER et LaAZARUS attribuèrent la formule Cis His (CHhio.

En 1898, SCHWEITZER (96) prépare à nouveau ce produit et a l’idée de l’hydrolyser au moyen d’une poudre fermentaire préparée à partir du cacao.

Il utilise des fèves provenant de cabosses qui lui sont expédiées de Java, conservées dans de l'alcool faible. I] commence par extraire le ferment en traitant les fèves par de l’eau glycérinée ou de l’alcoo!l à 20°. Les solutions obtenues sont précipitées par l’aicool absolu et après purification la poudre ainsi obtenue est essayée sur une solution d’amidon qu’elle hydrolyse.

Pour la préparation du glucoside, les résidus provenant de l’extraction du ferment sont d’abord dégraissés à l’éther de pétrole, puis ensuite extraits par l’alcool à 90° à chaud. La solution alcoolique est évaporée et le résidu, traité d’abord par l’eau bouillante, pour enlever les sucres, les sels minéraux, les acides organiques et la théobromine libre, est ensuite dissous dans l’eau alcaline. La solution filtrée est neutralisée par addition d'acide chlorhydrique, ce qui fait apparaître un précipité brun clair floconneux et volumineux. Après plusieurs redissolutions dans l’eau alcaline et reprécipitations par l’acide chlorhydrique, ce produit est rapidement essoré sur une brique poreuse au moyen d’une trompe à vide, puis épuisé par le chloroforme dans un appareil de . SOXHLET, de façon à le débarrasser de la théobromine et de la caféine libre qu’il avait pu entraîner, ainsi que des dernières traces de matières grasses.

Une solution de ce composé est mise en contact avec la poudre fermentaire pendant deux à trois heures à 50°. Après filtration, la liqueur est séparée en deux portions. L'une, essayée sur la liqueur de FEHLING, la réduit, et l’autre, évaporée au bain de sable, est extraite par le chloroforme. La solution chloroformique évaporée abandonne des cristaux en aiguilles qui donnent la réaction des bases xanthiques.

Le sucre provenant de l’hydrolyse du glucoside, ainsi que le sucre libre de la fève donnent tous deux l’osazone du glucose.

A ce composé glucosidique, analogue à la kolanine de KNEBEL, SCHWEITZER a donné le nom de cacaonine.

Pour le dosage des produits de dédoublement, SCHWEITZER procéda à une hydrolyse acide. Une prise d’essai est chauffée pendant six heures avec de l’acide sulfurique à 6 % dans un appareil muni d’un réfrigérant à reflux. Après cette hydrolyse, il reste un résidu insoluble rouge foncé de rouge de cacao qui est séparé par filtration. La solution acide est neutralisée par du carbonate de baryum, filtrée, puis évaporée à sec au bain de sable. Le résidu est ensuite épuisé au Soxhlet d’abord par du chloroforme pour enlever les bases xanthiques, ensuite par de l’alcool absolu pour enlever les sucres. Le résidu de l’extrait chloroformique est pesé et le résidu de l'extrait alcoolique, repris par l’éau, est dosé à la liqueur de FELHING.

SCHWEITZER a montré que les proportions de théobromine, de glucose et de rouge de cacao étaient en rapports simples et que, pour une molécule de théobromine et une molécule de rouge de cacao, il y avait six molécules de glucose. Il a même donné une formule développée de la cacaonine, et lui a attribué la formule brute : C,.HO;:N,.

Reprenant les travaux de SCHWEITZER, SACK (93), en . 1912, explique la décomposition du glucoside par une formule ingénieuse dens laquelle il fait intervenir une oxydation :

CON, 8 OH, + 25 O = CHON, + 6 CHLO, + CiHiOi Cacaonine | Thebeonine Dextrose Rouge de cacao

Enfin, REUTTER, en 1913 (88), isole du cacao par l'alcool méthylique : 1° un produit cristallisé qu’il . nomme cacaorine et qui, par hydrolyse acide, fournit de la théobromine et un corps rouge brunâtre; 2° un produit rouge violacé qu’il nomme rouge de cacao et auquel il attribue la formule C,,H,NO.,. L’hydrolyse acide de ce composé libère un peu de sucre réducteur et un corps brunâtre qu’il appelle brun de cacao et auquel il donne la formule C,;H,,/NO...

L'existence d’un composé glucosidique de la théobromine a été mise en doute par de nombreux auteurs, en particulier par GoRis et FLUTEAUX (27) qui ont essayé d’appliquer au cacao, mais sans résultat, la méthode qui avait conduit Gor1ts à isoler de la kola la kolatine-

pe

caféine. Ils ont conclu que la substance tannique du cacao est différente de celle des autres plantes à caféine.

En 1909, ULTEE et VAN DoRrssEN (99) isolent du cacao frais de Java une substance catéchique qu’ils nomment cacao-ol et à laquelle ils attribuent la formule brute : CHOCO Ces auteurs ont obtenu une combinaison cristallisée de cette substance avec la caféine. Cette combinaison, agitée en solution aqueuse avec du chloroforme, lui cède la caféine.

En 1928, Apam (1) fait une étude de la séparation et du dosage de la catéchine et du tanin du cacao en utilisant notamment des fèves Accra stabilisées par immersion dans l’eau bouillante. Sa méthode d’extraction est la suivante : les amandes écrasées sont épuisées au SOXHLET, d’abord par l’éther de pétrole pendant deux jours, ensuite par le chloroforme pendant cinq jours, puis par l’éther pendant un temps allant jusqu’à seize jours, pour extraire complètement la catéchine. L’extrait éthéré est repris par l’eau, et la catéchine dosée par la méthode colorimétrique de MrtrcHEL comparativement avec une solution standard préparée avec un échantillon de catéchine pure du cacao. Le tanin est ensuite extrait par l’eau à une température de 60°, et dosé par précipitation à l’état de tannate de cinchonine. ADAM a trouvé dans le cacao frais 0,80 % de catéchine et jusqu’à 2,37 % de tanin. Dans les fèves bien fermentées, il a constaté une disparition totale de la catéchine et une diminution du tanin, pouf lequel il trouve une valeur sensiblement constante de 1,90 %.

La même année, JENSEN (36), dosant les tanins de la fève torréfiée, trouve des chiffres beaucoup plus élevés que ceux d’ADAM (5,20 à 6,50 %). Il utilise également le procédé à la cinchonine, mais alcalinise légèrement la solution aqueuse extractive et opère à une température un peu plus élevée (95° à 99°).

En 1931, ADAM, HARDY et NIERENSTEN (2) étudient la” constitution de la catéchine du cacao. Ils l’isolent à la fois des cacaos Forastero d'Afrique Occidentale et de la Trinité, et du Criollo de Java, suivant la méthode d’ApaM, par l’éther, et la font cristalliser, après purification par l’acétate de plomb, dans de l’eau légèrement acétique. Ils examinent ensuite un échantillon du cacao-ol de ULTEE, le purifient et obtiennent un produit identique à

leur catéchine, qu’ils identifient ensuite par son dérivé penta-acétylé et son point de fusion. Cette catéchine leur paraissant identique à la l-acacatéchine (ou /-catéchol, d’après la nouvelle nomenclature), ils lui attribuent la formule C;,H,,0,.

En 1932, FREUDENBERG, COx et BRAUN (23) retirent également une catéchine cristallisée des cacaos frais de la Trinité, de Porto-Rico et de Sumatra, par un procédé un peu différent : les fèves broyées sont traitées directement par l'alcool à 75°. La soiution alcoolique est évaporée sous pression réduite et Le résidu, dissous dans un peu d’eau chlorhydrique à 5 ou 10 %, est agité avec de l’éther de pétrole, puis avec du chloroforme, et enfin avec de l’éther pendant plusieurs jours. L’extrait éthéré, repris par l’eau bouillante, abandonne des cristaux de catéchine. La même catéchine est également obtenue à partir du cacao-ol de ULTEE.

FREUDENBERG, COX et BRAUN enirèrent en conflit avec NIERENSTEN au sujet de la structure de cette catéchine; ils établirent en effet qu’elle est un stéréo-isomère de la catéchine du cachou, la l-épicatéchine ou l-épicatéchol, répondant cependant à la même formule :

En raison des deux atomes de carbone assymétriques (2 et 3) dans la molécule, il existe six catéchols isomères. D’après FREUDENBERG, catéchol et épi-catéchol auraient la disposition spatiale suivante :

épicatéchol catéchol

AT

Il est à noter que FREUDENBERG et OEHLER ont isolé en 1930, à partir de la noix de kola, ce même l-épicatéchol, ainsi que du d-catéchol (25). =

D'autre part, en 1927, HEIDUSCHKA et BIENERT (31) avaient repris l’étude des pigments du cacao et retiré des fèves Ariba 1,80 à 2 % d’un rouge de cacao amorphe qu’ils considérèrent comme un dérivé flavonique.

L’extraction est faite sur des fèves broyées et préalablement dégraissées au SOXHLET par de l’éther de pétrole. La matière dégraissée est traitée par l’alcoo!l à 90° à froid et la solution alcoolique, distillée dans le vide dans un courant de CO2, abandonne un résidu qui est repris par l’eau et précipité par l’acétate neutre de plomb. Le précipité plombique lavé est repris par l’alcool à 90° et décomposé par SO2. La solution alcoolique, concentrée dans le vide, est ensuite additionnée d’acide chlorhydrique, qui précipite peu à peu le rouge de cacao. Le précipité filtré est desséché dans le vide. Il reste encore dans la solution-mère une partie du rouge de cacao qui peut être encore précipitée, mais à un degré de pureté inférieur à celui du premier produit obtenu.

Ce rouge dé cacao se présente sous l’aspect d’une poudre rouge violacée qui donne en solution hydroalcoolique une coloration rouge vif avec les acides et une coloration verte qui devient rapidement brune avec les bases.

Hydrolysé par l’acide sulfurique dilué à l’autoclave à 130°-140°, ce produit ne libère pas de sucres réducteurs ni de produits de transformation d’un sucre (furfurol).

Très altérable, le rouge de cacao se transforme à chaud, sous l’action des acides dilués, en produit brun.

La fusion alcaline du rouge de cacao fournit de l'acide acétique, de l’acide protocatéchique et un dérivé phloroglucique en même temps qu’une forte quantité de produits bruns très voisins des phlobaphènes taniques.

Se basant, d’une part, sur les produits fournis par la fusion alcaline, et d’autre part sur les résultats de la méthylation, de l’acétylation et de la benzoylation, HErDuscHKA et BIENERT firent du rouge de cacao un 3, 4, 3, 5, 7, penta-oxy-6, 8, diméthyl, 2, 3, dihydroflavonol, de formule globale (C,,H,,0,) et de formule développée :

Enfin, en 1934, KNaPp et WADSWORTH (40), recherchant la présence d’un composé tannique de la théobromine, dosent celle-ci avant et après hydrolyse, mais n’aboutissent à aucun résultat. Ils constatent cependant qu’il est impossible d’extraire totalement la théobromine de l’amande fraîche au moyen de solvants organiques sans la présence d’eau, et supposent que la théobromine entre dans une combinaison très instable.

De cet exposé, il résulte qu’il a été isolé de la fève de cacao un catéchol cristallisé qui, d’après FREUNDEN- BERG, serait le /-épicatéchol, et qui semble être combiné à la caféine dans la fève fraîche. En outre, sous le nom de rouge de cacao, il a été isolé des produits amorphes de nature assez Âfférente :

1° Le rouge de cacao ou cacaonine de HILGER, LAZzARUs et SCHWEITZER est une poudre brune, amorphe, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, analogue à la kolanine de KNEBEL, et dont la nature glucosidique est douteuse. C’est probablement un mélange de phlobaphènes, produits de condensation et d’oxydation des tannoïdes de la fève fraîche. Il est possible que ce produit contienne en combinaison des bases xanthiques, mais il se peut également que ces bases soient simplement adsorbées fortement par les phlobaphènes.

La cacaorine de REUTTER semble être de la théobromine, accompagnée de phlobaphènes.

2° Les rouges de cacao de REUTTER et de HEIDUSCHKA et BIENERT sont des poudres violacées, amorphes, beaucoup plus voisines des produits de la fève fraîche que le rouge de cacäo de SCHWEITZER. Ces produits, très altérables, se transforment facilement en bruns phlobaphéni-

ques.

TR

KNapp propose de désigner le composé coloré existant dans la fève fraîche sous le nom de « pourpre de cacao », qui correspond mieux à sa couleur, et de réserver le nom de « rouge de cacao » où de « brun de cacao » aux produits d’oxydation de la fève fermentée. :

Nous avons adopté ces désignations qui ont l’avantage de réserver le nom de rouge de cacao au produit analogue au rouge de kola.

De toute façon, le terme général de « tanoide », défini par les Professeurs Em. PERROT et A. Goris (83) s’applique à ces produits, mais on ne peut encore préciser si ce sont des tanosides ou des tanides.

Page 1