TITRE II
DEVUinS DK l/AVOCAT ENVEH8 SES CLIENT.• **. •
De tout ce que j’ai dit dans le chapitre précédent, je conclus qu’il est indigne du caractère de l’avocat
• « On ne souffre aucun déchet , en préférant la nécessité de 1 demeurer debout au droit d’étre assis. >• Frot de la Mabciie, p. 75, liv. VI, C. de Poitul. Dumoulin et Antoine Lemaistre, ont refusé des fonctions de magistrature.
’ Voir supra , p. 8 , comment j’entends ces devoirs. A Rome , du moins dans les premiers temps , la dénomination de clients avait un tout autre sens. On appelait clients tous ceux qui étaient placés sous le patronage d’autrui. Le patron ne leur prêtait pas seulement ses conseils et son appui dans les affaires contentieuses ; il les prenait sous son entière protection , il les chérissait plus que ses proches, il était meme obligé de doter leurs filles. En retour, les clients se trouvaient dans la dépendance du patron , à peu près , comme autrefois chez nous, le vassal vis-à-vis du seigneur. RoiicHEa d’Argis, p. 21 ; Laroche- Flavin, liv. III, chap. V, n" 26. Voir règle 80.
5o r* PAKTIE. DES RÈuI.ES.
de solliciter une clientèle : il faut qu’elle vienne le trouver dans son cabinet ' .
Les commencements de la carrière sont pénibles, je le sais par exj)érience. Eli qu’importe ! il doit les franchir avec courage, avec confiance; où serait le triomphe sans les obstacles? Les confrères qu’il admire ont commencé comme lui *.
S’il ii’a ni lésolntioii, ni espoir, si du moins il est assez sage pour comprendre son insuffisance, rpi’il renonce à la profession, c’est le seul parti. Je le dis à regret, mais avec toute sincérité, je ne conçois pas de condition plus critique que celle de l’avocat qui commence sans avenir ! Au Palais, inoccupé, tourmenté par son oisiveté forcée, par ses besoins d’argent, peut-être par le succès des autres; au dehors, enchaîné par des règles sévères que la pureté de sa conscience approuve, que la rigueur de sa position serait tentée d’eufreindre ; partout , végétant , découragé , malheureux ! Eh quoi ! la carrière du barreau est -elle la seule honorable ? Que ne porte-t-il ailleurs sa vocation et ses talents ? Ignore-t-il que l’erreur d’un premier choix a été, plus d’une fois, réparée avec bonheur M
* A'oiVrarr. du 17 décembre 1841, n» 286. — Un autre du 8 décembre 1840, n® 303, en proclamant le principe que l’avocat ne doit pas offrir son ministère, excepte le cas où il s’agit d’offrir .i l’infortune un .secours désintéressé. — V^oir autre du 21 juin 1837, n® 340. — Autre, n® 343, autre, n” 353, autre, U®' 360, 361,366.,
* Je rappelle ici le mot encourageant du bon Loysel, p. 257 : Il y a place pour tous au barreau. — Et déjà , la foule y était grande. P'oir la note, p. 46, .sur la règle 52.
’ Laroche-Flavin que j’aime à citer, donne encore aux jcune.s avocats d’excellents conseils , loc. cit. n® 6. « Il y en a, dit-il ,
TIT. 11. DKVOIHS KNVKKS I.KS CI.IK.^iTS.
A plus forte raison, il est défendu à r.tvoc.Tt de se procurer une clientèle en pactisant avec un officier ministériel , ou avec un agent d’affaires
M auxquels il semble que si , dès la première année , iis ne se « trouvent capables et propres à concevoir toutes les subtilités n qui s’offrent ès plaidojeries , ou s’ils ne sont soudain employés, « ils perdent courage et prennent parti ailleurs ; chose qu’ils ne « devraient point faire; ains estimer qoe la continuation et « PEBsévitANCE surmontent toute difficulté. » — « Qui est celui U qui ne croira ce que Pline dit avoir veu de ses yeux , silices « formicarum pedibus tritas , pour un grand et mémorable en- ■ seignement à l’homme , et pour lui montrer combien de force n a la continuation sur ce qui semble impossible. »
11 ajoute , n° 9 : U N’est à obmettre qu’il faut en la profession •i d’advocat , comme en toutes autres vivre selon naturel et incli- « nation et examiner ses forces ; et si on a les qualités et parties « requises pour se bien acquitter de cette charge ; comme si on a ■< la conception prompte, si on n bonne mémoire; si on a le don •• de la langue , et la facilité de s’expliquer, si ou a la voix haute « et forte et non basse ny puérille , pour se pouvoir faire ouyrc « et entendre du barreau et assistants , à l’audiance , et si on a « une médiocre connoissance des sciences requises pour pouvoir faire cette fonction , ensemble la santé et forces du corps pour H supporter le travail qui est requis et nécessaire.
11 faut encore que ceux qui sont appelés à des succès sachent bien que l’exercice de la profession d’avocat doit mener a l’honneur, non à la fortune (Camus, p. 5, Lettre 1'*). « Et n dans l’ordre des idées que je me suis faites sur celte profession , « poursuit-il, un premier titre pour mériter à celui qui l’em- « brasse la considération des gens sensés , c’est de voir qu’il « méprise les professions lucratives , la plupart, moins pénibles « et moins laborieuses , pour se dévouer à des fonctions qui ne .< promettent que de l’honneur à ceux qui les exercent avec le « plus de succès. »
' A'oi'r ci-après l'am'té du 17 mars I840, n“ 3511. Il est dc-
f)2 l" PARTIE. DES RÈGLES.