‹ Règles sur la profession d'avocat avec des notes historiques et explicativesChapitre 8 sur 161 · XXXIJ · texte numérisé non relu

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les observer , j’ai conçu l’espoir que je pourrais contribuer , pour ma faible part , à entretenir et même à raviver au besoin , parmi nous, cette confraternité, cet esprit de corps qui , de tout temps , ont fait le charme et la force du barreau. Par la nature de leurs travaux , par la communion constante de leurs rapports, les avocats sont, en effet, destinés à vivre dans un état d’harmonie et de bons offices mutuels. Ils doivent savoir que , quel que soit le mérite personnel de chacun , ils ont tous ensemble plus de valeur par leur cohésion ; celui qui brille au milieu de ses confrères, n’ignore pas lui-même qu’il s’honore surtout en leur communiquant son éclat.

C’est aussi par ce parfait accord dans nos principes et dans nos actions , que nous maintiendrons nos droits à l’estime et aux égards de la magistrature. Pour être toujours respectueux envers elle , nos rapports ne perdent rien de leur indépendance, et l’administration de la justice y gagne. Je conçois que le talent saura, par lui seul, se concilier la considération et la faveur des magistrats ; mais je ne m’occupe pas ici des individus, je

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parle de notre institution j ce que je veux obtenir, ce sont les mêmes procédés pour elle , pour le corps , pour tout homme qui porte la robe d’avocat et est digne de la porter.

On verra , d’un autre côté , par le texte des derniers règlements si péniblement obtenus d,e l’autorité , que l’ordre n’a point encore recouvré l’entière indépendance dont il jouissait avant 1790% malgré les demandes persévérantes du Conseil. Si l’ordonnance du 20 novembre 1 822 a amélioré le système du décret du i4 décembre 1810 sous quelques rapports , elle l’avait aggravé sous plusieurs autres. L’ordonnance du 27 août i83o a réparé le mal en partie; mais il nous reste à revendiquer la plus précieuse des anciennes prérogatives de l’Ordre , notre police intérieure et exclusive *. C’est ce que le Conseil a déjà fait en i835, et il a proposé au Gouvernement un projet de règlement définitif qui réaliserait cette mesure tutélaire’. Je me suis flatté de l’espérance que mon travail pourrait hâter une solution favorable , en offrant des garanties dans l’ex-

* Voir infra, 2* partie, tit. I".

’ Voir Camos, Lettre 1”, p. 29 et 30.

i Voir 2* partie, tit. XI.

posé tidèie et rassurant de nos principes qui n’ont pas varié. Je comprends diffîcilement , )e l’avoue , les obstacles que l’on n’a pas cessé d’opposer à nos réclamations. Qu’on ne croie pas que les avocats, impatients de s’afTranchir de tout frein , élèvent une prétention contraire à l’ordre public établi. Ce qu’ils persistent à demander est tout simple; ils veulent être jugés par leurs pairs, sans Xiniiiative du ministère public pour tous les actes intérieurs de la profession seulement. Le nouveau régime a donné aux antres institutions une liberté qu’elles n’avaient pas sous la monarchie al^olue ; les avocats ne font que réclamer la même liberté, et ils la réclament à un titre de plus, parce qu'ils en jouissaient alors. Je reviendrai sui’ cette grave question *.

U n’est pas inutile non plus que le public, qui veut nous juger, apprenne à nous connaître, à cette époque où l’on semble peser tous les hommes dans une balance. Je me soucie peu de ces esprits légers, envieux , toujours disposés à tourner en ridicule, dans le monde ou ailleurs *, ceux qui leur portent ombrage

> Voir injrii, lit. XI , 2* partie.

' Je pouiT.'iis placer, dans cette catégorie, certaios discours de

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et qu’iJs n’ont pas la force de combattre. Je m’adresse à quelques hommes sérieux , et j’eu ai va, qui prétendent que la profession a perdu de sa valeur. Je n’entrerai point avec ceux-ci dans une discussion où l’amour-propre semblerait jouer le premier rôle. J’ai déjà dit que, loin d’avoir été diminué, le domaine actuel de l’avocat s’est enrichi de toutes les affaires criminelles et politiques , carrière si riche pour l’éloquence, si favorable à l’influence du talent \ Quand j’aurai présenté, avec vérité, sans réticence, le tableau de tous les devoirs de l’avocat, je leur demanderai s’il est, encore aujourd’hui, une profession qui impose plus de renoncements et de sacrifices, qui exige plus de travaux et de savoir, qui commande pliis de désintéressement, de courage, d’honneur, d’indépendance, qui soit plus utile à la société, et j’attendrai la réponse pour sign^^ notre déchéance.

On suppose que l’ancien Ordre empruntait

tribune que M. Dufaure, notre confrère de Bordeaux, a si vigoureusement réfutés, en traitant la qnestien des capacités électorales, dans la dernière session.

' « Es estais populaires , les advocats , orateurs ou haran- - gueurs , sont les prcÿilcrs en préséance et anlorilé. » Larochk Flavin, liv. III cl V, Parlements de France.

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son principal lustre de ses alliances avec les Parlements, cette altière puissance qui servit souvent et qui fit, plus d’uue fois , trembler la monarchie. L’histoire du barreau dément une telle supposition par des faits non équivoques. Si le barreau a reçu du Parlement les témoignages les plus flatteurs de considération et de bienveillance, il les a mérités par ses talents autant que par ses respects; s’il l’a honoré dans sa mauvaise fortune comme aux jours de sa puissance , il a su parfois lui résister avec énergie ^ ; et je pourrais ajouter, sans irrévérence, que la chute des Parlements n’a pas rehaussé l’éclat de la magistrature moderne. Le temps des illusions aristocratiques est passé. De nos jours, il faut bien qu’on le confesse, toutes lesdignités sociales sont abaissées; seule, la dignité des personnes est restée intacte ; or , c’est celle-ci que je revendique pour les avocats, parce qu’ils l’achètent, comme autrefois , à des

' l^oir les faits les plus remarquables qui ont signalé l'indépendance des avocats , ci-après, règles 136 et 142.

« I,a profession , dit Fvot de la Marche, n’est riche que « de son propre fonds , et n’est redevable qu’à elle de son « propre lustre. » Page 71, Elnf’c et f/ct'oirs de la profe.uio;^ d'Afocal.

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conditions rigoureuses et qui ne se rencontrent dans aucune autre position sociale ^ L’histoire de l’ancien barreau se lie sans contredit aux faits les plus considérables de la vieille monarchie. Je me plais à répéter qu’on l’a vu tour à tour lutter, et contre les factions diverses, et contre la puissance ultramontaine *, mais, de bonne foi, ne sait-on pas que, depuis cinquante ans, il n’a pas rendu de moins grands services aux libertés, à l’ordre,

' « Aux qualités qui forment l’orateur, dit Camus, dans ses « Lettres sur la profession Avocat, p. 6 , voici ce qu’il faut y n ajouter pour rendre complète l’idée d’un véritable avocat : Sc « sacrifier, soi et toutes ses facultés , au bien des autres ; se dé- « vouer h de longues études pour fixer les doutes que le grand •• nombre de nos lois multiplie ; devenir orateur pour faire « triompher l’innocence opprimée ; regarder le bonheur de tendre une main secourable aux pauvres comme une récompense « préférable à la reconnaissance la plus expressive des grands xt et des riches ; défendre ceux-ci par devoir, ceux-là par inté- « rêt , tels sont les traits qui caractérisent l’avocat. «

• « La vraie manière de montrer combien une profession est « recommandable, à mon avis, est de développer les qualités « qu’elle exige , les devoirs qu’elle impose. L’élévation de ces •• qualités , la sublimité de ces devoirs , sont , selon mon senti- •< ment , la juste mesure de la considération qui lui est duc. •• Camus, l" Lettre sur la Profession iC Avocat , p. 4, édition de 1805.

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à la paix publics * , et qu’il n’a pas cessé d’occuper une large place dans les affaires du pays? La seule différence , c’est que , si autrefois de pareils titres n’ajoutaient rien à la gloire dfô avocats , personne ne songeait du moins à les leur contester.

Ne parlons donc pas de la noblesse de notre profession , laissons de côté toute vanterie maladroite et déplacée, mais ayons le sentiment profond de nos devoirs , et en les pratiquant avec ferveur nous obligerons les autres à nous rendre une justice que notre conscience nous accordera la première*. Qu’en un mot, l’avocat puisse toujours, avec un honorable orgueil , dire de sa profession , si magnifique

’ Pendant la Restauration , les avocats se réunirent souvent |M>ur délibérer des consultations sur des affaires politiques. Je citerai, notamment, la consultation rédigée, en 1826, par M. Dupin aîné , et à laquelle adhérèrent le plus grand nombre de ses confrères du barreau de Paris , sur le Mémoire à conrsulter de M. le comte de Montlosier, contre le rétablissement des jésuites en France. Les autres barreaux signèrent aussi des consultations dans le même sens. Un arrêt de Paris, du 18 août 1826, consacra le système des consultants ( f'oû- S., vol. XXVIII , 2 , 338. ). L’arrêt est déjà oublié. Les jésuites reparaissent , et bientôt , si l’on n’y prend garde, ils auraient res* saisi toute leur influence.

* Ànimnt facit nubilrm, SénÊqde , épit. 44.

INTRODUCTION. XXXÎX

par l’imagination et par le cœur, ce que l’orateur romain dit des lettres , en défendant le poète d’Héraclée : « Elle nourrit notre jeu- «r nesse , elle charme nos vieux ans , elle em- « hellit notre bonheur , elle nous sert dans « l’adversité. »

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